Le sténographe Olivier Bolduc en est à sa troisième élection, après les générales de 2014 et de 2018 dans la circonscription de Chutes-de-la-Chaudière, sur la Rive-Sud.

Olivier Bolduc, candidat de QS dans Jean-Talon: le train de l’indignation

En vue de l’élection provinciale partielle dans la circonscription de Jean-Talon, le 2 décembre, à Québec, Le Soleil rencontre les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui : Olivier Bolduc, de Québec solidaire.

Aux commandes de trains de marchandises, il était loin de se douter que le chemin de fer pourrait le mener jusqu’au parlement. Après un détour par le palais de justice, l’ancien cheminot devenu sténographe judiciaire veut s’amener à l’Assemblée nationale à bord de son train d’indignation.

Indispensable quand l’on fait campagne sous la bannière de Québec solidaire. Olivier Bolduc en est à sa troisième élection, après les générales de 2014 et de 2018 dans la circonscription de Chutes-de-la-Chaudière, sur la Rive-Sud. L’homme de 32 ans vient de Charny.

«Au CN, je me suis découvert une aversion totale envers les injustices. Je voyais dans cette entreprise un régime quasiment militaire. Les titres de l’entreprise se comportent très bien en bourse, mais les employés en paient le prix. Même s’ils sont très bien payés, ils travaillent énormément, il y a de la pression et du harcèlement. Quand j’ai vu ça, je me suis découvert un côté plus militant et je me suis impliqué dans le syndicat», explique celui qui a démissionné un an avant la tragédie de Lac-Mégantic.

«C’était une conséquence de la déréglementation dont j’étais témoin au quotidien et de la complaisance de Transport Canada par rapport à ces compagnies-là», fait-il valoir.

Rentré en gare en 2012, il tournait le dos à un emploi payant choisi par le cégépien sans boussole qu’il était. «Si j’avais refusé cette occasion-là, probablement que mes parents m’auraient dit : “Qu’est-ce que tu fais là!”» constate-t-il, admettant qu’un salaire annuel de 70 000 $ s’avère très alléchant, surtout pour un jeune.

Commission Charbonneau

Sa mère fait carrière comme caissière chez Metro, tandis que son père bosse dans une usine, à Beauceville. Fiers péquistes, les Bolduc s’affichaient au référendum de 1995 avec une pancarte du Oui devant la maison. Olivier avait huit ans, son petit frère Christophe, quatre.

Ce même frérot qui a plus tard inspiré l’aîné à devenir sténographe judiciaire. Ils sont aujourd’hui associés chez Piché Olivier Benoit, plus important bureau de sténographie à Québec. La mère de Catherine Dorion, députée de Québec solidaire, y a déjà été sténographe et sa fille y travaillait comme copiste pendant ses études.

Quand il a délaissé les chemins de fer pour les salles de cour, M. Bolduc passait de longues heures à s’entraîner avec les interrogatoires de la commission Charbonneau.

«Je venais dans des lieux comme ici pour me relaxer et je tapais la commission Charbonneau sur ma machine», se rappelle M. Bolduc, rencontré dans la très belle bibliothèque Monique-Corriveau de la route de l’Église, dans Sainte-Foy.

«Pour être sténographe, ça prend beaucoup d’écoute et de compréhension. Un sténographe qui ne comprend pas ce qui se passe, ça paraît dans ses retranscriptions. Les avocats maîtrisent leur dossier depuis des semaines, mais moi, j’arrive là le matin sans savoir de quoi on va parler, détaille-t-il.

«Je m’assois et je comprends qu’il s’agit d’un litige de construction, de protection du territoire agricole ou de l’Ordre des infirmières, par exemple. Et c’est ce qui me permet de comprendre tous les dossiers politiques que je pourrais avoir» comme élu.

«De la construction, il y en avait beaucoup dans la commission Charbonneau. J’en ai tapé! Alors adjudicateur, soumission, appel d’offres, j’ai des codes pour tout ça!» sourit-il, ajoutant qu’un bon sténographe aligne 225 mots ou plus à la minute sur son petit clavier pas plus large que les deux mains.

L’objectif était 2022

M. Bolduc est président de l’Association professionnelle des sténographes officiels du Québec, qui compte environ 160 membres, et prépare la relève, en presque totalité féminine, comme chargé de cours à l’École de sténographie judiciaire du Québec. 

«Si je ne suis pas élu, je serai heureux dans mon métier de sténographe. Si je suis élu, je vais faire le maximum pour les concitoyens de la circonscription de Jean-Talon, comme je le fais pour les membres de l’Association professionnelle, comme je le fais pour mes étudiantes. Je ne changerai pas», assure-t-il, l’idée de se présenter à nouveau dans Jean-Talon aux élections générales de 2022 étant déjà dans sa mire.

En fait, c’était son objectif premier! Cet été, il venait de déménager dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, et a mis des gens de QS au courant de ses intentions. Mais quand le député libéral Sébastien Proulx a démissionné, les 30 août, les choses se sont un peu précipitées.

«Ça devançait un peu les projets. C’était là! Sur le coup, j’ai eu un vertige, mais je n’ai pas hésité», conclut le seul candidat en lice qui a passé le test de l’investiture, coiffant entre autres au poteau le favori du parti, Frédéric Poitras.

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ENJEUX DE CIRCONSCRIPTION

Protection du patrimoine

«Jean-Talon va vivre des bouleversements dans les prochaines années, avec le tramway et les projets immobiliers projetés. Ce serait vraiment important que le patrimoine ne soit pas bouleversé par ça.»

Liens entre les communautés

«On est dans une circonscription où il y a eu un drame épouvantable en 2017 [la tuerie à la Grande Mosquée], il ne faut pas perdre ça de vue. Il faut recréer des liens entre les gens, il y a quelque chose de brisé. Je suis prêt à offrir des occasions aux gens de se parler, de s’écouter et d’arrêter d’avoir peur de l’autre souvent par méconnaissance.»