Le programme Demain la forêt s’est associé à l’artiste de Québec Martin Bureau, dont on voit ici l’œuvre «Anthropocène 13». Les ventes de la lithographie, tirée à 50 exemplaires, se traduiront en arbres plantés sur le territoire de la ville de Québec.

Offensive sciences et arts pour verdir Québec

La Ville de Québec, des artistes, des militants, des scientifiques s’uniront vendredi à l’hôtel de ville pour annoncer le projet Demain la forêt. Une vaste fête autour de l’arbre, pour promouvoir et encadrer la plantation privée. Des spectacles, des concerts pour engager la population. Le mouvement s’emparera de la capitale, mais aussi de toute la province, a appris Le Soleil.

Au bout du fil, Jérôme Dupras, président de la Fondation Cowboys Fringants, bassiste du groupe et porte-parole de cette grand-messe verte, souligne que Demain la forêt a eu des discussions avec l’administration Labeaume durant quelques mois pour cerner ses besoins. 

Il annonce la création d’un guichet unique pour l’arbre, destiné aux particuliers et aux entreprises privées. «On parle de programme de plantation, de suivi, de réponses aux questions. Il y aura un bureau et une ligne téléphonique.»

Il précise que la Ville de Québec a déjà un programme de dons d’arbres aux citoyens, mais n’était pas équipée pour aller plus loin. Le programme Demain la forêt se greffera aux experts locaux et offrira une aide externe d’intendance par l’organisme Le Jour de la Terre. 

«On fera en sorte que les bons arbres soient entre les bonnes mains et qu’ils soient bien plantés.»

Ce service citoyen sera financé par la Ville. Demain la forêt viendra le bonifier avec son expertise scientifique, une série d’événements encore à déterminer (concerts, installations, expositions, ateliers), des collectes de fonds, des plantations supplémentaires et une volonté de fédérer les acteurs locaux. 

«On s’est engagé à faire de l’animation autour de ça au moins une à deux fois par année, avec des événements substantiels», glisse Jérôme Dupras.

Avec toute cette effervescence, la municipalité vise une augmentation de 32 % à 35 % de la canopée (le couvert feuillu).

Dossiers à surveiller

Demain la forêt a sur son radar l’agrile du frêne. Des gestes seront posés en milieu privé dans le même sens que la Ville pour lutter contre le ravageur, détecté pour la première fois à Québec l’été dernier.

Le mouvement veut aussi soutenir Nature Québec, qui travaille sur des projets en milieux très peu végétalisés. «Il y a toute une littérature scientifique qui démontre que la végétation est importante pour la qualité de l’air, la santé humaine, mais aussi la santé psychologique et le développement de l’enfant», mentionne Jérôme Dupras, qui est aussi chercheur et professeur en sciences naturelles.

Demain la forêt se donne enfin pour mission d’aider des «écosystèmes matures et fantastiques» comme la «forêt modèle» du quartier Montcalm à perdurer dans le temps. 

EN CHIFFRES

50 000$

Montant annuel minimum garanti par Demain la forêt pour la plantation d’arbres à Québec, tiré des activités de collectes de fonds

2 ans

Durée de l’entente du projet, qui pourra être reconduite une troisième année

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Jérôme Dupras est président de la Fondation Cowboys Fringants, bassiste du groupe, professeur au département des sciences naturelles de l'Université du Québec en Outaouais et chercheur à l'Institut des sciences de la forêt tempérée.

VASTE RÉFLEXION QUÉBÉCOISE

«Ce qu’on veut, c’est créer des forêts pour demain, dans un contexte de changements climatiques, d’espèces invasives, de pollution des milieux.»

L’implication du musicien et écologiste Jérôme Dupras ne date pas d’hier. Lui et sa bande ont créé en 2006 la Fondation Cowboys Fringants. Pour chaque billet de spectacle vendu, 1 $ est remis à un groupe environnemental.

De 2014 à 2017, ils se sont associés au Jour de la Terre, à la Fondation David Suzuki, à la compagnie La Tribu, à des amis artistes, chercheurs, citoyens pour planter 375 000 arbres, un legs au 375e anniversaire de Montréal. L’initiative a si bien marché, qu’ils ont dépassé leur objectif.

«On en a financé 400 000. À ce jour, il y en a plus de la moitié déjà en terre et les autres le seront éventuellement.»

Depuis un an, l’idée cogitait de déborder du cadre montréalais. «Demain la forêt est une copie du processus, mais appliquée à l’échelle du Québec.» Les villes, les milieux agricoles, la forêt boréale sont dans la mire.

Sciences

Une bonne dose scientifique sera injectée au plan d’action. L’Institut des sciences de la forêt tempérée, le Centre d’étude de la forêt et le Centre de la science de la biodiversité du Québec seront mis à contribution. 

«Ça nous donne accès à un réseau de 170 chercheurs et près de 900 étudiants», chiffre Jérôme Dupras, lui-même membre ou chercheur pour ces différentes organisations et professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais.

Tout se fera sur une base volontaire, avec la création de comités scientifiques pour dialoguer avec les gens sur le terrain. L’idée n’est pas d’arriver avec nos grands sabots, insiste le musicien écologiste, mais de venir soutenir et aider les acteurs locaux.

Arts

Comme des artistes l’ont fait pour Montréal, plusieurs se joindront à Demain la forêt. Une précieuse aide pour financer la plantation d’arbres et une «caisse de résonance» pour atteindre un autre public et parler de valeurs environnementales.

Louis-José Houde figure parmi les amis ambassadeurs et versera au projet 1 $ par billet de sa tournée Préfère novembre.

Contrairement à Montréal, où l’objectif était de planter 375 000 arbres, aucun chiffre n’a été fixé pour le programme national Demain la forêt. «On est plus dans une vision qualitative, pour augmenter la résilience des forêts, accompagner les acteurs, décloisonner les silos», explique Jérôme Dupras, en rêvant d’un nouvel espace de réflexion porté par les sciences et les arts.

«C’est la mission de la Fondation Cowboys Fringants depuis 12 ans. On a développé des réseaux, on a accès à une expertise de pointe au niveau international et on veut en faire profiter les communautés. On a aussi un lot d’amis artistes qui ont soif de s’engager. On leur offre des projets concrets qui ont des retombées.»

Papa une troisième fois

Au-delà de ses nombreux chapeaux, Jérôme Dupras attend son troisième enfant pour le mois d’août. «On le fait pour ceux qui nous suivront, en espérant qu’ils auront la chance de vivre d’aussi belles expériences que nos parents et nous avec l’accès à la nature, à des milieux agricoles. Les Cowboys, on est des enfants de la ceinture verte de Montréal, on vient de la banlieue. On a vu ce paysage-là se transformer avec l’étalement urbain. C’est le moteur derrière notre engagement.»

Pour résumer sa pensée, il cite un proverbe chinois selon lequel le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans et le deuxième meilleur moment est aujourd’hui.