La ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Sébastien Proulx, et le maire de Québec, Régis Labeaume

Nouvelle étape franchie pour le troisième lien

Le gouvernement du Québec commande une étude d’opportunité sur un troisième lien routier entre Québec et Lévis avec l’objectif maintes fois répété de le concrétiser. Les résultats de l’étude et la décision de construire ou pas sont attendus en 2020.

«C’est certain que si nous investissons 20,5 millions $ dans un bureau de projet, c’est parce que nous croyons qu’il y a un besoin pour relier les deux rives, pour améliorer la fluidité. Mais pour le reste, on va faire confiance aux spécialistes qui vont se pencher sur la question», a déclaré lundi la ministre déléguée aux Transports et députée de Chauveau, Véronyque Tremblay, soulignant à plusieurs reprises la «volonté gouvernementale» et l’utilité présumée d’un nouveau lien.

Celle-ci tenait une conférence de presse fort attendue où elle a annoncé le lancement d’un appel d’offres pour des services professionnels en vue de la réalisation d’une étude d’opportunité sur un éventuel troisième lien interrives. Les ministres responsables de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, Sébastien Proulx et Dominique Vien, ainsi que les maires de Québec et de Lévis, Régis Labeaume et Gilles Lehouillier, étaient à ses côtés. 

L’étude d’opportunité est le plus gros développement dans ce dossier depuis l’annonce de la création du bureau de projet lui-même. Elle grugera d’ailleurs l’essentiel du budget de 20,5 millions $ qui est dévolu à cette structure. 

L’ensemble du dossier sera soumis au gouvernement pour décision à la fin 2020. Advenant une réponse positive, ce sera le temps des plans et devis. Mais la construction ne pourra débuter immédiatement. 

«On parle d’un grand projet. Il y a des étapes à respecter et elles se doivent d’être respectées. Donc si quelqu’un vous dit : on va construire le troisième lien dans le prochain mandat, sincèrement on rêve en couleurs», a lancé lundi la ministre déléguée aux Transports, qui évoque un horizon «au minimum entre 7 et 10 ans». 

Entretemps, le gouvernement se dit prêt à bouger si des actions à plus court terme peuvent améliorer la fluidité de la circulation. Il poursuit également les études sur la construction d’un nouveau pont à haubans pour l’île d’Orléans, qui doit être livré pour 2024. Si ce dernier devait faire partie de la solution retenue pour gagner la rive sud à l’est, des ajustements pourront être faits, a assuré Mme Tremblay.

Le directeur du bureau de projet du troisième lien, l’ingénieur Stéphane Dallaire, a insisté sur le caractère exceptionnel de l’exercice. «Ce n’est pas rien, c’est une très très grosse étude» comme il s’en est rarement fait dans la région de Québec, a-t-il souligné. 

Le maire de Québec a applaudi l’initiative. «Il est vraiment temps qu’on entende des professionnels nous donner des réponses techniques, scientifiques et financières sur ce projet parce que jusqu’à maintenant, on a entendu tout et son contraire. La population a droit à la vérité», a-t-il déclaré. Ayant eu l’occasion de consulter le devis d’appel d’offres, qu’il juge «très bien fait», Régis Labeaume estime qu’«on devrait avoir toutes les réponses qu’on cherche».

Celui-ci a réitéré que la Ville de Québec «va appuyer le 3e lien si on nous fait la preuve qu’il y a un gain net, très net pour les payeurs de taxes». L’administration Labeaume va d’ailleurs déposer une première liste de questions spécifiques au bureau de projet dès cette semaine. 

Le maire de Lévis est pour sa part déjà convaincu que le troisième lien est «incontournable pour assurer la mobilité sur notre territoire» et il promet d’être vigilant pour que la conclusion de l’étude d’opportunité aille dans ce sens. 

À l’Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec (CAQ) a dénoncé le temps mis par les libéraux pour lancer cette grande réflexion. «C’est absolument honteux et scandaleux que le gouvernement libéral, après avoir tout fait, tout fait en son pouvoir pour tuer l’idée du troisième lien, arrive aujourd’hui avec des choses qui auraient dû être faites il y a trois ans», a réagi le député de La Peltrie, Éric Caire, non sans s’inquiéter que les conclusions puissent être «écrites d’avance». 

Celui-ci a voulu ramener le dossier dans sa cour. «On a essuyé des critiques à la CAQ, parce que dès le départ on était favorables à ce projet-là, mais on assume notre position. Puis ça, les gens de Québec ne sont pas dupes, ils vont s’en souvenir à la prochaine campagne électorale», a-t-il lancé. Aux questions des journalistes qui voulaient savoir combien son parti était prêt à payer pour un troisième lien, il ne s’est pas commis. 

Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables, a pour sa part déploré la récupération politique du dossier du troisième lien et conclu que les élus sont la cible de «beaucoup de pression de la part de certains lobbys, dans ce cas-ci celui du transport routier». M. Grandmont propose que le Québec développe «une culture de la planification plus objective». Il a donné l’exemple de l’Autorité régionale de transport métropolitain, à Montréal, qui convie à la même table des élus et des experts. 

***

UNE ÉTUDE EN DEUX PARTIES

Des besoins

La première partie de l’étude, promise pour la fin de 2018, portera sur les besoins. Les consultants s’attarderont à l’évolution de la population, de l’emploi et de la circulation sur une période de 30 ans. Les attentes du milieu seront aussi prises en considération. Les consultants commenceront à travailler avec les tendances de la grande enquête de circulation «origine destination» de 2011 en attendant les résultats de la mise à jour de 2017, qui ne seront pas disponibles avant plusieurs mois. 

Et des solutions

La seconde partie explorera les solutions possibles. Le territoire d’analyse — «le terrain de jeu», dit la ministre — part de Saint-Augustin-de-Desmaures ou Saint-Nicolas à l’ouest et s’étend jusqu’à l’île d’Orléans à l’est. Plusieurs tracés seront regardés tout du long. Tous les types d’ouvrages — tunnel, pont ou les deux — seront considérés et comparés entre eux pour arriver à la meilleure solution. L’échéancier, les coûts et les retombées économiques seront estimés. Il y aura mêmes des maquettes en trois dimensions, a spécifié Mme Tremblay. Le tout d’ici l’été 2020. 

***

LES DATES À RETENIR

Décembre 2018: lancement de l’appel d’offres pour la réalisation de l'étude d'opportunité sur un troisième lien routier Québec-Lévis

Janvier 2018: attribution du contrat et démarrage de l'étude d'opportunité

Été 2018: faits saillants de l'étude des besoins

Fin 2018: résultats de l'étude des besoins

Été 2020: résultats de l'étude des solutions

Fin 2020: dépôt du dossier d'opportunité au Conseil des ministres pour décision

***

LABEAUME RESPONSABLE DES DÉLAIS, SELON GOSSELIN

Les conseillers de Québec 21 Jean-François Gosselin et Stevens Melançon, lors de l'annonce d'une étude d’opportunité sur un troisième lien routier entre Québec et Lévis.

Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, accuse le maire Régis Labeaume d’avoir ralenti le processus sur la faisabilité d’un 3e lien à cause de son manque de leadership.

«Le maire veut qu’on lui prouve qu’il y a un gain net. Le leadership de M. Labeaume a fait défaut là-dedans», a lancé d’entrée de jeu, M. Gosselin, lundi, avant d’assister à son premier conseil municipal. Il réagissait à la conférence de presse tenue le matin sur l’échéancier et les objectifs fixés par le bureau de projet sur un 3e lien.

M. Gosselin soutient fermement que les propos du maire contre la pertinence d’un 3e lien dans l’est de la ville prolongent l’échéancier. «Je pense que si le maire n’avait pas dit ça, on serait en train de parler comment serait le projet et comment relier le réseau autoroutier au 3e lien.» 

Dans l’ensemble, il se dit satisfait de l’annonce faite par le gouvernement du Québec. «On était content de parler du 3e lien. On prend un peu le crédit. Clairement, Qc21 a fait preuve de leadership», s’est-il félicité. 

Il retient surtout, ajoute-t-il, que la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, s’est montrée ouverte à un nouveau lien dans l’est. «En 2020 on va venir nous confirmer qu’on a besoin d’un 3e lien et qu’il sera à l’est. C’est ce que j’ai compris de la ministre Tremblay. Elle semblait bien confiante.» Pendant le conseil, le maire Labeaume a nié retarder le processus et qu’il faut simplement respecter l’échéancier obligatoire lié aux grands projets gouvernementaux.  Jean-François Néron