Les deux centres d'injection supervisée du pays sont situés à Vancouver. Les toxicomanes y reçoivent des seringues propres et ont accès à une infirmière qui les observe pendant qu'ils s'injectent leur drogue.

Nouvelle approche réclamée pour faire face à la crise de surdoses d'opioïdes

Lorsqu'il a vu un toxicomane remplir une seringue d'eau puisée dans une flaque, l'ancien haut gradé de la Gendarmerie royale du Canada Raf Souccar a imaginé une transformation radicale de la façon dont le Canada traite les personnes souffrant d'une dépendance en leur fournissant de l'héroïne pharmaceutique et en leur donnant ainsi une chance de survivre.
«J'ai toujours vu ces personnes comme des victimes», explique-t-il, se remémorant la scène où il a vu un homme ajouter de l'héroïne à l'eau sale avant de se l'injecter dans le bras, au centre-ville de Vancouver.
«J'ai vu un gars s'injecter avec une seringue qu'il avait affûtée sur le bord du trottoir», ajoute M. Souccar, un ancien commissaire adjoint à la GRC qui a passé 35 ans à lutter contre le trafic de drogue et qui s'inquiète aujourd'hui du bilan meurtrier de la crise du fentanyl, une drogue qui a tué des centaines de personnes au Canada cette année.
Les deux centres d'injection supervisée du pays, dont Insite, sont situés à Vancouver. Les toxicomanes y reçoivent des seringues propres et ont accès à une infirmière qui les observe pendant qu'ils s'injectent leur drogue. Ceux qui font une surdose après s'être injecté sans le savoir un produit contenant du fentanyl y reçoivent un autre médicament, la naloxone, pour contrer les effets de la première drogue, puis sont envoyés à l'hôpital.
M. Souccar croit que les toxicomanes devraient recevoir de l'héroïne pharmaceutique, un logement et des services de santé mentale, ce qui permettrait de réduire les dépenses en soins de santé et en services policiers de même que les coûts juridiques et ceux liés à l'incarcération.
«Je n'appuie pas l'utilisation de drogue. Je dis seulement que dans le cas des gens qui ont besoin d'aide, nous devons trouver une façon de les aider avec des produits de qualité contrôlée», plaide-t-il.
«Je ne crois pas que nous devrions détourner le regard et dire : «Continuez d'être victimes des revendeurs de drogues et nous allons seulement vous permettre de venir vous injecter et appeler une ambulance pour vous si vous faites une surdose»», ajoute-t-il.
Urgence de santé publique
Sur le trottoir devant Insite, un homme qui verse du lait dans un grand contenant de plastique rempli de céréales raconte qu'au moins 40 de ses connaissances sont mortes l'an dernier après avoir consommé de l'héroïne coupée avec le puissant analgésique fentanyl.
Les toxicomanes s'injecteraient à Insite si une forme pure d'héroïne y était fournie, croit Dale Gonzales, 35 ans.
La Colombie-Britannique a déclaré une urgence de santé publique, en avril, après avoir constaté une hausse de surdoses mortelles. Le bureau du coroner a enregistré 622 décès entre janvier et octobre, et le fentanyl était en cause dans la majorité des cas.
Une hausse des surdoses ailleurs au Canada a poussé des villes, dont Montréal, Toronto, Edmonton et Victoria, à vouloir obtenir l'approbation d'Ottawa pour ouvrir leurs propres centres d'injection supervisée. Le gouvernement fédéral vient de déposer un projet de loi pour simplifier le processus d'approbation.
M. Souccar aimerait voir une loi qui permettrait aux centres d'injection supervisée d'offrir de l'héroïne pharmaceutique pouvant être injectée par un médecin, comme dans une clinique qu'il a visitée en Suisse, qui répondait véritablement aux multiples besoins des toxicomanes.
M. Souccar, qui fait partie du groupe de travail de neuf membres s'étant penché sur la légalisation de la marijuana, affirme que la présence de carfentanil - une drogue 100 fois plus puissante que le fentanyl - en Colombie-Britannique, en Alberta, au Manitoba et en Ontario signifie qu'une aide urgente du gouvernement est nécessaire.