À peine quatre jours après avoir été posé, ce montage de l'artiste Wartin Pantois montrant un utilisateur de drogue par injection était déjà altéré, mercredi.

Nouveau plaidoyer pour un service d'injection à Québec

Sur fond de projet artistique de rue et d'apparition de seringues souillées retrouvées dans les parcs après un long hiver, le dossier d'implantation d'un Service d'injection supervisé à Québec est plus que jamais d'actualité. Pour ceux qui en doutent encore, la question n'est pas de savoir s'il y en aura un, mais où et quand il ouvrira.
L'artiste Wartin Pantois est reconnu pour ses collages à caractère social dans Saint-Roch. C'est à lui qu'on doit les images d'itinérants endormis Place de l'Université et les silhouettes dessinées au sol aux endroits ou des piétons et des cyclistes ont été heurtés.
Samedi, il a collé des montages réalisés à partir de photographies de vrais utilisateurs de drogue par injection (UDI) à cinq endroits de Saint-Roch fréquentés par les junkies. Un projet de plusieurs mois mené avec l'organisme d'aide aux toxicomanes Point de repères.
«C'est presque un exercice de communication en soutien à l'implantation d'un service d'injection supervisé [SIS], lance-t-il. Après avoir assisté à une conférence sur le sujet, je me suis rendu compte que les gens avaient des peurs infondées et des préjugés. Certains disent qu'ils sont d'accord avec un SIS, mais qu'il ne faut pas que la criminalité augmente. Pourtant, toutes les données prouvent que l'ouverture d'un service d'injection diminue les méfaits. De plus, les citoyens risquent de trouver moins de seringues souillées dans les endroits publics comme c'est le cas actuellement», ajoute-t-il.
«J'ai trouvé difficile de savoir qu'il y a des services existants, mais qu'ils sont non disponibles à Québec, dit encore l'artiste. Point de repères milite pour un SIS depuis 2002. Au cours de ces 15 ans, combien de monde a attrapé le VIH ou l'hépatite à cause de seringues souillées? Combien y a-t-il eu de drames familiaux? Ce sont avant tout des humains qui ont besoin de soins de santé.»
À quand dans la Capitale?
Montréal devrait ouvrir trois services d'injection d'ici l'été après avoir obtenu l'autorisation de Santé Canada en février. Pour Québec, il faudra encore attendre... un peu.
Le CIUSSS de la Capitale-Nationale déposera sa demande d'ici la fin 2017. La Dre Nathanaëlle Thériault, médecin-conseil à la Direction régionale de santé publique, explique qu'il y a encore quelques étapes à franchir avant de pouvoir transmettre un dossier complet à Ottawa. «On veut avoir un projet assez avancé à soumettre avec une idée concrète de l'offre de service», explique-t-elle.
Après avoir consulté des UDI afin de définir cette offre de services, une consultation sera menée à l'automne auprès des citoyens du quartier où le service devrait voir le jour. L'acceptabilité sociale est un des critères d'admissibilité. 
Toutefois, la Dre Thériault préfère ne pas s'avancer sur une possible date d'ouverture. Si la demande remplit les conditions de Santé Canada, il faudra compter quelques mois pour obtenir une réponse et mettre le chantier en branle. Si on se fie à l'expérience de Montréal, il aura fallu moins de six mois entre la réponse d'Ottawa et l'ouverture projetée à l'été.
Saison chaude à l'horizon
Le directeur de point de repères, Mario Gagnon, attend avec impatience le moment d'une ouverture pour offrir des services sécuritaires aux 900 UDI répertoriés à Québec. Pour lui, il ne s'agit plus de savoir s'il y aura un SIS, mais bien quand et à quel endroit. 
Surtout que l'été s'annonce sous le signe de possibles ravages des opioïdes. «On a récemment revu le retour du fentanyl contrefait sous la forme de petits comprimés bleus.», se désole-t-il. À la fin 2015, début 2016, il y a eu au moins sept surdoses mortelles au fentanyl à Québec au moment où ces comprimés étaient largement disponibles dans la Capitale. 
«Maintenant, tous les produits sont contaminés au fentanyl contrefait. Il y en a même dans la cocaïne. On appréhende le pire. Après l'Ouest canadien, c'est Montréal. On ne voit pas pourquoi on serait épargné. Ça descend», conclut-il.
Cette drogue, 40 fois plus puissante que l'héroïne, fait la manchette depuis quelques années, particulièrement dans l'ouest du pays, où on dénombre plusieurs vagues de surdoses mortelles. À elle seule, l'Alberta enregistre 343 décès l'an passé. La Colombie-Britannique comptabilise 238 morts pour le premier semestre de 2016 et le Québec en compte des dizaines.