Quelques femmes se relaient pour nourrir et abreuver un groupe de sept ou huit chats sans foyer en haute ville, malgré l'interdiction qui en est faite.

Nourrir les chats errants ou s'abstenir?

Faut-il ou non nourrir les chats errants? La question suscite la controverse. Les uns estiment qu'il s'agit d'un geste d'humanité élémentaire, mais d'autres y voient une façon d'amplifier les problèmes qu'ils causent.
Michel Émond dit avoir entrepris il y a six ans un nettoyage de son quartier en attrapant systématiquement les minets sans logis avec une cage et en les remettant à la Société protectrice des animaux (SPA). Il en a piégé 47 dans son quartier du Vieux-Québec. Mais depuis quelques mois, dénonce-t-il, des gens nourrissent les chats qui trouvent refuge dans le secteur de L'Hôtel-Dieu, ce qu'il dénonce.
L'homme réagissait à un reportage du Soleil publié dimanche dernier à l'occasion de la Journée nationale de la stérilisation, qui avait lieu mercredi. Une citoyenne disait faire fi de la réglementation municipale qui interdit de nourrir les animaux errants, et ce, malgré l'avertissement d'une policière.
La nourriture mise à la disposition des chats attire aussi les goélands et les rats, ou pourrit au soleil, déplore M. Émond. Avec les chats qui urinent sur les terrains privés, cela devient selon lui un «problème d'hygiène public». (voir sa lettre)
La porte-parole du Centre hospitalier universitaire du Québec, Pascale Saint-Pierre, confirme qu'il s'agit d'une situation connue et problématique autour de l'hôpital. Le service technique installe des cages sur ses terrains au besoin, en certaines saisons, et va porter ses prises à la SPA lorsqu'il y en a. «Ce n'est pas une bonne idée de les nourrir», dit Mme Saint-Pierre.
À la Ville de Québec, le porte-parole Jacques Perron indique que les autorités préfèrent pour l'instant miser sur la sensibilisation et l'éducation des citoyens plutôt que sur la coercition.
«C'est peut-être un geste gratifiant sur le coup [de nourrir les chats], mais ça ne règle pas le problème, ça le fait perdurer», souligne M. Perron.
Cela dit, il souligne que la Ville a formé un comité de travail en collaboration avec la SPA. Celui-ci devrait proposer des pistes de solution aux élus ces prochains mois.
Denys Pelletier, directeur général de la SPA, croit qu'entre nourrir ou ne pas nourrir, il pourrait y avoir une troisième option, à savoir un programme «capturer, stériliser et relâcher». Ainsi, les animaux qui vivraient en liberté ne se reproduiraient plus, et les nourrir aurait beaucoup moins d'impact.
Pétition
Le Mouvement chats errants a livré cette semaine une pétition à l'hôtel de ville demandant des modifications aux règlements municipaux pour que la stérilisation à grande échelle soit encouragée.La publication du reportage du Soleil a entraîné 24 000 visites en un jour du site Web de l'organisme (mouvementchatserrants.com), se réjouissait la porte-parole Andrée Juneau.
Cet organisme a recueilli une centaine de minous en deux ans et demi, les a fait soigner et stériliser et les a ensuite donnés en adoption.
Par contre, souligne Mme Juneau, ce sont plutôt des chats qui quémandent pour entrer dans les maisons qui ont ainsi été recueillis. Ceux qui vivent en fuyant les humains sont trop sauvages, dit-elle, et pourraient difficilement, pour la plupart, être adoptés.