Le palais de justice de Québec
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Non-responsabilité criminelle pour un ex-militaire en choc post-traumatique

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
L’ex-militaire Alexandre Legault est déclaré non-criminellement responsable de plusieurs accusations après un violent épisode de rage au volant en raison du syndrome de choc post-traumatique dont il souffre depuis plusieurs années.

Alexandre Legault, aujourd’hui âgé de 34 ans, s’est enrôlé dans les Forces armées canadiennes en 2002. Il est déployé en Afghanistan une première fois en 2005. Deux ans plus tard, il est au front à Kandahar. Le militaire participe à des combats et voit des victimes.

Alexandre Legault fait une dépression majeure en 2009. Un psychiatre lui prescrit antidépresseurs et somnifères. Le soldat minimise le problème et retourne en mission. La dépression reviendra par moment, mais jamais aussi gravement qu’en 2014, après une blessure lors d’un exercice dans le Grand Nord canadien. 

Au début de l’année 2015, le militaire est chez lui, en proie à la paranoïa, passant de longues heures sur les réseaux sociaux à s’inquiéter des mouvements sociaux en cours au Québec. Des manifestations qui tournent à l’émeute à Montréal lui font craindre une guerre civile. Il conserve des grenades, des armes à feu et des munitions. Il dira avoir reçu des menaces d’un groupe d’extrême gauche après avoir fait des commentaires sur Internet. 

Alternant entre la colère et la tristesse, il entreprend une psychothérapie.

Le 28 mars 2015, en soirée, tout bascule pour Alexandre Legault.

Alors qu’il roule sur l’autoroute 40, à la hauteur de Saint-Marc-des-Carrières, le militaire rejoint un autre véhicule et va l’éblouir en omettant d’abaisser l’intensité de ses phares. L’autre conducteur, frustré, réplique en lui servant la même médecine.

Durant quelques kilomètres, les deux véhicules s’échangent leurs positions et multiplient les manoeuvres agressives. 

Alexandre Legault va tirer une décharge de plomb de calibre .410 en direction du pneu de l’autre conducteur. Le militaire expliquera à la cour qu’à ce moment, il se sent engagé avec un ennemi. Il a chaud, sa vision est brouillée et les couleurs sont altérées.

L’autre véhicule n’est pas atteint, mais c’est la panique à bord; les trois enfants assis à l’arrière sont en larmes.

Le conducteur fait une ultime manoeuvre pour forcer le militaire à s’arrêter dans une sortie de l’autoroute en lui bloquant la route. 

Une fois arrêtés, le deuxième conducteur et sa conjointe sortent de leur voiture et courent rejoindre Legault.

Le militaire pointe alors le bout du canon de l'arme .410 dans la direction de l’autre conducteur en lui ordonnant de reculer. Le militaire va ensuite faire marche arrière et repart en trombes. L’autre conducteur sera gravement blessé à une jambe dans la manoeuvre.

Alexandre Legault racontera qu’à ce moment, il était en mode «escape & evasion».

Il roule jusqu’à un petit village et abandonne sa voiture. Il marche 15 kilomètres et se cache lorsqu’il croise des gens. Il se débarrasse de l’arme une fois rendu chez lui, à Québec. 

Lorsqu’il revient après être allé chercher sa voiture, Alexandre Legault est attendu par les policiers. Il sera mis en arrestation et accusé.

Au moment de l’épisode de rage au volant, Alexandre Legault avait déjà été suivi par des psychologues et des psychiatres. Son diagnostic de trouble du syndrome de choc post-traumatique du militaire sera posé en décembre 2015. Il souffre aussi de troubles bipolaires. Pas moins de huit médicaments différents lui ont été prescrits.

Au procès, deux psychiatres de la défense sont venus témoigner que selon leur évaluation, Alexandre Legault avait perdu le contact avec la réalité au moment de l’altercation avec l’autre automobiliste en raison de sa maladie mentale.

L’expert psychiatre de la Couronne estimait lui que l’accusé avait eu une réaction excessive, mais qu’il n’avait pas eu de psychose et pouvait donc être tenu criminellement responsable de ses gestes.

Au terme de son analyse, le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec conclut que la défense a pu établir que l’accusé souffrait de troubles mentaux au moment de faire feu sur le véhicule des victimes et dans les minutes qui ont suivi. Il est donc déclaré criminellement non-responsable pour cause de troubles mentaux des infractions de voies de fait armées, délit de fuite et avoir déchargé intentionnellement une arme à feu.

Legault circulant avec une arme chargée en cas d’être attaqué, il est toutefois coupable de possession d’une arme dans un dessein dangereux. De même, au début des manoeuvres de dépassement sur l’autoroute, l’accusé était conscient de la nature de ses actes; il est déclaré coupable de conduite dangereuse.

Les représentations sur la peine auront lieu plus tard cet automne.