Catheryne Langford a relevé un important défi quand elle a réussi à trouver les 15 000 $ nécessaires à la réalisation son projet de traverser l'Atlantique à bord d'un des grands voiliers de RDV 2017.

Naviguer grâce aux gens des Îles

Catheryne Langford a bien failli abandonner. Trouver 15 000 $ aux Îles-de-la-Madeleine pour financer le projet fou de traverser l'Atlantique à bord d'un des grands voiliers de Rendez-Vous 2017 lui a tout à coup semblé impossible. Mais c'est justement son archipel natal qui lui a donné le prétexte, les fonds et l'amour nécessaires pour réaliser son rêve.
Automne 2016. L'étudiante à la maîtrise en gestion du développement international et de l'action humanitaire à l'Université Laval découvre que la course de grands voiliers de Sail Training International doit cette année faire une importante parenthèse au Canada pour souligner le 150e anniversaire du pays. Comble du bonheur, deux de la quarantaine d'embarcations participantes au RDV 2017 doivent faire escale chez elle, aux Îles. 
«Je suis tombée en amour avec le projet», résume la jeune femme de 24 ans. Pendant plusieurs semaines, elle en rêve. Jusqu'au moment où elle calcule le montant nécessaire pour franchir les 7000 milles marins entre Greenwich en Angleterre et la ville de Québec. «Juste pour l'inscription, c'était 10 000 $. Ça ne comprenait pas mon équipement, mon billet d'avion pour me rendre en Europe, et la nourriture aux différentes escales, énumère-t-elle. J'ai déchanté, j'avais déjà des dettes d'étude, il n'y avait aucun moyen que je pouvais ramasser ce montant.»
Comme chaque année, elle retourne fêter Noël dans sa famille. C'est là qu'elle a le déclic. «Et pourquoi ne pas représenter les Îles à l'international, puisqu'il s'agit d'un événement d'envergure?» se dit-elle. En moins de deux, elle s'organise, fait un budget, cogne à la porte d'entreprises, active son réseau. On est fin janvier, le départ de la course est prévu le 17 avril. 
«J'avais pratiquement deux mois pour amasser l'argent. C'est un gros défi que j'ai su relever!» s'étonne-t-elle encore. En plus de trouver partenaires et commanditaires dans son patelin, elle décroche des contrats de conférencière, notamment à la Commission scolaire des Îles pour parler aux jeunes de son futur périple et des moyens qu'elle a pris pour le réaliser. Elle a également déniché une mentore et pas n'importe laquelle : Mylène Paquette, qui a franchi l'Atlantique à la rame. Celle-ci l'accompagnera dans toutes les étapes de son aventure. 
Le pied marin 
Une aventure dont elle se savait taillée sur mesure même si elle n'avait jamais navigué en haute mer. «Je viens d'une famille de pêcheurs, j'avais été sur leurs bateaux», raconte Catheryne Langford qui s'était préparée à avoir le mal de mer. Celui-ci ne s'est jamais manifesté même si le Blue Clipper, l'embarcation anglaise à bord de laquelle elle a traversé l'océan, a affronté des vagues de taille. 
Malgré la facilité avec laquelle elle s'est familiarisée avec les 18 autres membres de l'équipage, la vie et le travail sur un bateau, elle a tout de même fait face à certains défis. «Ils ont un gros accent», s'exclame-t-elle au sujet des Anglais. Le sommeil a aussi écopé beaucoup, surtout au début. «Mais j'ai pris le rythme», assure-t-elle. 
Après deux mois sur le Blue Clipper avec des escales au Portugal et aux Îles Canaries, elle a quitté à regret sa famille d'adoption à Boston pour embarquer sur l'Atyla, un voilier du Vanuatu qui la mènera jusqu'à Québec. «Tout le monde me demande quel est mon bateau préféré. Il n'y en a pas un que je préfère, mais notre premier bateau c'est comme notre premier amour», évoque la nouvelle matelot.
À la maison 
L'Atyla est arrivé aux Îles jeudi soir et y restera pour la fin de semaine. De nombreuses célébrations sont prévues, mais Catheryne compte également en profiter pour souffler un peu. Sa famille l'attendait sur le quai, mais le voilier n'a pas pu accoster, puisque son arrivée n'était prévue que le lendemain matin, les règles canadiennes l'empêchant d'accoster avant l'heure. C'est en zodiac qu'elle a retrouvé ses proches.
Même si son périple se terminera officiellement à Québec, elle fait déjà le bilan. «Je veux mettre la voile dans ma vie, c'est clair», lance-t-elle. Sympathique et enjouée, elle n'a pas eu de mal à garnir son calepin de contacts. «Et j'ai déjà eu des offres pour d'autres traversées», raconte-t-elle, excitée à l'idée de reprendre le large. Un projet avec le Blue Clipper pour l'Arctique l'été prochain est en train de prendre forme tandis qu'un tour du monde se dessine avec une caravelle espagnole. «Je veux terminer mes études, mais je vais faire une pause. C'est aussi important de saisir les opportunités!»
Catheryne Langford jure avoir parlé de son bout de pays jusqu'à plus soif. Elle croit peut-être y être pour quelque chose si six grands voiliers, plutôt que deux comme cela était initialement prévu, ont accosté aux Îles-de-la-Madeleine cette fin de semaine. 
Elle tient d'ailleurs à remercier ses commanditaires, Parc du Gros-Cap et Ledé Sports Honda, son partenaire KJ Productions et «toute la communauté des îles» pour leur soutien de tous les instants. «Il ne faut jamais baisser les bras», conclut-elle, toujours aussi joviale au bout du fil. Il ne fait aucun doute qu'elle inspirera tous ceux qu'elle croisera sur son chemin, que ce soit sur terre ou en mer.