Loups tachetés
Loups tachetés

Musée Exploramer: le fleuve, du concombre à la grosse poule de mer [PHOTOS]

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
En plus d’être un joyau national, le fleuve Saint-Laurent est un véritable garde-manger pour les amateurs de fruits de mer. Crevettes, crabes et homards sont pêchés à la tonne pour être cuisinés à travers la province, et même la planète. Mais quelles autres espèces fascinantes arpentent les profondeurs du fleuve? Tour d’horizon avec des experts du musée Exploramer.

Installé à Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie, depuis 25 ans, le musée Exploramer fait désormais partie des incontournables de la péninsule. Dans ses aquariums se retrouvent de nombreuses espèces du Saint-Laurent marin peu connues et plus qu’intéressantes, allant du mollusque jusqu’aux poissons de fond. 

Concombre de mer

Très répandu sur la planète, le concombre de mer est tout de même peu connu par les Québécois. La seule usine de transformation de la province pour cet échinoderme est située à Cloridorme, en Gaspésie, et est principalement destinée à l’exportation vers l’Asie. Le concombre de mer y est très populaire, notamment pour la cuisine, mais aussi pour ses bienfaits médicaux. Depuis plus de 5000 ans, il est utilisé par la médecine traditionnelle pour traiter certaines douleurs aux articulations et pour ses vertus aphrodisiaques.

Se nourrissant surtout de plancton, le concombre de mer a une façon plus qu’originale de s’alimenter. Ce dernier capture le plancton grâce à ses tentacules recouverts d’une couche de mucus avant de les «lécher comme le ferait un enfant avec des doigts pleins de chips» pour digérer, illustre la biologiste responsable de l’interprétation, Mélanie Cantin. Autre fait intéressant, il est très difficile, voire impossible, de connaître l’âge d’un individu étant donné qu’il n’est composé d’aucune structure physique solide qui permette de voir les marques du temps.

On en retrouve plusieurs espèces dans les différents plans d’eau sur la planète, dont le golfe Saint-Laurent avec notre Cucumaria frondosa.

Concombre de mer

Le loup tacheté

Vivant dans l’eau froide, entre -1 et 3,5 degrés, le loup tacheté est une espèce de poisson unique. Son sang contient des protéines antigel, empêchant ainsi la formation de cristaux de glace même lorsqu’il est exposé à des températures glaciales. Sa peau, sans écailles, était autrefois utilisée pour en faire du cuir, principalement au Groenland. Après un processus de tannage, comme c’est le cas pour les animaux terrestres, la peau du loup tacheté pouvait être utilisée pour faire des chaussures, des meubles et même des reliures de livres. Sa chair blanche sucrée ne contient pas d’arêtes, permettant d’en faire des filets de haute qualité.

Cette espèce qui vit en solitaire sous les roches des profondeurs de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent, jusqu’à 750 mètres sous le niveau de l’eau, est considérée menacée depuis 2012. Lorsque pêché accidentellement, le loup tacheté peut survivre de longues minutes hors de l’eau, réussissant parfois à tolérer jusqu’à une heure sur le pont des bateaux de pêcheurs.

Des essais pour l’élever en aquaculture sont en cours en Gaspésie depuis quelques années.

L’étoile de mer commune et polaire

Bien connue du public, l’étoile de mer est beaucoup moins inoffensive qu’on peut le croire. Il s’agit d’un animal carnivore qui peut consommer jusqu’à dix mollusques par jour. Des moules, des huîtres et même d’autres étoiles de mer. Pour s’alimenter, cette espèce prend sa proie entre ses bras et la rapproche peu à peu de sa bouche, sous son corps. Elle expulse ensuite son estomac et digère lentement son repas.

Pour manger des mollusques mieux protégés, comme les huîtres et les moules, l’étoile de mer agrippe le coquillage et tente lentement de l’ouvrir, forçant ainsi sa proie à dépenser beaucoup d’énergie pour lui en interdire l’accès jusqu’à ne plus en avoir la force.

Une fois la coquille ouverte par épuisement, l’étoile de mer va introduire son estomac dans la coquille et commencer la digestion. Certaines digestions peuvent durer jusqu’à huit heures.

Étoile de mer

Grosse poule de mer 

Les lompes, plus connues sous le nom de «grosses poules de mer» sont les locataires favoris de l’équipe d’Exploramer, admet l’adjointe à l’interprétation, Léa St-Pierre-Castonguay. Ce poisson, qui a la forme d’une boule et qui est muni de toutes petites nageoires, est particulièrement mignon avec son air très maladroit. Ses nageoires pelviennes, situées sur le ventre, agissent comme une ventouse qui lui permet d’économiser de l’énergie en s’accrochant à des objets tels que des roches, des quais, ou encore des casiers de pêcheurs.

Lors de la période de reproduction, le mâle devient rouge vif et se déplace en zone peu profonde afin de trouver une cuvette où une femelle le rejoindra. Cette dernière y déposera environ 140 000 œufs que le mâle va féconder avant de les protéger pour les 40 prochains jours. Pour vivifier les œufs, il met sa tête dans la cuvette remplie d’œufs et y «souffle» un courant d’eau.

Même si l’espèce est menacée depuis 2017, certains pêcheurs attrapent les femelles remplies d’œufs pour en faire du caviar. Le caviar de lompe est peu dispendieux et nécessite d’être teint en rouge ou en noir avant d’être vendu. Par contre, l’espèce est relativement facile d’élevage et il serait possible d’alimenter le marché par l’aquaculture.

Grosse poule de mer