Comme chaque premier dimanche du mois, celui de mars au début de la relâche scolaire sera synonyme de gratuité au Musée de la civilisation.

Musée de la civilisation: investir le marché international, quitte à choquer

Le Musée de la civilisation de Québec veut accroître sa présence dans le marché international des créateurs d’expositions exportables, conçues pour la tournée. Quitte à faire sourciller.

«Il y a une volonté d’accentuer, d’en faire plus», dévoile au Soleil le président-directeur général du MCQ, Stéphan La Roche. «C’était déjà là, mais on l’accentue. On met plus d’emphase parce qu’on pense que c’est porteur pour le musée.»

En ce jeudi matin de tempête hivernale, fouettés par les bourrasques fluviales, nous nous sommes présentés à l’établissement de la rue Dalhousie un peu avant l’ouverture des portes. M. La Roche nous attendait, accompagné du directeur de la programmation Nicolas Gauvin. Le temps d’une entrevue, ils seront nos guides.

Le prétexte de notre rencontre? Le prochain coup de circuit qu’espère frapper le MCQ en 2021 : M**** comme caca, une «présentation d’envergure» abordant la défécation, la merde. Une production certainement sensationnaliste, au potentiel mercantile important sur le marché international.

Créations québécoises

Mais avant d’attaquer ce tabou de front, les deux dirigeants nous ont entraînés dans le musée désert vers l’exposition La tête dans le nuage traitant de la révolution numérique. Cette création du Musée de la civilisation pourrait aussi être commercialisée.

Le bouleversement engendré par l’informatisation de nos vies est d’actualité sur toute la planète, souligne Stéphan La Roche, tout en prenant la pose pour le photographe du Soleil. «C’est un thème mondial.» La perspective d’exportation est donc grande, puisque le sujet peut trouver un auditoire sous d’autres cieux.

Voici un bon exemple de la tangente prise par l’institution du Vieux-Port : «[Choisir] des thématiques qui sont vraiment universelles, mais qui sont ancrées dans le local». 

À l’étage du haut, dans le parcours imaginé pour les enfants Observer. L’expo qui déroute!, Nicolas Gauvin nous fait remarquer que cette exposition serait facile à vendre. Le canevas serait alors cédé à un autre musée qui pourrait le reproduire chez lui… tout en payant des droits, des redevances, au MCQ. «Il n’y a pas d’artéfacts. Elle peut être vendue par “concept”.»

Parfois, une exposition complète part en tournée. Parfois seule l’idée, la mise en scène, est monnayée.

Coup de circuit

Mais son prochain gros coup dans le monde muséal, le MCQ espère que ce sera M**** comme caca. Il est déjà acquis que cette création toute québécoise aura une «vocation de tournée internationale». La scénographie est d’ailleurs pensée pour entrer dans des caisses de transport.

Les grandes lignes : «L’exposition traite de la défécation, de l’histoire sociétale de ladite merde (notions de tabou et de dégoût), du traitement des déchets, des découvertes scientifiques liées au microbiote intestinal et, plus largement, des enjeux sociétaux, humains et environnementaux en lien avec ce sujet définitivement encore trop peu abordé».

Le projet a été ébruité durant les Fêtes de fin d’année; plusieurs réactions ont alors percolé jusqu’aux oreilles de nos guides, positives et négatives. Ils s’en réjouissent! Ce serait un gage de succès.

«On va être le premier musée à traiter ce sujet-là de la façon dont on va le faire», avance Stéphan La Roche. «Le Musée a fait sa marque en étant audacieux. Ça force à sortir des sentiers battus.»

Pas (juste) pour l’argent

Voilà donc un produit qui permettra de garnir les coffres du MCQ, n’est-ce pas? «Non.» La réponse étonne.

«Oui, généralement il y a des redevances, convient Nicolas Gauvin. Mais le vrai gain n’est pas monétaire. Les revenus sont relativement limités.»

Pourquoi alors se donner tant de mal pour exporter les créations? «Si on veut avoir des collaborations avec d’autres institutions majeures, il faut établir notre crédibilité sur la scène internationale.»

Comme dans le commerce, il faut positionner la marque.

Cela permet de convaincre les musées du monde d’envoyer leurs meilleures expositions dans la capitale, explique-t-il. Comme Hergé à Québec, en 2017.

Cela permet aussi des partenariats d’affaires. Dès juin, par exemple, le Musée de la civilisation présentera Effets spéciaux, importée de la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. L’exposition a toutefois été adaptée au marché local par l’équipe de Québec. Et le «vendeur» français a apprécié : c’est la version québécois qui sera vendue sur le marché nord-américain. Encore des redevances en perspective.

Jusqu’en Asie

Cette volonté de prospérer dans le monde n’est pas nouvelle au Musée de la civilisation. Elle aurait cependant été relevée.

Déjà fin 2015, en célébrant sa nomination à la tête du musée, M. La Roche indiquait vouloir poursuivre «le développement de la notoriété nationale et internationale».

Le désir de se démarquer sur le marché international «dans un contexte où la concurrence est féroce» est, en outre, mis de l’avant dans le plan stratégique de l’institution d’État. «Le rayonnement du Musée fait partie de sa mission et il dispose de tous les atouts pour assurer la présence du Québec dans le réseau international. […] Il a ainsi l’ambition d’accroître sa présence sur les scènes nationale et internationale.»

«On veut être plus proactifs. On l’a toujours fait au musée, mais on veut mettre un peu plus l’emphase», insiste Stéphan La Roche.

L’équipe voyage donc plus. «On a commencé à faire plus de missions à l’étranger.» L’Asie est dans la mire, la Corée en particulier. «On essaie de développer de nouveaux marchés.»

Le MCQ a ouvert ses portes il y a 31 ans. Il se vante d’accueillir quelque 600 000 personnes par année.

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Le directeur de la programmation Nicolas Gauvin et le président-directeur général Stéphan La Roche voient un potentiel de commercialisation intéressant pour les expositions du Musée de la civilisation, comme La tête dans le nuage.

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PRIS D'ASSAUT POUR LA RELÂCHE!

Le Musée de la civilisation de Québec (MCQ) fourbit ses armes pour faire face à une invasion annuelle… de familles en relâche scolaire!

«C’est la plus grosse semaine de l’année», observe le président-directeur général, Stéphan La Roche. «On s’attend à beaucoup de monde.»

L’institution du Vieux-Port évalue qu’autour de 25 000 personnes franchiront ses portes durant les premiers jours de mars.

En plus, le premier dimanche de mars tombe au début du congé scolaire. Et qui dit premier dimanche du mois, dit gratuité. Ce jour-là, entre 3000 et 4000 visiteurs pourraient se présenter, surtout s’il fait froid! Les familles aiment alors se réfugier à l’intérieur. Une tempête de neige aurait l’effet inverse.

M. La Roche assure que l’atmosphère sera toujours confortable malgré l’affluence. Le musée est capable de loger pas mal de monde, dit-il. Certaines expositions vedettes ont connu des pointes à 5000 entrées quotidiennes… mais, là, c’était un peu serré. «En haut de 4000, c’est moins agréable.»

La programmation spéciale de la relâche est par ici : activites.mcq.org/relache Baptiste Ricard-Châtelain

Parfois, une exposition complète peut partir en tournée. D’autres fois, seul son concept, ou sa mise en scène, est monnayé.