Véronique Hivon

Mourir dans la dignité: les élections éclipsent le projet de loi

Les chances de faire adopter le projet de loi sur le droit de mourir dans la dignité disparaissent au fur et à mesure que s'égrènent les derniers jours avant la campagne électorale. Même la ministre Véronique Hivon a perdu sa belle «confiance» d'en arriver à une sanction.
Mercredi matin, le Parti québécois (PQ) a lancé à la première heure une offre pour élargir le nombre d'heures pendant lesquelles des élus pourraient s'expliquer en chambre sur le sens de leur vote. Les libéraux l'ont reçu comme une manoeuvre électorale visant à museler un certain nombre d'entre eux. Les caquistes ont accusé le gouvernement d'avoir eux-mêmes conduit la législation dans le cul-de-sac.
La première ministre a qualifié «d'inacceptable» la réponse du Parti libéral du Québec (PLQ). Pauline Marois a invité, sans trop sembler y croire, ses adversaires à se rappeler qu'ils ont «travaillé de bonne foi depuis quatre ans sur ce projet. On arrive à la toute fin du processus. Les débats sont pratiquement terminés. C'est de l'obstruction de leur part».
Son leader parlementaire Stéphane Bédard s'est montré «profondément déçu par une nouvelle mesure dilatoire» pour retarder l'adoption de la législation. Il a fait porter son attaque contre le chef libéral Philippe Couillard, qui ferait montre dans ce dossier «d'un problème profond de leadership». Le ministre ne dit pas qu'il ne croit plus à une adoption avec le déclenchement des élections. Il n'est guère optimiste.
À la sortie du Salon bleu, la ministre Hivon, qui a lancé les travaux alors qu'elle était encore dans l'opposition, n'arrivait pas à se résoudre à ce que son projet soit laissé en plan, si près du but, à quelques discours d'une adoption finale. «C'est certain que je ne comprends pas la réponse qui nous a été faite», a-t-elle répondu, encore ébranlée par la tournure des événements.
Selon elle, le leader parlementaire libéral Pierre Moreau réclamait, mardi, cinq heures en chambre pour que pour qu'environ 40 élus du PLQ puissent s'exprimer. Le PQ aurait offert de doubler ce temps de parole. «Après quatre ans de parfaite collaboration [Véronique Hivon a amorcé les travaux lorsqu'elle était dans l'opposition], nous allons arriver à un blocage en toute fin de parcours?»
En fin de journée, elle a exhorté une autre fois le PLQ à s'élever au-dessus «de la joute partisane». Des milliers de citoyens et de professionnels se sont fait entendre, a-t-elle dit; les élus doivent «se recentrer» sur une législation qui «apporte un petit supplément de compassion, d'humanité et de dignité aux personnes qui sont en fin de vie».
L'opposition intraitable
Les libéraux se refusent à modifier des règles parlementaires si cela ne sert que de paravent à la volonté de Pauline Marois de lancer la Québec en élections, a souligné Philippe Couillard. «À ce que je sache, on revient après deux semaines de pause pour travail en circonscription. Donc, les travaux se poursuivent», et l'examen de la loi pourrait se poursuivre dans la semaine du 11 mars, a-t-il décliné.
C'est cependant une date probable pour l'appel au peuple. «Mais, moi», a laissé entendre sur le ton de l'ironie le leader du PLQ, Mme Marois «ne m'a pas appelé pour me parler d'une élection».
Sur le fond des choses, «je répète que je trouverais inacceptable, compte tenu de l'enjeu lui-même, de limiter le droit de mes collègues de s'exprimer dans l'Assemblée nationale» sur le sens de leur vote. Lui-même a l'intention de s'en prévaloir même s'il est favorable à la législation.
La Coalition avenir Québec (CAQ) demande un droit de parole pour une demi-douzaine de ses élus. La CAQ n'est pas davantage disposée que le PLQ à acquiescer aux modifications aux règles pour accélérer le débat. «Le gouvernement est le seul et unique architecte de l'embouteillage dans lequel on se trouve aujourd'hui dans nos travaux parlementaires», a tranché le caquiste Gérard Deltell. «Demander à des députés de ne pas prendre la parole ou de réduire leur temps de parole, c'est inacceptable.»