L'architecte Roger Taillibert à Montréal, en juin 2016

Mort du père du Stade olympique, l’architecte Roger Taillibert

MONTRÉAL — L’architecte français Roger Taillibert, père du Stade olympique de Montréal, est décédé à Paris à l’âge de 93 ans.

Il avait atteint une grande notoriété en 1965 avec la construction de la piscine de Deauville, en France, puis du Parc des Princes de Paris, au tournant des années 1970, des ouvrages qui avaient fait sa renommée comme spécialiste de l’utilisation des voiles de béton et comme concepteur d’installations sportives.

«Il avait une architecture unique. M. Taillibert utilisait une architecture avec des courbes. Il utilisait beaucoup le cercle, l’ellipse plutôt que la ligne droite», raconte Claude Phaneuf, qui était ingénieur en chef à la Ville de Montréal et responsable des installations olympiques à l’époque de la construction durant les années 1970.

M. Phaneuf, devenu un ami proche de l’architecte français à la suite de l’aventure olympique, lui parlait «presque à tous les jours» au téléphone et lui rendait aussi visite à sa résidence secondaire de Saint-Sauveur, dans les Laurentides. «C’est un jour triste pour le Québec», a-t-il soupiré.

«C’est vous!»

Les oeuvres de Roger Taillibert - particulièrement le Parc des Princes, stade qui est aujourd’hui le domicile du club de soccer Paris-Saint-Germain - avaient séduit le maire de Montréal, Jean Drapeau, qui en avait fait le maître d’oeuvre du parc olympique en vue des Jeux de 1976, soulevant la colère du milieu de l’architecture local qui se faisait ainsi damer le pion par un étranger.

François Renaud, conservateur et responsable des expositions au Centre d’art Diane-Dufresne de Repentigny où Roger Taillibert exposait ses toiles et dessins pas plus tard que cet été, était en contact étroit avec lui depuis plusieurs mois pour préparer le projet et le réaliser. Rejoint par La Presse canadienne, il a ainsi rapporté l’anecdote de la rencontre Drapeau-Taillibert.

«M. Drapeau, ayant entendu parler de la construction du Parc des Princes à Paris, a pris rendez-vous avec M. Taillibert. Il est allé inspecter le bâtiment de ses propres yeux. M. Taillibert m’a dit: je le voyais monter dans les estrades, il parcourait l’enceinte et à la toute fin, M. Drapeau est redescendu en me disant: «C’est vous»! Il avait choisi son architecte.»

«Il ne méritait pas ça»

Le Stade olympique demeure à ce jour le bâtiment ayant la plus haute tour inclinée du monde, à 165 mètres.

Ouvrage controversé à cause de son coût, mais aussi des difficultés inhérentes à ce genre de construction, le stade n’avait pu être complété à temps pour les Jeux et il avait fallu 10 ans avant que la tour ne soit complétée et une autre année pour que le premier toit rétractable y soit installé.

Claude Phaneuf estime cependant qu’on a trop facilement fait porter l’odieux à l’architecte français.

«On lui a toujours mis sur le dos tous les déboires qu’on avait dans le parc olympique alors qu’il n’avait rien à voir. On aurait pu le traiter différemment. Il ne méritait pas ça», déplore-t-il au bout du fil.

«Cage à pingouins»

Le stade était accompagné d’un vélodrome, édifice qui a été converti pour devenir le Biodôme au grand dam de l’architecte, qui l’avait qualifié de «cage à pingouins», entre autres, alors qu’il aurait voulu qu’il demeure une installation sportive.

Roger Taillibert a d’ailleurs toujours défendu la conception de son stade et a maintes fois répété qu’il le ferait sensiblement de la même façon si c’était à recommencer.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réagi à l’annonce de son décès sur les réseaux sociaux, rappelant que «le Stade olympique est connu aux quatre coins du monde» et qu’il «nous a donné certains grands moments de notre histoire. Le legs de Roger Taillibert à Montréal est grand».

De son côté, la ministre du Tourisme et responsable de la Régie des installations olympiques, Caroline Proulx, a qualifié Roger Taillibert d’»architecte visionnaire qui a marqué à jamais le paysage de notre métropole» et qui a légué au Québec «l’un de ses monuments les plus emblématiques: notre Stade olympique, le symbole par excellence de Montréal à l’international».