Le policier Simon Beaulieu (à droite) a livré sa version des faits dans le procès qu’il subit pour conduite dangereuse et négligence criminelle causant la mort de Guy Blouin, près de l’église Saint-Roch.

Mort du cycliste Guy Blouin: le policier ne voyait pas de danger

Le policier Simon Beaulieu était convaincu qu’il pouvait reculer sans danger pour interpeller Guy Blouin dans Saint-Roch. Le cycliste a toutefois ralenti et dévié de sa voie plus que ce que le patrouilleur avait anticipé.

Le policier de 36 ans, qui subit son procès pour conduite dangereuse et négligence criminelle causant la mort, a donné ses explications mercredi.

Derrière lui, ses parents, ses beaux-parents, sa conjointe, sa sœur et son ancienne lieutenante de patrouille forment un rang serré.

Embauché à la Ville de Québec au printemps 2005, Simon Beaulieu a toujours travaillé à l’arrondissement La Cité-Limoilou. Il aime la patrouille urbaine, a-t-il dit à son avocat, Me Maxime Roy.

La matinée du 3 septembre 2014 s’est déroulée sans anicroche. Un peu avant 11h, les deux patrouilleurs entendent sur les ondes qu’un homme a tenté de voler un vélo sur la rue des Trois-Mats dans Saint-Roch. Une heure plus tard, une seconde tentative de vol de vélo est rapportée. Dans ce dernier cas, le voleur filait sur une bicyclette.

Juste avant d’aller prendre leur dîner, les policiers interceptent un homme qui file en rouli-roulant sur la rue Du Parvis. Ils donnent un constat d’infraction de 15$.

En tournant sur la rue Saint-François, le conducteur Simon Beaulieu balaye du regard la chaussée et le parvis de l’église Saint-Roch, achalandé en cette belle journée d’été. Aucune personne d’intérêt parmi les gens assis sur les bancs.

Simon Beaulieu aperçoit un cycliste qui vient dans leur direction, en contravention du sens unique de la rue Saint-François.

Il place alors son véhicule de façon oblique pour indiquer à l’homme qu’il veut lui parler.

Le cycliste, Guy Blouin, 48 ans, poursuit sa route sans broncher, même quand les policiers lui crient de s’arrêter. 

«Je décide de faire une manœuvre prompte de reculons pour ne pas le perdre de vue», explique Simon Beaulieu.

Le patrouilleur a déjà effectué cette manoeuvre dans les rues à sens unique du Vieux-Hull, lorsqu’il travaillait pour la police de Gatineau, explique-t-il

Simon Beaulieu était et est toujours convaincu que sa manœuvre était sans danger. «Je connais la caisse populaire, je sais que c’est achalandé. Je connais le secteur et j’avais vérifié, énumère-t-il. Il n’y a pas de véhicule dans la rue, personne sur les trottoirs qui s’apprêtent à traverser.»

La seule personne que Simon Beaulieu voit, c’est Guy Blouin qui circule près du trottoir côté sud.

Alors que le policier recule, Guy Blouin se retourne, ralentit et dévie de sa voie «plus que ce que j’avais anticipé», témoigne le policier.

Simon Beaulieu dit avoir appuyé au maximum sur les freins, mais avoir eu l’impression que son Crown Victoria, un véhicule qu’il connaît bien, ne réagissait pas. 

Le rapport d’inspection mécanique révélera que le système ABS était non fonctionnel, mais que l’auto-patrouille freinait à 74%.

Le cycliste se retrouve donc dans la voie de circulation et est heurté par l’auto-patrouille. Une roue arrière du véhicule roule sur le torse de Guy Blouin.

Vitesse de 25 km/h

Le policier évalue qu’il roulait au maximum à 25 km/h. Dans les jours suivant l’événement, il a fait des tests à bord de son véhicule personnel. «Lorsque j’arrivais à 30 km/h, c’était trop rapide par rapport à mes souvenirs.» Le reconstitutionniste de la Sûreté du Québec calcule, après avoir analysé les marques de freinage, que l’auto-patrouille roulait à 44 km/h lors de la manœuvre à reculons.

Après l’impact, Simon Beaulieu et son collègue sortent pour secourir le cycliste.

Colérique

Guy Blouin est accroupi au sol, derrière l’auto-patrouille. Blessé aux jambes, il se recroqueville sur lui-même. Très agité, il repousse les policiers et refuse qu’on le touche.

Pour essayer de calmer l’homme, l’agent Beaulieu lui dit qu’il est arrêté et que l’ambulance s’en vient.

Pendant que les policiers tentent d’intervenir, des passants s’approchent. Plusieurs les injurient.

Simon Beaulieu et son collègue accompagnent ensuite Guy Blouin dans l’ambulance.

Toujours colérique, arrachant son masque à oxygène, le cycliste perd peu à peu conscience.

Après un trajet de quatre minutes, il arrive à l’hôpital de l’Enfant-Jésus et est aussitôt amené en salle de réanimation. Au bout de cinq minutes, un médecin vient annoncer à Simon Beaulieu que Guy Blouin est décédé.

«J’étais sous le choc, raconte Simon Beaulieu, avec une émotion difficilement contenue. Pour la première fois de ma vie, je me suis pincé l’avant-bras tellement je pensais que c’était un mauvais rêve.»

Les deux policiers sont ensuite amenés au poste de police pour remplir leur rapport. 

Après l’événement, Simon Beaulieu a appelé sa conjointe, policière, et ses parents. Il sait qu’au même moment, la famille de Guy Blouin apprend le drame. Par respect pour eux, le policier Beaulieu précisera à la cour que le cycliste n’avait rien à voir avec les vols de vélo.

Simon Beaulieu sera en arrêt de travail durant trois semaines. Il est devenu sergent-détective depuis les événements, mais a été assigné à des tâches administratives dès sa mise en accusation.