Mort «choquante» d'une femme autochtone à Joliette: il faudra plus que l'enquête du coroner, selon les Premières Nations [VIDÉO]

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, juge qu’une enquête du coroner ne suffira pas à la suite du décès, lundi, d’une mère attikamek à l’hôpital de Joliette dans des circonstances troublantes, sur fond de racisme du personnel soignant.

Mardi matin, la ministre des Affaires autochtones a confirmé la tenue de l'investigation: «Nous voulons savoir ce qui s’est produit», écrit Sylvie D’Amours sur Twitter. «Une enquête est actuellement en cours, afin de faire la lumière sur ce drame. Quels que soient les résultats de cette enquête, les propos entendus sont inacceptables et intolérables.»

Plusieurs médias ont rapporté des propos entendus dans une vidéo filmée en direct sur Facebook par la victime, Joyce Echaquan, alitée à l’hôpital de Joliette.

Les collègues de La Presse indiquent notamment que la femme de 37 ans, mère de 7 enfants, supplie : «Venez me chercher. Quelqu’un… venez me chercher.» 

Tandis qu’elle est attachée à sa civière, des infirmières ou des préposées lancent des insultes racistes :

- «Je pense que tu as de la misère à t’occuper de toi, on va le faire à ta place ».

- «Esti d’épaisse de tabarnouche. […] Hey, t’es épaisse en câlisse.»

- «T’as fait des mauvais choix, ma belle. Qu’est-ce qui penseraient, tes enfants, de te voir comme ça ? […] C’est meilleur pour fourrer qu’autre chose.»

La famille craint qu’elle ait été surmédicamentée.

Choquant

Le chef Picard a fait référence à l’événement «choquant, scandaleux», mardi, alors qu’il déposait justement un plan d’action contre le racisme.

«Je ne sais pas si [Joyce Echaquan] a été victime de mauvais traitements, mais je sais qu’elle a été victimes de racisme de la part des infirmières qui devaient en prendre soin», a déploré Ghislain Picard. «Nous le savons parce qu’il a y a une vidéo. […] On y reconnaît des préjugés crasses.»

«C’est un autre cas d’une série de drames que vivent les femmes autochtones dans les services publics», a-t-il ajouté. Des situations qui seraient répandues dans les centres jeunes, les écoles, les hôpitaux, les postes de police…

«Combien de ces cas surviennent, mais ne sont pas connus ?» Cette fois, une vidéo permet d’en témoigner.

«Une enquête du coroner, est-ce suffisant ? Ce ne sera jamais suffisant», évalue M. Picard qui veut «éradiquer» le racisme systémique.

«Nous devons nous mettre au travail aujourd’hui.»

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« «Tout le Québec devrait être indigné. […] Il faut reconnaître qu’il y a un problème de racisme et s’assurer que ce genre de tragédie n’arrive plus.» »
Verna Polson, Grande cheffe du Conseil de la Nation Algonquine Anishnabeg et porte-parole du Conseil des femmes élues de l’APNQL

« «Je suis écoeurée. […] Encore une femme victime de racisme crasse aux mains des employés de l’État québécois. […] C’est inacceptable, c’est scandaleux et ça doit arrêter. […] Justice pour Joyce.» »
Adrienne Jérôme, Cheffe de la Première Nation de Lac Simon et porte-parole du Conseil des femmes élues de l’APNQL

« «Un nouveau drame qui s’ajoute à une liste déjà beaucoup trop longue. [...] Nous demandons au gouvernement du Québec de reconnaître qu’il y a du racisme systémique dans les institutions du Québec.» »
Cédric Gray-Lehoux, représentant du Réseau jeunesse des Premières Nations du Québec et du Labrador