La réaction de Washington survient au lendemain de l'élection controversée de l'Assemblée constituante voulue par le président Maduro.

Washington sanctionne le «dictateur» Maduro

Le Venezuela était lundi plus divisé et isolé que jamais, au lendemain de l'élection dans le sang d'une toute puissante Assemblée constituante à la main du président Nicolas Maduro, un «dictateur» selon Washington qui lui a infligé des sanctions financières et juridiques sans précédent.
«Les élections illégitimes d'hier confirment que Maduro est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien», a tonné le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin cité dans un communiqué de son ministère qui annoncé le «gel» de «tous les avoirs» que possèderait le président vénézuélien aux États-Unis.
Nicolas Maduro a rejeté en soirée les sanctions américaines. «Je n'obéis pas aux ordres impérialistes, je n'obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre», a affirmé M. Maduro.
La réaction de Washington survient au lendemain de l'élection controversée de l'Assemblée constituante voulue par le président socialiste, un scrutin marqué par des violences qui ont fait dix morts.
Lundi, le trafic semblait normal à Caracas, mais des restes des barricades de la veille jonchaient encore les rues, vestiges des affrontements de la veille. Opposants et forces de l'ordre se sont affrontés à Caracas et dans d'autres villes lors de batailles rangées.
«Je me sens mal, frustré par cette fraude», confiait, déçu, Giancarlo Fernandez, 35 ans.
Le scrutin a été boycotté par l'opposition pour laquelle cette institution ne vise qu'à prolonger le pouvoir de M. Maduro, dont le mandat s'achève en 2019.
La Constituante de 545 membres, qui doit diriger le pays pour une durée indéterminée, doit s'installer mercredi au siège du Parlement dominé depuis 2016 par l'opposition, qui ne reconnaît pas la nouvelle Assemblée.
Cette dernière, qui se situe au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du président, doit rédiger une nouvelle Constitution remplaçant celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez.
M. Maduro a qualifié d'historique le scrutin auquel ont participé selon les autorités plus de huit millions d'électeurs, soit 41,5 % du corps électoral. Plus que les 7,6 millions de voix réunies par l'opposition le 16 juillet, lors d'un référendum contre le projet de Constituante. Chaque camp conteste les chiffres de l'autre.
Pour l'opposant Julio Borges, président du Parlement qui a assuré que le législatif continuerait de siéger malgré l'élection de la Constituante, le Venezuela se «réveille plus divisé et isolé du reste du monde». L'opposition appelait de nouveau à manifester lundi et mercredi. Au total, plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations antigouvernementales.
Ambition dictatoriale
Le résultat de l'élection a été accueilli par des condamnations internationales. Avant la décision de Washington de geler les avoirs de Nicolas Maduro, l'Union européenne avait fait part de sa préoccupation sur le «sort de la démocratie» au Venezuela.
Une dizaine de pays, des États-Unis à la Colombie, en passant par l'Argentine ou l'Espagne, ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas la Constituante. À l'inverse, la Russie, Cuba, le Nicaragua et la Bolivie ont apporté leur soutien à M. Maduro.
Répondant sur le ton du défi à cet opprobre - «on s'en fiche de ce que dit Trump! Ce qui nous importe c'est ce que dit le peuple du Venezuela!» - M. Maduro a souhaité que la Constituante lève l'immunité des parlementaires de l'opposition pour qu'ils soient jugés.
Il a également menacé de «prendre le mandat» de la Procureure générale Luisa Ortega. Cette chaviste de longue date, qui a rompu avec le gouvernement pour en devenir un des principaux adversaires, a pris la parole lundi.
«Je m'adresse au pays [...] pour refuser de reconnaître l'origine, le processus et le résultat présumé de la Constituante présidentielle amorale [...] Nous faisons face à une ambition dictatoriale», a déclaré Mme Ortega.
Pas comme Cuba
Pour Paul Webster Hare, professeur de relations internationales à l'Université de Boston, aux États-Unis, et ancien ambassadeur britannique à Cuba, Maduro «n'a pas gagné».
«Le socialisme vénézuélien n'est pas viable, à la différence de ce qui s'est passé à Cuba entre 1961 et 1990, qui pouvait compter sur un puissant allié, l'Union soviétique, qui lui fournissait des ressources en échange de sa fidélité», a déclaré M. Hare à l'AFP.
Le Venezuela, premier exportateur de pétrole d'Amérique latine, est au bord de l'effondrement économique et 80 % des Vénézuéliens désapprouvent la gestion du président, selon l'institut de sondages Datanalisis.
Les cours du pétrole ont ouvert en baisse lundi à New York, les marchés regardant avec inquiétude la situation dans le pays sud-américain.