Dimanche à Lagos, des douzaines de chefs et des centaines de visiteurs ont célébré ensemble le riz jollof lors d'un festival en son honneur.

«Vous ne coloniserez pas nos assiettes!» disent les Nigérians

Le riz jollof n'est pas le plat traditionnel du Nigeria : c'est une obsession nationale. Dimanche, des douzaines de chefs et des centaines de visiteurs ont célébré ensemble ce plat à base de riz pimenté à la sauce tomate lors d'un festival en son honneur.
Imoteda Aladekomo, 31 ans, est «chef jollof». La jeune femme travaille le riz depuis quatre ans, et sa petite entreprise gastronomique Eko Street Eats est pionnière dans la recherche de recettes déclinant ce plat populaire en Afrique de l'Ouest.
Sa recette phare : du riz jollof frit dans de la chapelure de pain, servi avec une petite sauce de banane plantain, sur coulis de sauce au piment.
«C'est très populaire parce que c'est facile à adapter en fonction des événements», explique la cuisinière en préparant des portions à emporter pour les gourmands qui s'alignent devant ses fourneaux.
«Il ne peut pas y avoir de fête sans riz jollof, et c'est le repas de famille traditionnel du dimanche que l'on attend toute la semaine avec impatience. Le riz jollof, personne n'arrivera jamais à le détrôner, pas même McDonald's ou je ne sais quoi», s'amuse-t-elle.
Mo Alatise, chef autodidacte de 30 ans, attire elle aussi une foule jeune et branchée devant son stand de «jollof-fusion».
«On essaie de mixer les recettes locales traditionnelles avec des ingrédients qui proviennent d'autres pays, comme par exemple des gnocchis italiens faits à base de jollof, ou des petits bols de riz façon asiatique», lance-t-elle, sous des lunettes de soleil immenses et un grand chapeau en plume. «Ce plat, c'est notre marque de fabrique. On est littéralement obsédés par ça!»
La guerre du riz jollof 
Pourtant, n'en déplaise aux Nigérians, les origines de ce plat -qui semble facile à concocter, mais ne l'est pas- sont férocement contestées.
Le mot jollof est tiré de wollof, la langue parlée au Sénégal où le plat est également très populaire. On le retrouve d'ailleurs à travers toute l'Afrique de l'Ouest.
«C'est la guerre à chaque fois que l'on parle de ses origines», explique Mo Alatise. «J'ai essayé le jollof sénégalais, mais ce n'était pas top... Le nôtre est le meilleur... même si je ne suis sans doute pas très objective», reconnaît la jeune femme.
L'échec de Jamie Oliver
Heureusement pour cette région du monde déjà bien trop affectée par de nombreux conflits, la paix est revenue grâce à Jamie Oliver, le célèbre cuisinier britannique. Il s'est lancé dans une préparation de jollof... et tout le monde, pour une fois, était d'accord : c'était un échec.
C'est d'ailleurs après «tout ce brouhaha autour de Jamie Oliver» qu'Ozoz Sokoh a eu l'idée de ce festival en l'honneur du célèbre plat.
«Malgré la guerre entre le Ghana (frère anglophone de la côte ouest) et le Nigeria pour savoir qui a le meilleur jollof, les deux pays se sont unis d'une seule voix, en disant : «Vous ne coloniserez pas nos assiettes!», raconte Mme Sokoh, géologue et blogueuse culinaire de 42 ans.
La gastronomie a d'ailleurs réussi à unir les Nigérians de la diaspora, ainsi que les Ouest-africains en général dispersés au gré de l'histoire et à travers le monde.
«Rapprocher des pays»
Ce plat «rapproche des pays ou des régions - pas seulement en Afrique de l'Ouest, mais aussi dans des endroits où il y avait des esclaves, comme le sud des États-Unis et certaines régions du Mexique», rappelle l'organisatrice.
Et même si les sushis et pizzas commencent à faire leur entrée discrète dans les grandes villes nigérianes, notamment grâce aux services de livraison à domicile, le riz jollof garde toujours une attention toute particulière au sein de la population jeune et tendance.
«Je suis une grande fan», sourit Jane Ibitola, conseillère financière venue spécialement de Port Harcourt, dans le sud-est du pays, jusqu'à Lagos, pour le festival. «Les jeunes peuvent oublier un temps notre nourriture traditionnelle. Mais dès que tu la quittes, elle te manque encore plus.»