Des partisans du parti MDC contestaient la victoire la Zanu-PF, dans les rues de Harare, mercredi.

Victoire contestée du parti au pouvoir au Zimbabwe

HARARE — Trois personnes ont été tuées mercredi à Harare dans des affrontements qui ont opposé les forces de l’ordre à des partisans de l’opposition, qui accusent la commission électorale de fraudes après l’annonce de la victoire aux législatives du parti au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980, la Zanu-PF.

Les États-Unis, qui se sont dits dans un tweet «profondément inquiets», ont appelé dans la soirée l’armée «à faire preuve de retenue quand elle disperse les manifestants».

La police a confirmé «la mort regrettable de trois personnes pendant les émeutes et la mêlée qui s’est produite dans le centre de Harare», lors d’une déclaration à la télévision nationale.

Mais en soirée, le ministre de l'Intérieur, Obert Mpofu, a averti que son gouvernement «ne tolérera pas» la contestation de l'opposition dans la rue et s'est engagé à réprimer de nouvelles manifestations.

«Nous ne tolérerons pas les agissements que nous avons observés aujourd'hui», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, avertissant l'opposition qu'elle ferait «une grosse erreur» en prenant l'attitude du gouvernement pour de la «faiblesse».

Au moins un manifestant a été tué par les tirs à balle réelle des militaires. Un homme touché à l’estomac a ainsi succombé à ses blessures, a constaté un photographe de l’AFP. Auparavant, la police avait fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour tenter de disperser la foule massée devant des bureaux temporaires de la commission électorale, qui a riposté à coups de pierre.

«On ne veut pas les soldats dans la rue. Ils ne vont pas nous faire taire avec leurs fusils», a assuré Beridge Takaendesa, un ancien agent immobilier de 43 ans, mécontent de l’annonce des résultats partiels des premières élections depuis la chute en novembre de Robert Mugabe, écarté après près de quatre décennies au pouvoir par un coup de force de l’armée et de son parti.

Des barricades ont été érigées dans la ville avec des blocs de béton et des pierres. Des policiers antiémeutes bloquaient l’accès au siège du principal parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), tandis que des véhicules militaires patrouillaient en ville.

«Aujourd’hui, nous avons vu le déploiement de chars et des tirs à balle réelle sans raison apparente», a dénoncé le porte-parole du MDC, Nkululeko Sibanda, qui a condamné «la brutalité dont nous avons été victimes aujourd’hui sans aucune raison».

Le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé en novembre à Robert Mugabe, a pour sa part déclaré vendredi qu’il tenait l’opposition pour «responsable» de toute perte humaine lors de manifestations post-électorales.

«Nous tenons le MDC et sa direction pour responsable de perturber la paix nationale. De la même façon, nous tenons le parti et sa direction pour responsable de tout décès, blessé et destruction de biens lors de ces actes de violence politique», a-t-il ajouté.

Il avait un peu plus tôt lancé un appel au calme et à «cesser de faire des déclarations provocatrices».

Un message assez clair...

«Inégalité des chances»

Les résultats officiels de la présidentielle, Emmerson Mnangagwa et le leader de l’opposition Nelson Chamisa, ne sont pas encore connus, mais ce dernier a prévenu qu’ils étaient en train d’être truqués.

La commission électorale «cherche à publier des résultats pour gagner du temps et inverser la victoire du peuple à l’élection présidentielle», a affirmé Nelson Chamisa sur son compte Twitter.

«La stratégie est destinée à préparer mentalement le Zimbabwe à accepter de faux résultats pour la présidentielle. Nous avons remporté le vote populaire et nous le défendrons», a-t-il assuré

Les scrutins de l’ère Mugabe ont été régulièrement entachés de fraude et de violences.

Soucieux de se démarquer de son ex-mentor, son successeur et ancien bras droit, M. Mnangagwa, avait promis des élections justes, pacifiques et transparentes et avait invité des observateurs occidentaux, une première en seize ans, aux élections présidentielles, législatives et municipales de lundi, les premières depuis la chute de Robert Mugabe.

Les observateurs de l’Union européenne (UE) ont dénoncé mercredi dans un communiqué «l’inégalité des chances» entre les candidats aux élections générales au Zimbabwe et des «intimidations d’électeurs», tout en soulignant que le climat politique s’est «amélioré» au Zimbabwe.

Mercredi, la commission électorale (ZEC) a publié les premiers résultats partiels des législatives. Sur 153 des 210 circonscriptions du pays, «la Zanu-PF obtient 110 sièges, tandis que le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) obtient 41 sièges».

Selon ces chiffres, la Zanu-PF a donc obtenu la majorité absolue à la chambre basse.

Ni la Zanu-PF ni le MDC n’ont immédiatement réagi à ces premiers résultats officiels des législatives.

Des protestataires brûlent l'affiche du nouveau président élu, Emmerson Mnangagwa.

Le président «confiant»

Des premiers résultats partiels de la présidentielle, qui se joue essentiellement entre Emmerson Mnangagwa et Nelson Chamisa, devaient être annoncés mercredi, mais ne l’ont pas été.

Si personne n’obtient la majorité absolue au premier tour de la présidentielle, les deux candidats arrivés en tête s’affronteront lors d’un second tour prévu le 8 septembre.

Les résultats des législatives annoncés mercredi par la ZEC contredisent les annonces la veille du MDC, qui avait revendiqué la victoire.

Une proclamation qui a suscité la colère du gouvernement qui a menacé d’arrestations ceux qui annoncent des résultats alors que le décompte se poursuit.

De son côté, le président Mnangagwa, patron de la Zanu-PF, s’était dit confiant mardi dans la victoire. «Les informations obtenues par mes représentants sur le terrain sont extrêmement positives», a-t-il assuré.

Les électeurs se sont déplacés en masse lundi pour les premières élections générales post-Mugabe, alors que le pays est embourbé dans une grave crise économique depuis près de deux décennies.

Robert Mugabe, lâché par l’armée et son parti de la Zanu-PF après avoir limogé Emmerson Mnangagwa de son poste de vice-président, avait été contraint de démissionner en novembre après trente-sept ans au pouvoir.

Dimanche, lors d’une conférence de presse surprise, le nonagénaire a annoncé qu’il ne voterait pas Zanu-PF, laissant sous-entendre qu’il glisserait un bulletin Chamisa.