Des Américains, dont ici à New York, ont profité du Jour des présidents, lundi, pour protester contre Donald Trump. La journée a été rebaptisée «Not My President's Day».

Vérification faite à propos de la Suède...

L'AFFIRMATION: «Ma déclaration sur ce qui se passe en Suède faisait référence à un reportage de Fox News sur les immigrants et la Suède», a gazouillé le président américain, Donald Trump. Celui-ci tentait de corriger le tir après avoir mentionné, au cours de la fin de semaine, un attentat qui, selon lui, avait été perpétré vendredi soir en Suède - mais cette attaque n'a, dans les faits, jamais eu lieu.
LES FAITS
Le réseau Fox News a promptement confirmé, hier, avoir diffusé vendredi soir une entrevue avec un documentariste assez obscur nommé Ami Horowitz. Celui-ci y prétendait qu'une forte hausse de la criminalité et de la violence est venue avec la plus récente vague de réfugiés que la Suède a accueillie.
Plusieurs des allégations de M. Horowitz ont toutefois été démenties depuis. Il s'est ainsi dit victime d'une agression lors d'une visite dans une «no-go zone», soit un quartier où la criminalité serait si endémique que la police n'ose plus s'y aventurer. Or il n'existe aucune zone de la sorte en Suède - bien que le pays compte, bien entendu, un certain nombre de quartiers plus pauvres et plus criminalisés.
Les statistiques démentent également l'idée d'une flambée de violence. Chaque année, le gouvernement suédois fait un sondage sur le crime auprès de plusieurs milliers de personnes - ce qui donne une meilleure idée des taux de crime que les rapports de police, puisque les délits ne sont pas tous dénoncés. En 2016, 13,3 % des près de 12 000 répondants se sont dits, toutes catégories confondues, victimes d'un crime, un niveau comparable à celui de 2005.
En outre, dans une étude publiée récemment, des criminologues ont justement suivi 63 000 Suédois de la fin de leur adolescence jusqu'à la trentaine afin de comparer la criminalité des immigrants, de leurs enfants et des Suédois «de souche». Ils ont trouvé des taux de criminalité un peu plus élevés chez les immigrants arrivés au pays pendant leur enfance ou leur adolescence, ce qui est cohérent avec le statut socioéconomique des immigrants qui s'installent en Europe (en moyenne plus pauvres que ceux qui vont en Amérique du Nord), mais jusqu'aux trois quarts de la différence s'expliquait par la pauvreté et le quartier de résidence. Et chez les enfants d'immigrants (nés en Suède de parents venant d'ailleurs), la différence était nulle : à revenu et voisinage comparable, la criminalité était la même que pour les Suédois «de souche».
Pour élargir la vérification, nous avons également consulté la Global Terrorism Database (GTDB), une base de données de l'Université du Maryland qui répertorie tous les actes terroristes perpétrés dans le monde, afin de voir si l'arrivée massive de réfugiés avait mené à une augmentation des attentats dans ce pays scandinave. C'est en 2015 que la Suède a accueilli son plus fort contingent de réfugiés, et de loin : 163 000 demandeurs d'asile, soit trois fois plus qu'en 2013 et cinq fois plus que les années «ordinaires». Et la GTDB montre bien un pic d'attaques terroristes cette année-là : 36, contre seulement 1 à 5 par années au cours des deux décennies précédentes.
Du nombre, cependant, pas moins de 23 visaient des édifices qui hébergeaient ou étaient sur le point d'héberger des réfugiés. Neuf autres incendies criminels ont pris pour cible des partis politiques de gauche qui ont défendu l'ouverture aux réfugiés, une école a été attaquée à l'épée par un désaxé qui a dit dans sa note de suicide qu'il fallait «faire quelque chose à propos de l'immigration» (trois personnes, toutes de minorités visibles, ont été tuées), et une mosquée a été incendiée. Ce qui laisse deux attentats (l'incendie d'un restaurant et d'un hôtel de ville) aux motifs nébuleux.
Bref, la quasi-totalité (34 attentats sur 36) du pic de terrorisme qui a frappé la Suède en 2015 était attribuable à un courant islamophobe ou anti-immigrant.
VERDICT
Spectaculairement faux. Non seulement l'«attentat» de vendredi était-il entièrement fictif, mais sa source (mal comprise), Ami Horowitz, n'apparaît pas particulièrement crédible. Le lien entre le fort contingent de réfugiés que la Suède a accueilli ces dernières années et une soi-disant flambée de violence dans ce pays n'est étayée par aucune donnée.
Sources :
- Conseil suédois pour la prévention du crime (Bra), Swedish Crime Survey 2016, Bra, 2017, goo.gl/SL26mI
- Martin Hällsten et al., «Crime as a Price of Inequality?: The Gap in Registered Crime between Childhood Immigrants, Children of Immigrants and Children of Native Swedes», British Journal of Criminology, 2013, goo.gl/BgPuiB