Le Venezuela est secoué depuis trois mois par une vague de manifestations contre le chef de l'État qui ont fait 90 morts.

Venezuela: la crise à un point culminant

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, chaviste entrée en rébellion contre le président Nicolas Maduro, connaîtra son sort d'ici cinq jours, la Cour suprême devant décider si elle ouvre un procès qui peut mener à sa destitution.
«Nous prenons un délai de cinq jours pour prendre notre décision et la publier», a déclaré mardi le président de la Cour suprême (TSJ), Maikel Moreno, à l'issue de l'audience à laquelle la procureure a refusé de comparaître, estimant que l'issue était déjà courue d'avance.
Le TSJ veut «annuler la dernière institution capable de défendre les personnes et les manifestants», a-t-elle affirmé devant la presse avant l'audience, alors que le Venezuela est secoué depuis trois mois par une vague de manifestations contre le chef de l'État qui ont fait 90 morts.
«C'est pour cette raison que je n'y suis pas allée, je ne vais pas valider un cirque qui teindra notre histoire de honte et de douleur et dont la décision est connue d'avance», a-t-elle dit, car «nous savons déjà que dès aujourd'hui sera lancée l'opération pour me destituer».
Durant l'audience, Maikel Moreno a estimé que «la responsabilité de Luisa Ortega» était «d'ordre éthique et moral».
«Elle a vendu son âme au diable [...] elle a fixé un prix, elle est devenue traîtresse comme Judas [...] qui avait été acheté pour 30 pièces d'argent», a clamé le député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, à l'origine de la procédure.
Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, plus haute responsable chaviste (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013) à défier Nicolas Maduro, est entre les mains du TSJ, organisme considéré comme proche de l'exécutif.
«Pas toute sa tête»
Le député Carreño l'accuse d'avoir commis des «fautes graves» et exige que soit évaluée sa santé mentale, car «il est clair que cette dame n'a pas toute sa tête».
En toile de fond, c'est son discours étonnamment critique envers le président vénézuélien, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d'approfondir les fractures entre les chavistes.
Pour le politologue Luis Salamanca, Luisa Ortega cherche à priver M. Maduro de «la légitimité que lui donne Chavez», son mentor politique, ce qui peut accentuer les divisions et laisser le président «très affaibli».
Même s'il bénéficie du précieux soutien de l'armée, Nicolas Maduro est sous pression, confronté depuis début avril à des manifestants qui l'accusent du naufrage économique du pays, pourtant riche en pétrole. Ils exigent son départ immédiat.
Effet inverse
«Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n'aura pas retrouvé le chemin des libertés», s'est exclamée lundi Luisa Ortega face au Parlement, seule instance dominée par l'opposition depuis début 2016.
Si la Cour suprême la reconnaît coupable, Mme Ortega pourrait être destituée, une décision qui requiert le feu vert du Parlement. Ce dernier semble hautement improbable : les députés de l'opposition ont ovationné Mme Ortega dans l'hémicycle lundi.
Mais depuis un an et demi, le TSJ annule systématiquement toutes les décisions du Parlement. Il ne devrait donc pas tenir compte de son avis. Dès mardi il a désigné comme vice-procureure et donc possible successeur de Mme Ortega l'avocate chaviste Katherine Harrington, sanctionnée en 2015 par les États-Unis pour violations des droits de l'homme.
«Nous sommes face à une tentative de coup d'État contre la procureure, qu'on essaie d'écarter de son poste de façon frauduleuse», commente l'expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez, prédisant une «radicalisation de la crise».