Juan Guaido s’est proclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier.

Venezuela : Guaido recrute des volontaires, l’aide afflue aux frontières

CARACAS — L’opposant vénézuélien Juan Guaido a appelé samedi à de nouvelles manifestations le 23 février pour soutenir les volontaires prêts à acheminer au Venezuela l’aide humanitaire qui afflue aux frontières, le président Nicolas Maduro envisageant, lui, un déploiement militaire contre ce qu’il estime être une possible invasion.

Plusieurs milliers de partisans de l’opposant, vêtus de t-shirts blancs et de foulards vert clair, se sont rassemblés à Los Cortijos, dans le nord-est de Caracas, pour s’inscrire sur des listes de volontaires prêts à participer à «l’avalanche humanitaire» réclamée par le chef du Parlement de 35 ans.

Juan Guaido, qui promet que l’aide humanitaire entrera le 23 février «quoi qu’il arrive», a appelé à de nouvelles manifestations ce jour-là pour soutenir ces volontaires. «Tout un pays va être mobilisé (...) pour dire au monde que nous allons rester dans la rue jusqu’à ce que cesse l’usurpation, que soient mis en oeuvre un gouvernement de transition et des élections libres», a-t-il lancé à ses partisans.

Selon lui, 600 000 personnes se sont déjà portées volontaires. Il a indiqué que les «caravanes» se rendraient non seulement jusqu’à la ville frontalière colombienne de Cucuta, mais aussi à la frontière avec le Brésil, où deux centres de stockage sont installés dans l’État du Roraima, et au point d’arrivée de l’aide qui sera envoyée depuis l’île néerlandaise de Curaçao.

«Je me suis inscrit parce que l’aide humanitaire est urgente. Trouver des médicaments relève du miracle. J’ai besoin de prendre des cachets pour la tension et ceux qu’on trouve, je ne peux pas les payer. Un proche est mort, faute d’antibiotiques», a raconté à l’AFP Coromoto Crespo, volontaire de 58 ans.

Des vivres et médicaments envoyés par les États-Unis à l’appel de Juan Guaido sont stockés à Cucuta depuis le 7 février, leur entrée étant bloquée au moyen de conteneurs déposés sur un pont frontalier par les autorités de Caracas.

Des dizaines de tonnes supplémentaires ont atterri samedi à Cucuta, acheminées par trois avions militaires américains, s’ajoutant au 2,5 tonnes arrivées vendredi depuis Porto Rico (territoire américain des Caraïbes).

Lundi s’ouvrira le point de stockage du Roraima, où le gouvernement brésilien a prévu treize centres d’hébergement pour immigrés vénézuéliens, et mardi un avion arrivera à Curaçao en provenance de Miami.

«Les États-Unis et d’autres pays envoient cette aide parce que le régime dictatorial de Maduro a échoué à alimenter son peuple, les hôpitaux n’ont pas de médicaments», a déclaré le responsable de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), Mark Green, en conférence de presse à Cucuta.

Il a en outre appelé les forces de sécurité vénézuéliennes à ne pas obstruer l’entrée de cette «aide qui est nécessaire immédiatement».

Sept jours 

Reconnu par une cinquantaine de pays comme président par intérim du pays, le président du Parlement, unique institution aux mains de l’opposition, a réitéré son appel aux militaires afin qu’ils laissent passer l’aide humanitaire.

«A nouveau, un message pour l’armée: vous avez sept jours pour vous mettre du côté de la Constitution, faites ce qu’il faut», a-t-il lancé.

«Vos concitoyens fuient et meurent de faim. Vous commettez une terrible, terrible erreur en bloquant cette aide», a déclaré depuis Cucuta l’envoyée du département d’État américain, Julie Chung.

De son côté, Nicolas Maduro a demandé vendredi à son armée de préparer un «plan spécial de déploiement» à la frontière colombienne, longue de 2200 km. Il souhaite évaluer «quelles nouvelles forces» sont nécessaires pour que cette frontière «soit inviolable, imbattable, inexpugnable».

L’aide d’urgence est au coeur du bras de fer entre les deux hommes, une question sensible dans un pays en proie à la pire crise économique de son histoire, avec de graves pénuries ayant fait fuir plus de 2 millions d’habitants depuis 2015, selon l’ONU.

Nicolas Maduro refuse toute aide, qu’il considère comme un prétexte pour une intervention militaire des États-Unis. «Donald Trump et Ivan Duque ont annoncé à la Maison-Blanche des plans de guerre contre le Venezuela», a déclaré le dirigeant chaviste, après la rencontre des présidents américain et colombien mercredi à Washington. M. Trump avait alors réaffirmé qu’il étudiait «toutes les options» pour régler la crise.

Réunions secrètes 

Samedi, le chef de la diplomatie vénézuélienne, Jorge Arreaza, a reconnu s’être entretenu à deux reprises cette semaine à New York avec Elliot Abrams, l’émissaire spécial des États-Unis pour le Venezuela. «Nous nous sommes écoutés, il y a eu des moments de tension. Il y a des divergences profondes, mais en même temps, il y a des préoccupations communes», a-t-il déclaré.

Soucieux de maintenir la pression sur Caracas, le vice-président américain Mike Pence a appelé de son côté l’Union européenne à reconnaître Juan Guaido comme chef de l’État par intérim. Les États-Unis ont aussi infligé des sanctions financières à cinq hauts responsables proches de M. Maduro.

M. Guaido s’est proclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier. Peu avant, la majorité d’opposition au Parlement avait qualifié M. Maduro d’»usurpateur» après une élection présidentielle qu’elle considère comme frauduleuse.

Vendredi, M. Maduro, qui dément l’existence d’une «urgence humanitaire», avait réaffirmé son refus de laisser entrer l’aide, la qualifiant de «miettes», de «nourriture pourrie». Assurant que son gouvernement distribue de l’aide alimentaire à 6 millions de familles, il rejette la responsabilité des pénuries sur les sanctions américaines, dont Caracas évalue l’impact à 30 milliards de dollars par an sur l’économie vénézuélienne.