À Paris, la mairesse Anne Hidalgo a été confortablement réélue avec plus de 50 % des voix.
À Paris, la mairesse Anne Hidalgo a été confortablement réélue avec plus de 50 % des voix.

Vague écologiste aux élections municipales en France

Pierre Donadieu
Agence France-Presse
PARIS — Les élections municipales en France ont été marquées dimanche par une vague écologiste dans plusieurs grandes villes, où le parti présidentiel a enregistré de nombreuses défaites.

L’abstention a atteint un niveau historique: près de 60 % des électeurs ont boudé ce second tour organisé plus de trois mois et demi après le premier, coronavirus oblige.

Très vite après les premiers résultats, le président Emmanuel Macron s’est dit «préoccupé par le faible taux de participation» et Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) a qualifié cette élection de «grève civique».

Mais au-delà de cette abstention d’un niveau inédit, c’est la «vague verte» qui retient l’attention.

Hidalgo réélue à Paris

Les écologistes vont notamment s’emparer de Lyon et de Marseille, les deux plus grandes villes de province françaises, et sont également donnés en tête, selon de premières estimations, à Bordeaux.

Et à Paris, leur alliée socialiste Anne Hidalgo a été confortablement réélue avec plus de 50 % des voix.

Les écologistes s’imposent dans ce scrutin comme la principale force de gauche en France, signe d’une recomposition politique qui s’opère, comme dans de nombreux autres pays d’Europe.

«Ce qui a gagné, c’est la volonté d’une écologie concrète, en action, qui propose des solutions sur les déplacements, le logement, l’alimentation», s’est réjoui Yannick Jadot, député européen et figure du mouvement écologiste français.

«L’enjeu aujourd’hui n’est pas de savoir qui des Verts ou des socialistes ont gagné. On a prouvé que rassemblés, on est capable de lever un espoir», a souligné Pierre Jouvet, porte-parole du Parti socialiste (PS).

Cette recomposition de la gauche derrière les écologistes intervient alors que le parti d’Emmanuel Macron, qui a bâti sa victoire au centre, est perçu par une partie de l’opinion comme menant une politique de droite.

L’extrême droite a de son côté remporté l’élection à Perpignan, ville catalane de plus de 100 000 habitants, avec la victoire de Louis Aliot, l’ex-compagnon de Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN).

La droite «traditionnelle», Les Républicains (LR), a conservé la ville de Toulouse. Mais elle perd au profit des écologistes des fiefs comme Marseille ou Bordeaux.

Pour le parti présidentiel, la République en Marche (LREM), qui n’est en position de force dans aucune grande ville et ne bénéficie pas d’un profond ancrage local, c’est un revers.

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a déploré «des scores extrêmement décevants», dus selon elle aux «divisions internes».

Seule petite éclaircie, le premier ministre Edouard Philippe, qui n’avait pas endossé l’étiquette LREM, a facilement remporté l’élection dans sa ville portuaire du Havre, avec 59 % des voix.

Quel impact pour Macron?

Reste maintenant à savoir quel sera l’impact de ce scrutin sur l’orientation des deux dernières années du quinquennat d’Emmanuel Macron, alors que des ministres verts sont en poste en Suède, en Finlande, en Autriche et que les verts sont en pleine ascension en Allemagne.

Devra-t-il donner des gages aux écologistes? Maintiendra-t-il à son poste son premier ministre, sorti renforcé de sa victoire au Havre?

Le président français, qui consulte à tout va, mais ne laisse rien filtrer de ses intentions, détient seul les clés d’un éventuel remaniement.

Il doit rencontrer Edouard Philippe lundi en tête-à-tête pour évoquer les suites à donner à ce scrutin.

Emmanuel Macron avait laissé entendre que la crise du coronavirus allait changer profondément les choses et avait dit qu’il lui fallait «se réinventer».

Il devra trouver un délicat équilibre entre la volonté de l’aile gauche de son parti d’introduire une inflexion écologique sans pour autant abandonner les choix libéraux des débuts.

Ces dernières semaines, plusieurs défections de députés ont fait perdre à LREM la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Probablement soucieux d’évacuer au plus vite cet encombrant scrutin, Emmanuel Macron a d’ores et déjà prévu de s’exprimer lundi.

Il donnera ses premières réponses aux propositions formulées par la Convention citoyenne sur le climat, une assemblée de 150 citoyens tirés au sort pour redonner des couleurs à la démocratie directe dans le pays.

Marqué par l’abstention, ce scrutin restera aussi comme celui du coronavirus.

Après un premier tour organisé au moment où l’épidémie déferlait sur la France, de nombreuses précautions ont été prises pour ce second tour.

Masque obligatoire, gel hydroalcoolique et distanciation physique étaient de mise pour les opérations de vote, mais les images tournées dimanche dans diverses villes montraient que les gens ne portaient que très peu de masques.

La France, durement frappée par le nouveau coronavirus, a enregistré plus de 29 750 décès depuis le début de l’épidémie de COVID-19.

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MACRON PROMET DES «RÉPONSES FORTES»

Le président français Emmanuel Macron saluait la foule après avoir voté au second tour des élections municipales, dimanche.

Le président Emmanuel Macron entend apporter lundi des «réponses fortes» sur le terrain de l’écologie, «à la hauteur des enjeux et des attentes», au lendemain de la forte percée des Verts à des élections municipales marquées par une abstention record de presque 60 %, selon la présidence.

Il recevra dans la matinée les membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), 150 citoyens qui avaient été tirés au sort pour faire des propositions destinées à répondre à l’urgence climatique.

Cette initiative, prise l’année dernière, visait à répondre à la contestation entendue pendant la «crise des gilets jaunes». Les manifestants réclamaient notamment davantage de démocratie directe.

Six de ces citoyens présenteront les conclusions de leurs travaux au chef de l’État.

Après la crise du coronavirus, ce dernier a affirmé sa volonté de se «réinventer». Il a notamment appelé de ses voeux le développement d’une «économie forte, écologique, souveraine et solidaire» pour sortir de la récession dans laquelle la crise née de l’épidémie de coronavirus a plongé le pays.

Et après la victoire des écologistes dans plusieurs villes majeures françaises lors des municipales où le parti de M. Macron a subi un revers, la transition écologique est plus que jamais au cœur des débats.

Que retiendra-t-il des 149 propositions que vont lui faire les membres de la CCC?

Parmi les plus remarquées: la limitation de la vitesse sur les autoroutes à 110 km/h au lieu de 130 km/h actuellement, une mesure risquée sur le plan de la popularité.

Limitation drastique de la publicité, rénovation thermique globale et obligatoire des bâtiments, réduction de la place de la voiture individuelle, taxation de l’alimentation ultra-transformée, interdiction des semences OGM ou des terrasses chauffées: les citoyens ont traité nombre de sujets clivants, à l’exception notable de la taxe carbone.

L’opposition de droite a d’ores et déjà crié à l’écologie punitive.

Les ONG environnementales, elles, tout en jugeant ces propositions parfois timorées ou pas très originales, s’appuient sur elles pour maintenir la pression sur le président, qui s’était engagé à les transmettre «sans filtre» pour application.

Cette séquence lancera en tout cas lundi matin la dernière ligne droite du quinquennat d’Emmanuel Macron qui doit s’achever en avril 2022. Concernant l’écologie, la première partie du mandat a surtout été marquée par le départ fracassant en 2018 du gouvernement du ministre Nicolas Hulot, une figure de l’engagement pour l’environnement en France, qui estimait que l’écologie n’était pas une priorité du gouvernement.

Après ces municipales, un remaniement gouvernemental est à l’étude, là aussi avec beaucoup de questions, notamment sur l’opportunité ou non de changer de premier ministre après la nette réélection d’Edouard Philippe dans la ville portuaire du Havre.  AFP