84 personnes, dont dix enfants et adolescents, ont été tuées jeudi sur la célèbre Promenade des Anglais de Nice à l'issue d'un feu d'artifice, par le camion conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, 31 ans.

Une radicalisation récente

Le groupe djihadiste État islamique a revendiqué samedi l'attentat de Nice sur la Côte d'Azur commis par un Tunisien aux motivations encore floues, soupçonné par les autorités d'avoir basculé récemment dans la radicalisation.
Encore sous le choc de cette tuerie de masse perpétrée à l'aide d'un camion - une première en France -, hantés par des images atroces d'enfants écrasés, des rescapés ou des proches des victimes cherchaient samedi des informations ou du soutien psychologique dans plusieurs hôpitaux de cette ville du sud-est.
«J'ai appelé partout, les commissariats, les hôpitaux, sur Facebook, je n'ai pas trouvé mon fils. Ça fait 48 heures que je cherche. Ma femme est morte; mon fils, il est où?» lançait Tahar Mejri, un Niçois de 39 ans à bout de nerfs. Avant d'apprendre dans la journée la mort de son fils de quatre ans.
Quatre-vingt-quatre personnes, dont dix enfants et adolescents, ont été tuées jeudi sur la célèbre promenade des Anglais de Nice, à l'issue d'un feu d'artifice, par le camion conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, 31 ans.
Vingt-six personnes restaient en réanimation et seize corps n'étaient toujours pas identifiés, selon le ministère de la Santé.
L'assaillant, que la revendication a présenté comme «un soldat de l'État islamique», semblait jusque-là avoir davantage un profil de déséquilibré, inconnu des services de renseignement.
«Il semble qu'il se soit radicalisé très rapidement», a déclaré le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à l'issue d'une réunion de crise du gouvernement, sur la base des premiers témoignages de son entourage.
«Nous sommes désormais confrontés aux individus qui, sensibles au message de Daech (acronyme arabe de l'EI), s'engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés», a ajouté M. Cazeneuve.
Les auditions de quatre hommes de l'entourage du tueur et de son ex-épouse «sembleraient aller dans le sens d'un basculement récent vers l'islam radical», mais l'EI «n'est pas à ce stade mentionné», a précisé une source policière.
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était seulement connu de la justice pour des «faits de menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016».
Selon son père, il avait fait une dépression au début des années 2000 et n'avait pas de pratique religieuse affichée.
L'attentat de Nice est le troisième de masse en France, après ceux de janvier 2015 contre le journal Charlie Hebdo, des policiers et des juifs (17 morts) et de novembre (130 morts à Paris).
Elle a replongé les Français dans l'effroi, mais cette fois la cohésion nationale a volé en éclats : l'opposition a dénoncé l'inefficacité des autorités alors que le pays est en état d'urgence depuis novembre en raison du risque terroriste.
Appel à l'unité
La chef du parti d'extrême droite Front national, Marine Le Pen, a pointé les «carences gravissimes de l'État dans sa mission première, la protection de nos compatriotes».
Pendant la réunion de crise samedi, le président François Hollande a appelé à la «cohésion» et dénoncé les «tentations de diviser un pays», selon le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. Nombre de quotidiens s'interrogeaient samedi sur la façon dont le camion frigorifique de 19 tonnes avait pu pénétrer jeudi dans une enceinte réservée aux piétons et sécurisée par les forces de l'ordre.
Le ministre de l'Intérieur a balayé ces critiques, répétant que la police était «très présente» jeudi soir, relevant que le camion avait forcé le passage en montant sur le trottoir.
Mais à Nice, certains clamaient leur «ras-le-bol». La colère était visible dans les messages déposés par les passants : «Assez de discours!», «Marre des carnages dans nos rues!».
Au moins 17 étrangers ont trouvé la mort dans l'attaque, dont trois Allemands, deux Américains, trois Tunisiens et trois Algériens.
Une minute de silence sera observée lundi à 7h en hommage aux victimes, avant la réouverture complète de la promenade des Anglais.
Le président français a annoncé la prolongation pour trois mois supplémentaires de l'état d'urgence, qui facilite notamment les perquisitions et l'assignation à résidence de suspects.
Dans la soirée, M. Cazeneuve a appelé «tous les Français patriotes qui le souhaitent» à rejoindre la réserve opérationnelle de la police et de la gendarmerie, une ressource «rapidement mobilisable» en fonction «des événements et des lieux à sécuriser».