Selon les projections par sièges, Emmanuel Macron ravirait au deuxième tour, dimanche prochain, entre 400 et 455 des 577 sièges, bien plus que la majorité absolue (289 élus).

Une majorité écrasante en vue pour Macron

Le parti centriste du président français Emmanuel Macron se dirige vers une très large majorité à l'Assemblée, un atout décisif pour la mise en oeuvre de réformes économiques et sociales délicates, très attendues par ses partenaires européens.
Lors d'un scrutin marqué par une abstention record (51,29 %), le mouvement présidentiel La République en marche (REM) a balayé les partis traditionnels au premier tour des législatives avec 32,3 % des voix, devançant largement la droite (Les Républicains, 21,5 %), la formation d'extrême droite de Marine Le Pen (Front national, 13,2 %) et la gauche divisée entre différents courants, selon les résultats définitifs.
Selon les projections par sièges, REM et son allié du MoDem raviraient au deuxième tour, dimanche prochain, entre 400 et 455 des 577 sièges, bien plus que la majorité absolue (289 élus).
Ce score tient de la performance pour un mouvement qui, après seulement un an d'existence, a dynamité les partis de gauche et de droite qui se partageaient le pouvoir en France depuis 60 ans. Un «big bang», a résumé l'ancien ministre de droite Jean-Pierre Raffarin.
Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a cependant estimé lundi que l'abstention massive était «un échec de cette élection», soulignant la nécessité de «redonner confiance» aux électeurs.
Contrairement aux partis d'opposition qui voient dans l'abstention l'expression d'un rejet de la politique, les proches du président interprètent le score du premier tour comme un message de soutien.
Pour le premier ministre Édouard Philippe, les électeurs ont confirmé leur «attachement [au] projet de renouvellement, de rassemblement et de conquête» de M. Macron.
Dimanche prochain, sauf très improbable retournement de tendance, le président aura les coudées franches pour avancer rapidement sur les chantiers déjà lancés, comme la réforme du droit du travail qu'il veut mener «très vite».
À l'Assemblée, dès cet été, les premiers textes se succèderont: loi de moralisation de la vie publique, nouvelle loi antiterroriste visant à pérenniser l'état d'urgence, ainsi qu'une loi d'habilitation donnant à l'exécutif le feu vert pour réformer le Code du travail par ordonnances.
Suivront, à l'occasion du budget 2018 discuté à l'automne, d'importantes mesures fiscales, les réformes de l'assurance-chômage, des retraites et de la formation professionnelle.
La large majorité promise à M. Macron réjouit ceux qui, en Europe, pressent depuis des années la France de s'engager sur le chemin des réformes structurelles.
«Position de force»
La chancelière allemande Angela Merkel, par le biais de son porte-parole sur Twitter, lui a ainsi adressé ses «chaleureuses félicitations» après ce «vote puissant en faveur des réformes».
Le résultat du premier tour place aussi M. Macron en position de force pour recevoir mardi la première ministre britannique, Theresa May, elle-même en pleine déconfiture électorale à quelques jours de l'ouverture des négociations difficiles sur le divorce de la Grande-Bretagne et de l'UE, de l'avis de plusieurs experts.
Mais pour l'opposition française, vu la très faible participation au scrutin, les Français ne lui ont pas pour autant donné un chèque en blanc.
«L'immensité de l'abstention montre qu'il n'y a pas de majorité pour détruire le Code du travail, réduire les libertés publiques, ni pour l'irresponsabilité écologique, ni pour cajoler les riches», a affirmé Jean-Luc Mélenchon, chef de file du mouvement de gauche radicale (11 % des voix au premier tour), en appelant à faire barrage à l'extrême droite et à surmonter les divisions à gauche.
À droite, les responsables du parti Les Républicains, sonnés par l'ampleur de leur défaite au premier tour, se sont pour leur part engagés lundi à resserrer les rangs d'ici le second tour, avant de penser à la «reconstruction» d'un parti désormais déchiré.
Pour Gaël Sliman de l'institut de sondages Odoxa, malgré son «triomphe», M. Macron n'a pas remporté «un vote d'adhésion». S'il va pouvoir s'appuyer sur une majorité parlementaire «qui lui doit tout», relève-t-il, le chef de l'État va devoir continuer à convaincre l'opinion.
Et «sa position de force» va entraîner des attentes: «les Français lui demanderont d'autant plus de rendre des comptes, ils attendront des résultats», prévient Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop.
Le collectif syndical et associatif «Front social» a prévu dès le 19 juin, au lendemain du second tour, des rassemblements dans plusieurs villes contre la réforme du Code du travail en gestation.