Trois jeunes femmes ont offert des fleurs à un policier du côté nord du pont de Londres, pour rendre hommage aux victimes, mais aussi au travail des forces de l'ordre qui ont agi rapidement.

Une Canadienne parmi les victimes à Londres

Une dizaine de personnes ont été arrêtées dimanche à Londres au lendemain de l'attentat, revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI), qui a fait sept morts, dont une Canadienne, à cinq jours des législatives.
Véhicule lancé contre la foule et assaillants qui poignardent au hasard les passants, ce nouvel attentat, le troisième en moins de trois mois au Royaume-Uni, a fait aussi des dizaines de blessés.
Comme les deux précédentes, l'attaque de samedi a été revendiquée par l'EI, contre qui le Royaume-Uni a effectué ces dernières années des raids aériens en Irak et en Syrie.
Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé, dimanche matin par voie de communiqué, qu'une Canadienne avait perdu la vie dans l'attentat, sans donner plus de détails.
Le gouvernement canadien a lancé un appel à la vigilance aux ressortissants canadiens actuellement en sol britannique. Ottawa leur demande d'éviter le secteur touché par l'attaque terroriste.
Un officiel canadien a indiqué qu'il semble n'y avoir aucun autre Canadien parmi les victimes de l'attentat.
La famille de la victime a révélé son identité par l'entremise du gouvernement canadien. Il s'agit de Christine Archibald, âgée de 30 ans, originaire de la Colombie-Britannique.
La victime travaillait dans un centre pour personnes itinérantes avant de déménager en Europe avec son fiancé.
«Elle avait de la place dans son coeur pour tous. Elle croyait fermement que la vie de chaque personne devait être considérée comme précieuse et respectée, a écrit la famille dans un communiqué. Elle n'aurait eu aucune compréhension envers l'impitoyable cruauté qui a causé sa mort.» Selon la famille, la meilleure façon d'honorer la mémoire de Christine Archibald est de faire de sa collectivité un meilleur endroit. «Donnez de votre temps ou de l'argent à un centre pour sans-abri, a-t-elle écrit. Dites-leur que c'est Chrissy qui vous envoie.»
Justin Trudeau a qualifié l'attentat «d'insensé», ajoutant que le fait qu'un Canadien figure parmi les victimes lui «brise le coeur».
Il a également souligné la force et la résilience que le peuple britannique avait su démontrer après les récentes attaques survenues à Manchester et à Westminster. Le premier ministre a exprimé la solidarité des Canadiens et dit partager le deuil des proches des victimes.
Christine Archibald
Drapeau en berne
Son homologue québécois, Philippe Couillard, avait écrit un micromessage sur Twitter, la veille, affirmant qu'il avait une «pensée aux victimes des attaques de Londres». Il a assimilé ces attentats à des agressions «contre nos valeurs démocratiques». Il a invité l'ensemble de la société à redoubler ses efforts pour combattre et prévenir le terrorisme.
Le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, a pour sa part relevé «un grand désarroi à l'idée que ça devient un genre de normalité» et lui aussi réitéré l'importance de la lutte contre la radicalisation.
Le drapeau du Québec placé sur la tour centrale de l'hôtel du Parlement a été placé en berne.
Plus tôt, la première ministre britannique Theresa May avait lié l'attentat à «l'idéologie malfaisante de l'extrémisme islamiste» dans une déclaration devant le 10, Downing Street.
Élections maintenues
Elle a annoncé le maintien des élections législatives prévues pour jeudi, qui doivent renouveler la Chambre des Communes au moment où le Royaume-Uni s'apprête à négocier le Brexit, et la reprise de la campagne lundi, après une journée de suspension. Sur le front de l'enquête, des perquisitions ont été effectuées à Barking, une banlieue multiethnique de l'est de Londres, où la police a arrêté 12 personnes âgées de 19 à 60 ans, dont une a ensuite été relâchée.
Un photographe de l'AFP a pu voir sur place les forces de l'ordre emmenant dans un fourgon quatre femmes. D'après Sky News, la police, lourdement armée, a perquisitionné au domicile d'un des trois auteurs de l'attaque. Cet assaillant était avec deux complices dans la camionnette qui a foncé sur le London Bridge samedi soir. Les trois hommes ont été peu après abattus par la police tandis qu'ils lacéraient de coups de couteau passants et fêtards.
Le drame a éclaté vers 22h heure locale quand venait de s'achever la finale de la Ligue des champions de football, qu'un public nombreux était allé regarder dans les pubs de Borough Market, un quartier branché de la rive sud de la Tamise.
Les assaillants ont tout d'abord foncé dans la foule sur le London Bridge à bord d'une camionnette blanche.
Ils portaient de faux gilets explosifs pour accentuer la panique.
Malgré l'intervention rapide de la police, qui a abattu les trois hommes huit minutes après avoir été alertée, le bilan est lourd : sept morts et une cinquantaine de blessés. Les tirs nourris de la police ont aussi blessé un passant, a précisé Scotland Yard.
Parmi les personnes tuées figure aussi un Français. Un autre Français est porté «disparu», a dit le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. 
Sept Français ont été blessés, dont quatre grièvement, ainsi que deux Allemands, un Australien et un Espagnol.
Les Londoniens rendront hommage aux victimes lundi au cours d'une veillée.
Attaqués au couteau, des Londoniens ont tenté de riposter
Des citoyens ont assisté à une allocution du chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, avec des pancartes en guise de solidarité envers les victimes et leurs familles.
Des Londoniens se sont précipités pour aider les victimes et tenter d'empêcher des assaillants qui «poignardaient au hasard» lors de l'attaque de samedi soir sur le London Bridge.
C'était pourtant un samedi soir comme les autres dans la capitale britannique, fait de match de soccer regardé entre amis au pub et de soirée estivale savourée en terrasse.
«C'est une attaque terroriste, j'en suis sûre. J'ai vu une camionnette heurter la rambarde de London Bridge, puis un homme sortir avec un couteau pour se diriger vers un bar», a raconté apeurée Dee, une habitante de Londres de 26 ans croisée par une journaliste de l'AFP pendant qu'elle fuyait les lieux avec deux amis.
Gerard Vowls, 47 ans, était attablé au Ship pub dans le quartier de Borough Market, sur la rive sud de la Tamise, pour regarder la finale de la Champions League lorsque la camionnette a fauché des piétons sur le London Bridge avant que trois assaillants n'en sortent armés de couteaux.
Gerard Vowls les a vus poignarder une femme à une quinzaine de reprises. «Elle criait : "Aidez-moi! Aidez-moi! " et je ne pouvais rien faire. Je veux savoir si elle est encore en vie», a-t-il dit au Guardian, errant dans la nuit, en larmes et inconsolable.
«Un vrai animal»
Pour tenter d'intervenir, il a expliqué avoir jeté tout ce qui lui passait sous la main sur les agresseurs : chaises, verres, bouteilles... «Ils n'arrêtaient pas d'essayer de venir me poignarder... ils poignardaient tout le monde. C'était le diable, des types maléfiques».
Les trois assaillants ont été rapidement abattus par la police.
Alex Shellum était, quant à lui, au Mudlark pub avec sa copine et deux amis lorsqu'il a vu arriver à 22h une femme saignant abondamment au cou. «On venait de lui trancher la gorge et les gens essayaient d'arrêter l'hémorragie», a-t-il dit à la BBC.
Dans la rue, Chris, un chauffeur de taxi, est horrifié par la vision d'une jeune fille poignardée à la poitrine et cherche à stopper l'assaillant. «J'ai dit à mon client : "je vais essayer de le frapper, de le faucher". J'ai fait demi-tour et j'ai essayé, mais il m'a évité».
«Il y avait ce type avec un très long couteau qui poignardait au hasard. Ça me soulevait le coeur. Un vrai animal», a-t-il raconté à la radio londonienne LBC. Il a décrit l'assaillant comme étant grand avec une courte barbe et de type méditerranéen.
Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montraient la police entrer dans des bars et des restaurants pour sommer sans ménagement les clients de se coucher sous les tables, hurlant : «Baissez-vous, baissez-vous!».
«Je viens de parler avec un chef cuisinier qui avait du sang sur l'épaule. Il était sous le choc. Il m'a dit que trois personnes avaient attaqué son restaurant avec des couteaux et des machettes», a dit à l'AFP Gerard Kavanar, 46 ans, qui habite le quartier.
Un autre chauffeur de taxi a confié à Sky News le témoignage de deux clients du restaurant Black & Blue qu'il a raccompagnés chez eux.
Ce couple est parvenu à empêcher les assaillants d'entrer dans l'établissement. «Elle a réussi a maintenir la porte fermée pendant quelques secondes avant qu'ils [les agresseurs] ne l'enfoncent. Ils ont ensuite réussi à s'enfuir par une porte dérobée et ont à priori sauvé la vie de 20 personnes», a-t-il déclaré.
Au pied du Shard, le plus haut gratte-ciel de Londres, une lycéenne grelote de froid dans la nuit, le regard perdu. «Mon petit ami [...] a été pourchassé par l'un des assaillants avec un couteau», raconte-t-elle, encore sous le choc, à l'AFP.
Au bord des larmes, l'adolescente confie que sa tante a déjà réchappé la semaine dernière à l'attentat-suicide qui a eu lieu à la fin d'un concert d'Ariana Grande à Manchester et a fait 22 morts.