Alexandra Naggear s’est éteinte trois jours après l’explosion à Beyrouth. Elle avait été blessée gravement à la tête.
Alexandra Naggear s’est éteinte trois jours après l’explosion à Beyrouth. Elle avait été blessée gravement à la tête.

Une Canadienne de trois ans tuée à Beyrouth

Hina Alam
La Presse canadienne
Quand la maman de la petite Alexandra Naggear a vu l’explosion par sa fenêtre à Beyrouth, elle a attrapé la fillette de trois ans et tenté de fuir vers une autre pièce.

Mais il était déjà trop tard. 

Alexandra, une citoyenne canadienne, a souffert d’une grave blessure à la tête provoquée par le souffle de la déflagration du 4 août et a succombé trois jours plus tard dans son lit d’hôpital, selon le récit de son grand-père Michel Awad. 

Tout comme sa fille et sa petite-fille, M. Awad est canadien. 

«La force de l’explosion les a soufflées à l’intérieur de la maison. Ma fille tentait de protéger Alexandra, mais l’explosion était extrêmement puissante», a-t-il raconté en entrevue téléphonique dimanche. 

En étant propulsées par la force de la déflagration, la mère et sa fille auraient frappé un mur ou une porte, d’après Michel Awad. 

Deux victimes canadiennes ont été recensées parmi les 180 personnes ayant perdu la vie dans la tragédie au Liban, ont révélé les autorités. 

Le premier ministre Justin Trudeau a offert ses «plus sincères condoléances» aux familles et amis des victimes. Plus de 6000 personnes ont été blessées et au moins 30 autres sont toujours portées disparues. 

Michel Awad a décrit sa petite-fille comme un «bébé extraordinaire». Elle était intelligente, amusante et pleine d’énergie, a-t-il renchéri. 

Le jour du drame, a témoigné le grand-père, Alexandra jouait à la maison avec ses parents et une amie. La maison se trouvait à moins de deux kilomètres du port de Beyrouth où l’explosion s’est produite. 

Sa fille a vu l’explosion puis s’est approchée de la fenêtre, où elle a entendu un sifflement. Elle a alors crié à tout le monde de s’éloigner. 

«Elles ont couru vers l’intérieur. Ça n’a pris qu’une fraction de seconde avant qu’une deuxième explosion les souffle à l’intérieur de la maison.» 

Sa fille a subi une fracture à la main et d’autres blessures. Son gendre a lui aussi été blessé. 

Au même moment, M. Awad se trouvait sur le balcon de sa propre maison, à environ une heure de route du port de Beyrouth. 

«J’ai vu mes énormes pins se replier vers le balcon comme s’il y avait une tornade ou un orage violent. Puis, j’ai senti ce souffle d’air chaud et j’ai entendu le son de l’explosion», s’est-il souvenu. 

Il n’a pas été blessé. Mais il est en colère et il regrette d’être rentré à Beyrouth en 1994. Une décision qu’il avait alors prise pour plusieurs raisons, dont des raisons professionnelles. 

L’explosion a été causée par un stock de quelque 3000 tonnes de nitrate d’ammonium entreposé dans le port. On ne connaît pas encore ce qui a provoqué l’incendie ayant à son tour déclenché l’explosion. 

Des documents rendus publics démontrent que les plus hauts dirigeants du Liban, incluant les autorités de sécurité, étaient bien au fait de la présence de ces produits chimiques depuis plusieurs années. 

À la suite du drame, la famille songe à retourner à Montréal pour entreprendre un nouveau départ. Les parents d’Alexandra vivent un terrible choc, a souligné M. Awad qui croit qu’ils ont besoin de quitter le Liban. 

Au sujet de sa petite-fille, Michel Awad raconte qu’elle adorait son labrador nommé Stella et qu’elle aimait particulièrement regarder des films de contes de fées avec sa chienne. 

Quelque jours à peine avant la tragédie, la fillette commençait à apprendre à enfourcher un vélo. 

«Notre meilleur moment a été celui de lui apprendre à faire du vélo. Sa bicyclette était rouge parce que c’était sa couleur préférée», confie M. Awad ajoutant que sa petite-fille adorait les hamburgers et les frites.

«Être avec Alexandra était un véritable luxe. Chaque petit moment», partage son grand-père en deuil.