Le pilote Jean-Michel Dumont

Un pilote d'hélicoptère de Québec au coeur des ouragans

Au moment où le pilote d'hélicoptère Jean-Michel Dumont est parti aider les populations antillaises touchées par l'ouragan Irma, jamais il n'avait pensé subir lui-même la fureur de Maria, qui a ravagé Porto Rico mercredi.
Le chef pilote à l'emploi de l'entreprise de Québec Hélicarrier a décollé le mardi 12 septembre avec son copilote, Martin Massicotte, et son mécano, Anti Neeme, à la demande du Federal Emergency Management Agency, l'agence fédérale des situations d'urgence des États-Unis. Le rôle initial des trois hommes était de déployer les équipes d'urgence et de transporter vivres et divers matériel d'urgence dans des secteurs isolés des îles dévastées par Irma, de catégorie 5, notamment dans les îles Vierges des États-Unis.
Le pilote Jean-Michel Dumont
Dans le quartier Juana Matos, à San Juan, des maisons sont détruites et les rues inondées.
«Jamais on ne pensait être pris dans un ouragan», confie au bout du fil M. Dumont qui en est à sa première mission «humanitaire» en 13 ans de pilotage. Et pour une première, il a fait une entrée sur scène qui décoiffe. «Au départ, Maria n'était qu'une tempête tropicale. On ne pouvait prévoir qu'elle se développe en ouragan de catégorie 5, en à peine 15 heures», rappelle-t-il. C'est la valeur la plus élevée sur l'échelle Saffir-Simpson qui classifie l'intensité des ouragans. 
Avant que Maria ne touche terre à Porto Rico, l'équipe de M. Dumont pouvait encore quitter l'île ou rester dans la capitale, San Juan, où elle est basée. La majorité des équipes de secours sur place ont préféré la première option. Le chef pilote québécois et ses deux collègues avaient déjà fait leur idée. «Nous voulions rester pour aider la population de Porto Rico à se préparer à l'arrivée de l'ouragan et pouvoir être prêt le plus rapidement possible à porter assistance après son passage. Nous avons fait un choix humanitaire», confie-t-il.
Une fois la décision prise, il fallait prendre les mesures pour demeurer en sécurité durant l'ouragan. «Nous avons mis l'hélicoptère dans un hangar, puis nous nous sommes réfugiés dans un hôtel près de l'aéroport. Nous étions prêts. Nous avions de l'eau et de la nourriture et l'hôtel où nous nous trouvions est construit pour résister aux ouragans», explique M. Dumont.
Paysage changé
Au plus fort des vents qui soufflaient au-delà de 250 km/h, jamais il n'a craint pour sa vie. «Je pensais plutôt à l'hélicoptère et je souhaitais que le hangar tienne le coup», précise-t-il. Au réveil, jeudi, le paysage avait changé. 
La dévastation est «pratiquement absolue» a d'ailleurs témoigné en pleurs à l'AFP la mairesse de la capitale, Carmen Yulin Cruz, dans un refuge, ajoutant que «de nombreuses parties de San Juan sont complètement inondées».
Des jeunes pagaient dans un kayak dans les rues inondées du quartier Juana Matos, à Porto Rico, jeudi.
«Il n'y a plus aucune feuille dans les arbres, les trois quarts des toits sont arrachés, 60 % de la capitale est inondée, il y a des fils et des poteaux électriques partout sur les routes et il y a des bateaux dans les champs. C'est incroyable», confie le pilote. 
À l'aéroport, 60 % des hangars sont détruits. Mais quel soulagement a-t-il eu lorsqu'il a constaté que le bâtiment abritant le Sikorsky S-61 avait tenu le coup. Pour la petite histoire, c'est d'ailleurs le même appareil qui avait permis de vider les bassins de la chute Jean-Larose en juin à Beaupré pour retrouver le corps de la jeune Maïté Viens.
Lors de l'appel du Soleil jeudi, M. Dumont et son équipe attendaient toujours une autorisation pour décoller afin d'amener des équipes de secours dans l'est de l'île, rendu inaccessible par voie terrestre. La présence d'Hélicarrier devenait essentielle quelques heures après le passage de Maria puisqu'ils étaient parmi les seuls à être demeurés sur l'île. «Je peux vous dire que l'agence fédérale américaine est très satisfaite du travail», conclut-il, visiblement fier.