Arkadi Babtchenko, a été tué par balle mardi soir à Kiev où il s'était exilé, se disant menacé après avoir dénoncé le rôle de la Russie dans le conflit dans l'est de l'Ukraine.

Un journaliste critique du Kremlin abattu à Kiev

KIEV — Un journaliste et écrivain russe virulent critique du Kremlin, Arkadi Babtchenko, a été tué par balle mardi soir à Kiev où il s'était exilé, se disant menacé après avoir dénoncé le rôle de la Russie dans le conflit dans l'est de l'Ukraine.

Le meurtre de ce reporter de guerre, qui a provoqué un choc dans la profession en Russie, est le deuxième en moins de deux ans d'un journaliste contestant la politique du gouvernement russe habitant dans la capitale ukrainienne.

Le 20 juillet 2016, le Russo-Bélarusse Pavel Cheremet avait en effet péri dans l'explosion de la bombe placée sous la voiture qu'il conduisait en plein centre de Kiev, une affaire qui n'est toujours pas élucidée.

En mars 2017, un ancien député russe réfugié en Ukraine avait pour sa part été tué par balle, également dans le centre de cette ville.

Concernant les circonstances de la mort d'Arkadi Babtchenko, un porte-parole de la police, Iaroslav Trakalo, a raconté que «c'était chez lui, dans le quartier Dniprovski (en périphérie) de Kiev. Sa femme était dans la salle de bains, elle a entendu un coup sec. Quand elle est sortie, elle a vu son mari ensanglanté», qui est par la suite «mort dans l'ambulance» le transportant.

Arkadi Babtchenko, 41 ans, a participé en Russie aux deux guerres en Tchétchénie en tant que soldat avant de devenir un journaliste respecté et extrêmement critique vis-à-vis du Kremlin.

Il avait raconté les guerres dans cette république russe du Caucase dans un livre édité en France par Gallimard sous le nom de La couleur de la guerre.

Avant son départ de Moscou, il a notamment coopéré avec le journal d'opposition russe Novaïa Gazeta et la radio russe Écho de Moscou.

Arkadi Babtchenko s'était rendu dans l'est de l'Ukraine, où le conflit entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses a fait plus de 10 000 morts en quatre ans. Il avait dénoncé le rôle de la Russie, appuyant la thèse de Kiev et des Occidentaux selon laquelle elle soutient militairement les rebelles, ce que Moscou a toujours démenti.

Arkadi Babtchenko, 41 ans, a participé en Russie aux deux guerres en Tchétchénie en tant que soldat avant de devenir un journaliste respecté et extrêmement critique vis-à-vis du Kremlin.

Arkadi Babtchenko avait quitté la Russie en février 2017 après avoir reçu des menaces. Il a d'abord vécu en République tchèque et en Israël, avant de s'installer à Kiev.

Moscou dénonce une «routine»

«Arkadi Babtchenko a été tué de trois balles dans le dos dans la cage d'escalier de son immeuble quand il rentrait du magasin», a quant à lui écrit sur Facebook un de ses collègues, le journaliste Osman Pachaïev.

Cela faisait un an que M. Babtchenko animait une émission sur la chaîne de télévision ukrainienne privée ATR, a-t-il précisé.

Un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, le député Anton Guerachtchenko, a mis en cause la Russie, une piste aussitôt évoquée également par certains journalistes ukrainiens.

«Le régime de Poutine vise ceux qu'il ne peut pas casser ou intimider», a lancé M. Guerachtchenko sur sa page Facebook.

Moscou a «exigé des autorités ukrainiennes d'employer tous les efforts en vue d'une enquête efficace». «Les crimes sanglants et l'impunité totale sont devenus une routine pour le régime de Kiev», a dénoncé le ministère russe des Affaires étrangères sur sa page officielle.

Le Comité d'enquête russe, un organisme dépendant directement du Kremlin et chargé des principales affaires, a annoncé l'ouverture d'une procédure criminelle.