Policiers et secouristes ont convergé  vers le lieu de la fusillade, mercredi matin,  à Alexandria.

Un homme tire sur des élus américains

Un militant de gauche hostile à Donald Trump a tiré mercredi sur des républicains du Congrès qui jouaient au baseball près de Washington, blessant quatre personnes, dont l'élu Steve Scalise grièvement. Le tireur est mort après une fusillade avec la police.
L'attaque a provoqué une vague d'émotion au Capitole, où républicains et démocrates ont exprimé leur inquiétude face à la recrudescence des violences, verbales ou physiques, dans le débat politique aux États-Unis depuis la dernière campagne électorale, et relancé le débat sur la sécurité personnelle des parlementaires.
Une vingtaine d'élus ainsi que des collaborateurs, membres de l'équipe de baseball républicaine, s'entraînaient au petit matin à Alexandria, en banlieue de la capitale, en vue d'un match caritatif jeudi, quand un individu a commencé à faire feu depuis le bord du terrain.
L'homme, James Hodgkinson, 66 ans, était armé d'un fusil, selon les témoignages. Les autorités ont également retrouvé un pistolet.
Heureusement pour l'équipe, deux agents de la police du Capitole accompagnaient Steve Scalise. Ils ont riposté avec leurs armes de poing, touchant l'assaillant qui a succombé à ses blessures à l'hôpital, selon le FBI.
«De nombreuses vies auraient été perdues sans les actes héroïques des deux policiers qui ont mis le tireur hors d'état de nuire [...] durant cette attaque très, très violente», a déclaré le président Donald Trump depuis la Maison-Blanche, appelant le pays à «l'unité».
Des dizaines de balles ont été tirées dans la fusillade, les élus présents décrivant plusieurs minutes interminables de tirs à vue, sur un terrain complètement ouvert.
«Il aurait tué tout le monde» sans les policiers, a raconté le sénateur Rand Paul, qui était sur place. «Sans eux, cela aurait été un massacre».
Steve Scalise, 51 ans, représentant de Louisiane et numéro trois de l'équipe de direction de la Chambre des représentants, est le seul parlementaire blessé par balles. Touché à la hanche, il a d'abord été décrit comme conscient et dans un état stable avant son opération, puis «dans un état critique» par l'hôpital MedStar de Washington. Cela signifie que ses signes vitaux sont instables.
Un lobbyiste de la société Tyson Foods, Matt Mika, blessé par balles, se trouvait lui aussi dans un état grave.
Une policière et le collaborateur d'un élu ont également été blessés par balles, mais leurs jours ne sont pas en danger. L'autre policier du Capitole et un parlementaire ont subi des blessures secondaires, selon le FBI.
Acrimonie politique 
James Hodgkinson s'était engagé dans la campagne de Bernie Sanders aux primaires démocrates de 2016, et était décrit par des connaissances comme un homme un peu misanthrope et aigri par les inégalités. Le sénateur du Vermont, figure de la gauche de la gauche, s'est dit «révolté par cet acte abject».
Sur sa page Facebook, James Hodgkinson enrageait contre Donald Trump. «Trump a détruit notre démocratie. L'heure est venue de détruire Trump et compagnie», a-t-il écrit en mars. C'est ce mois-là que cet originaire de l'Illinois est venu à Alexandria, où il dormait dans son véhicule, selon l'agent du FBI Tim Slater.
Indice de préméditation? L'élu Ron DeSantis dit qu'un individu ressemblant fortement au suspect lui aurait demandé peu avant la fusillade s'ils étaient démocrates... ou républicains.
L'équipe s'entraînait là depuis des semaines avant un match traditionnel entre démocrates et républicains, organisé depuis 1909. Il se jouera comme prévu jeudi soir à Washington.
À la Chambre, tous les votes ont été annulés et les parlementaires se sont rassemblés à huis clos dans une salle, priant et se tenant les mains.
«Une attaque contre l'un d'entre nous est une attaque contre nous tous», a ensuite déclaré Paul Ryan, président de la Chambre.
Les démocrates, partisans d'un renforcement de la législation sur les armes, étaient réticents à rouvrir immédiatement ce débat.
La dernière attaque par balles contre un membre du Congrès remontait à janvier 2011 à Tucson en Arizona, quand un déséquilibré avait tué six personnes et grièvement blessé l'élue démocrate Gabrielle Giffords à la tête.
Steve Scalise, un ultra-conservateur partisan des armes à feu
Le numéro trois de la Chambre des représentants, Steve Scalise (au centre)
Steve Scalise, parlementaire républicain blessé par balle mercredi matin au cours d'un entraînement de baseball près de Washington, est un conservateur irréductible anti-avortement, anti-immigration et farouche défenseur du port d'armes à feu.
Il est parvenu à surmonter de nombreux obstacles pour se hisser au poste de numéro trois de la Chambre des représentants, aux mains des républicains tout comme le Sénat.
Cet élu représentant de la Louisiane, âgé de 51 ans, a dû subir une intervention chirurgicale dans un hôpital de la capitale fédérale après avoir été blessé à une hanche par le tireur, un homme de 66 ans qui a succombé à ses blessures après un échange de tirs avec la police.
M. Scalise est considéré comme l'un des conservateurs les plus hauts placés au Congrès, au sein du parti républicain du président Donald Trump, un parlementaire sociable qui a dirigé un sous-groupe conservateur avant d'être désigné en août 2014 «Whip» de la Chambre par ses pairs.
Le «Whip», incarné par le personnage Frank Underwood (Kevin Spacey) au début de la série House of Cards, est chargé de la discipline de parti.
Des appels à sa démission s'étaient élevés en 2014 après qu'il a admis s'être exprimé des années auparavant, en tant qu'élu local, devant une assemblée de personnes ayant des liens avec David Duke, ancien chef de l'organisation raciste américaine Ku Klux Klan. Cette révélation avait compliqué les efforts du parti pour se distancer du spectre suprématiste.
Celui qui est entré au Congrès des États-Unis en 2008, après avoir siégé au Parlement de Louisiane pendant douze ans, avait présenté des excuses et déclaré qu'il «s'agissait d'une erreur que je regrette».
Mais un sujet sur lequel il ne s'est jamais excusé est le contrôle des armes à feu. C'est un fervent partisan de la puissante National Rifle Association (NRA) -premier lobby des armes américain- qui lui octroie l'excellente note «A+», et il a voté à maintes reprises pour l'expansion des droits liés aux armes à feu.
Droit «sacré»
M. Scalise «continuera à lutter pour protéger le droit donné par le Second amendement à tout citoyen de détenir et de porter des armes», précise son site. Selon lui, ce droit constitutionnel est «incroyablement sacré».
Il a d'ailleurs déposé le mois dernier un projet de loi destiné à alléger les restrictions sur les ventes d'armes, afin d'en faciliter l'achat par les citoyens respectueux de la loi.
Il s'est, de manière répétée, opposé aux initiatives visant à renforcer la législation sur les armes à feu, prononçant par exemple un discours controversé à la tribune de la Chambre en avril 2013 dans lequel il critiquait les partisans d'une telle mesure. Il s'exprimait à peine quatre mois après l'assassinat par balles de 26 personnes, dont vingt jeunes enfants, dans une école de Newtown dans le Connecticut.
«Nous sommes tous choqués et attristés par les meurtres à Sandy Hook. Mais je pense que ce qui est également décevant, c'est que quand vous avez ces tragédies, malheureusement il y a des gens -des politiciens de Washington- qui essaient de tirer avantage de ces tragédies pour ensuite passer par derrière et tenter d'imposer leur programme», avait-il dit à l'époque.
Né à La Nouvelle-Orléans, il est diplômé de l'université d'État de Louisiane. Il a entamé sa carrière comme ingénieur informatique, puis responsable marketing avant d'être élu en 1995 à la Chambre des représentants de son État natal, puis à son Sénat.
C'est en 2008 qu'il a pris la route de Washington, pour siéger au Congrès américain.
Il s'est rapidement démarqué sur les problématiques conservatrices et, pendant son troisième mandat, il a été élu président d'un groupe conservateur informel, la RSC, qui regroupe plus de 160 élus de son parti.
Ce groupe a joué un rôle crucial dans le débat sur le budget des États-Unis et les efforts pour réduire les dépenses publiques, mais il a souvent résisté à la direction du parti.
En novembre 2012, après avoir pris la présidence du RSC, il avait affirmé vouloir tirer la gouvernance républicaine «aussi à droite» que possible.
Il est marié et père de deux jeunes enfants.  AFP
Ce que l'on sait
Le FBI s'est joint à l'enquête dans le but de connaître les motifs qui ont poussé James T. Hodgkinson à faire feu sur des parlementaires républicains qui s'entraînaient sur un terrain de baseball en vue d'un match contre des élus démocrates.
Quoi, où, quand, qui? 
Des élus républicains s'entraînaient tôt mercredi sur un terrain de baseball dans la ville d'Alexandria (Virginie) en banlieue de Washington pour un match caritatif traditionnel du Congrès, qui doit avoir lieu jeudi soir contre les élus démocrates, quand Hodgkinson a tiré plusieurs rafales.
Le représentant de la Louisiane Steve Scalise a été blessé à la hanche.
Les policiers chargés de la sécurité du Capitole ont répliqué avec leurs armes de poing. Le suspect a été appréhendé et les blessées emmenés à l'hôpital. Les autorités ont également retrouvé un pistolet sur les lieux.
Qui sont les blessés? 
Quatre personnes ont été blessées par balle, selon le FBI :
Steve Scalise. Blessé à la hanche, il est dans un état grave, selon l'hôpital qui le soigne. Il a subi une opération.
Matt Mika. Ce lobbyiste se trouve également dans un état grave, selon son employeur Tyson Foods.
Zachary Barth, conseiller du représentant du Texas Roger Williams, va bien et devrait se rétablir complètement, selon ce dernier.
Une policière, Crystal Griner, a été touchée à la cheville, mais va bien, selon la police du Capitole.
Un autre policier du Capitole et un parlementaire sont d'autre part légèrement blessés même s'ils n'ont pas été touchés par les tirs, selon le FBI.
Qui était le tireur? 
James Hodgkinson, qui semble avoir travaillé pour une société d'inspection de travaux à domicile, était un fervent partisan de Bernie Sanders, qui s'était présenté contre Hillary Clinton à la primaire démocrate de 2016.
Bernie Sanders s'est dit «révolté» par cet «acte abject».
Le tireur est originaire de Belleville, dans l'Illinois (nord), une banlieue de St Louis, ville de l'État voisin du Missouri. Sa femme a toutefois affirmé sur la chaîne ABC News qu'il vivait à Alexandria depuis deux mois.
Ses messages sur les réseaux sociaux montrent son opposition au président républicain Donald Trump.
Son frère Michael a confié au New York Times qu'il n'était «pas content de la manière dont les choses fonctionnaient, les résultats de l'élection et tout ça».
Conséquences politiques 
Donald Trump a appelé le pays à «l'unité», tout comme l'homme fort du Congrès et chef de file des républicains Paul Ryan et la représentante de la minorité démocrate Nancy Pelosi.
Tous les votes prévus mercredi à la chambre des Représentants ont été annulés.
Le match de jeudi au stade national de Washington se tiendra comme prévu.