Des centaines de policiers et de membres des forces de sécurité se sont rendus sur les lieux.

Un homme radicalisé abattu à l'aéroport d'Orly

Un Français de 39 ans considéré comme radicalisé a agressé samedi matin une patrouille de militaires à l'aéroport de Paris-Orly, avant d'être abattu.
L'attaque a semé la panique au terminal sud d'Orly, deuxième aéroport parisien après Roissy-Charles de Gaulle, entraînant l'évacuation de 3000 passagers, la mobilisation d'importantes forces de sécurité et l'interruption du trafic.
Vers 8h30 (3h30, heure de Québec), Ziyed Ben Belgacem, déjà condamné pour plusieurs vols avec violence et armé de son pistolet à grenaille, agresse une femme membre de la patrouille de trois militaires qui opère dans le cadre de l'opération Sentinelle, qui mobilise 7000 soldats pour faire face au risque terroriste.
Il lance alors : «Posez vos armes, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon il va y avoir des morts», a rapporté le procureur de Paris François Mollins dans la soirée au cours d'une conférence de presse.
Avant d'attaquer la militaire, il a «jeté au sol un sac à dos contenant un bidon d'hydrocarbures», a-t-il précisé, indiquant qu'il avait également en sa possession 750 euros et un Coran.
Il parvient au cours d'un corps-à-corps «assez long» à s'emparer de l'arme de la militaire, un fusil-mitrailleur Famas.
Les deux autres soldats ont alors «ouvert le feu pour la protéger» et «protéger tout le public», a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.
Le casier judiciaire de Ziyed Ben Belgacem, qui faisait l'objet d'une interdiction de quitter le territoire, comporte «neuf mentions» pour des faits de droit commun. «Détecté comme radicalisé», il avait fait l'objet en 2015 d'une perquisition administrative, qui «n'avait rien donné», selon une source policière.
Une heure et demie avant l'attaque d'Orly, il avait tiré sur des policiers avec un pistolet à grenaille lors d'un contrôle routier au nord de Paris, puis avait volé un autre véhicule avant de se rendre à l'aéroport. L'agresseur se trouvait dans «une sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur qui va visiblement crescendo (...) avec des intentions qui sont criminelles de façon très objective», a commenté le procureur de Paris.
«Les deux minutes (de confrontation) avec les militaires démontrent de façon assez évidente la très forte volonté de l'agresseur. (...) Il y a une volonté très forte d'aller au bout de ce processus», a-t-il ajouté.
Panique générale
Trois personnes de son entourage ont été placées en garde à vue: son père, son frère et un cousin âgé de 35 ans qui se sont tous trois présentés spontanément à la police. Ce dernier avait rencontré Ziyed Ben Belgacem durant la nuit qui a précédé les faits.
Une enquête a été ouverte, notamment pour tentative d'homicide et tentative d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique, en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.
Le président François Hollande a souligné «la détermination de l'État à agir sans relâche pour lutter contre le terrorisme, défendre la sécurité de nos compatriotes et assurer la protection du territoire».
La veille, il avait jugé que l'état d'urgence, instauré lors des attentats de novembre 2015 (130 morts), ne devait pas être levé, après l'explosion d'un colis piégé au siège du FMI à Paris.
Alors que la France est en pleine campagne électorale pour la présidentielle d'avril-mai, «nous nous trouvons dans une situation de quasi guerre civile», a estimé François Fillon, candidat de la droite. «Contre la violence barbare, la vigilance doit être maximale».
La candidate d'extrême droite Marine Le Pen a décrit un gouvernement «dépassé, ahuri, tétanisé» et déploré «la lâcheté de toute la classe politique devant le fondamentalisme islamiste». Face à un «événement grave», «Mme Le Pen choisit l'outrance», a répliqué le premier ministre Bernard Cazeneuve.
À Orly, où le trafic aérien a été totalement interrompu samedi matin, les autorités déroutant des dizaines de vols, l'attaque a suscité sur le moment panique et pagaille, sans toutefois faire de blessé.
Les témoins ont décrit une scène aussi brève que violente. «Ç'a été la panique générale: les gens couraient de partout», a raconté à l'AFP, Sofiane Slim, agent d'escale de la Royal Air Maroc.
Le trafic aérien a repris par étapes dans l'après-midi.
L'attaque est survenue un mois et demi après une agression contre une patrouille militaire au musée du Louvre, au coeur de Paris. Un Égyptien de 29 ans avait attaqué des soldats à la machette, avant d'être blessé grièvement.
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Qu'est-ce que l'opération Sentinelle?
L'opération française Sentinelle, dont une patrouille militaire a été agressée samedi à l'aéroport d'Orly au sud de Paris par un homme qui a été abattu, représente une mobilisation sans précédent de l'armée sur le territoire national depuis la guerre d'Algérie.
Au total, 7000 militaires sont déployés en permanence en France - pour moitié en région parisienne - depuis les meurtriers attentats de janvier 2015 qui avaient visé notamment le journal Charlie Hebdo et un magasin casher.
Ces moyens peuvent être portés à 10 000 hommes en cas d'attentat ou d'événement d'envergure à protéger. Parallèlement, 6500 hommes sont engagés dans des opérations extérieures, principalement au Sahel (opération Barkhane) et au Levant contre le groupe État islamique (opération Chammal).
Les militaires protègent en France des sites religieux (synagogues et mosquées), particulièrement exposés au risque terroriste, ou très fréquentés (lieux touristiques et gares). Ils sont présents «de manière quasi permanente» sur certains sites comme les aéroports ou les musées.