Le professeur Allan Lichtman de l'American University, qui a correctement prédit les résultats de toutes les élections présidentielles américaines depuis 1984, n'a pas été impressionné par le discours d'inauguration de Donald Trump, dont il avait été l'un des seuls à prédire la victoire.

Un discours très «négatif»

Le professeur Allan Lichtman de l'American University, qui a correctement prédit les résultats de toutes les élections présidentielles américaines depuis 1984, n'a pas été impressionné par le discours d'inauguration de Donald Trump, dont il avait été l'un des seuls à prédire la victoire.
«Je suis obligé de vous dire que ça m'a donné des frissons, mais pas des frissons d'inspiration, des frissons de peur!» a déclaré le professeur d'histoire en entrevue téléphonique avec Le Soleil. M. Lichtman, qui avait tenté sans succès de remporter l'investiture démocrate pour le poste de sénateur du Maryland en 2006, a trouvé le discours du nouveau président très négatif.
«J'ai lu des tonnes de discours d'inauguration dans ma carrière et je dois vous dire que je n'en ai jamais vu un qui soit aussi implacablement négatif et qui ait autant blâmé l'administration précédente que celui de M. Trump», a-t-il poursuivi en référence aux commentaires du nouveau président à propos de la période «durant laquelle les politiciens prospéraient, mais où les emplois disparaissaient et les usines fermaient».
«Le seul point positif que j'ai vu dans cette adresse, c'est cette brève déclaration voulant qu'il n'y ait qu'une seule Amérique, peu importe la couleur. C'est tout. Pour le reste, c'était beaucoup trop nationaliste et, je le répète, beaucoup trop négatif. Normalement, un discours d'inauguration sert à présenter des éléments positifs quant à la direction qu'on veut donner au pays. Ce n'est pas ce qu'a fait M. Trump, dont le discours ressemblait plutôt à ses discours de campagne.»
Se faire des ennemis
M. Lichtman n'a pas non plus apprécié l'impression qui se dégageait des mots de Trump concernant les autres pays du monde. «À l'écouter, on avait l'impression que le reste du monde était devenu notre ennemi!» indique-t-il, ajoutant que le président n'a pas non plus été tendre avec son propre pays, parlant entre autres de «carnage américain» et de pays peuplé «d'usines rouillées comme des pierres tombales». 
«Ce n'est pas ce que fait normalement un président dans son discours d'inauguration : tu ne rabaisses pas ton pays, tu ne rabaisses pas tes prédécesseurs. Il a embelli tout ça un peu avec ses appels à l'unité, mais c'était trop peu», explique-t-il.
Le professeur Lichtman croit que le discours du président Trump sera perçu de deux façons : ses partisans l'apprécieront, mais ceux qui avaient peur de lui ne seront pas rassurés. «Il ne faut pas oublier qu'en plus de tout ça, Donald Trump est l'un des présidents dont le taux d'approbation est au plus bas le jour de son inauguration. Pour M. Obama, M. Bush et M. Clinton, c'était plus de 60 % alors que M. Trump se situe entre 40 % et 45 %, selon le sondage.»
Les déclarations du président à propos des «politiciens de Washington» ont aussi fait tiquer Allan Lichtman. M. Trump a entre autres déclaré qu'avec sa présidence, le pouvoir était transféré de Washington au peuple.  «Les "politiciens de Washington" sont tellement une cible facile. Le problème, c'est qu'il aura maintenant à travailler avec eux après les avoir présentés comme des émules d'Attila le Hun! Ce n'est pas la meilleure carte de visite. Des gens comme [les républicains] Mitch McConnell, président du sénat, et Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, sont des politiciens d'expérience qui méritent le respect.»
Un impeachment?
En plus d'avoir prédit contre toute attente, grâce à la méthode scientifique développée dans son livre The Thirteen Keys to the Presidency, la victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton, M. Lichtman avait aussi déclaré qu'il prévoyait que le nouveau président puisse faire face à une procédure d'impeachment. «Toute sa vie, il s'est donné des libertés avec la loi, il a dirigé un organisme de charité illégal dans l'État de New York et a fait des contributions illégales via cet organisme dont il s'est aussi servi pour régler des dettes d'affaires personnelles», affirmait-il en novembre au réseau CNN. Il signalait toutefois que cette nouvelle «prédiction» s'appuyait sur des impressions plutôt que sur la méthode qui lui a permis de prédire l'issue des neuf dernières présidentielles.
«Après avoir entendu son discours d'inauguration, je dois dire que la possibilité d'un éventuel impeachment devient de plus en plus forte», a-t-il poursuivi, indiquant qu'après avoir été ainsi montrés du doigt par le président, des politiciens pourraient être plus enclins à mettre en marche cette procédure qui a été utilisée sans succès contre Andrew Johnson et Bill Clinton.
Pour le reste, Allan Lichtman continuera d'observer les décisions prises par le nouveau président. «Ce qui est fascinant avec Donald Trump, c'est qu'on ne sait jamais ce qu'il fera ensuite. Bâtira-t-il son fameux mur? Tentera-t-il d'éliminer l'Obamacare? Seuls M. Trump et son coiffeur le savent!» conclut-il.