Le secrétaire d'État, Rex Tilleson, le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, et le secrétaire de la Sécurité intérieure, John Kelly, ont tous les trois commenté le nouveau décret interdisant l'accès au pays par des voyageurs de six pays.

Un décret migratoire revu et corrigé

Donald Trump a signé lundi un nouveau décret interdisant pendant 90 jours l'entrée aux États-Unis aux voyageurs de six pays musulmans, amendé pour surmonter toute objection de la justice et éviter le tollé mondial de sa première tentative.
L'accueil de réfugiés est également suspendu pendant 120 jours, le temps de mettre en place de nouvelles procédures pour vérifier le passé des demandeurs.
Le président américain continuait parallèlement à se battre sur un autre front: l'affaire des contacts supposés entre son entourage et des responsables russes pendant la campagne présidentielle.
Après avoir accusé ce week-end Barack Obama de l'avoir placé sur écoute avant l'élection, il a demandé au Congrès d'élargir son enquête et d'intensifier la chasse aux «fuiteurs».
M. Trump, invisible lundi, a signé le décret dans le Bureau ovale, et non lors d'un événement médiatisé. Il entrera en vigueur le 16 mars.
Le décret «est une mesure vitale pour renforcer notre sécurité nationale», a assuré le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, lors d'une déclaration avec ses homologues de la Justice et de la Sécurité intérieure.
«Les principes du décret restent les mêmes», a assuré Sean Spicer, porte-parole de la Maison-Blanche.
Principaux amendements par rapport au décret du 27 janvier bloqué par la justice fédérale: l'Irak ne fait plus partie des pays dont les ressortissants ne pourront plus entrer aux États-Unis, et les résidents permanents («cartes vertes») et les détenteurs de visas sont explicitement protégés.
Pour les réfugiés, la pause durera 120 jours, comme auparavant. Mais les réfugiés syriens sont logés à la même enseigne, alors qu'ils étaient initialement bannis sine die. Et les réfugiés dont le voyage aux États-Unis était déjà planifié pourront venir.
Décret plus solide
L'action présidentielle est le prélude à la mise en place d'une politique de «vérification extrême» aux frontières - qui reste à définir - afin d'empêcher des infiltrations djihadistes.
L'administration a justifié l'urgence de ces mesures en affirmant qu'environ 300 personnes entrées comme réfugiés faisaient actuellement l'objet d'une enquête antiterroriste du FBI.
Donald Trump avait été accusé de discrimination envers les musulmans, potentiellement anticonstitutionnelle, lors du premier décret, qui a été suspendu par un juge le 3 février, et finalement révoqué par lui lundi.
La nouvelle version est présentée comme plus solide juridiquement.
Beaucoup plus détaillé, le décret nouvelle version est long de plus de 6000 mots, contre moins de 3000 pour le précédent. La préférence accordée aux minorités religieuses persécutées, qui avantageait les chrétiens, a été supprimée.
De multiples exemptions possibles, au cas pour cas, sont énumérées: ceux qui rendraient visite à de la famille, auraient un enfant nécessitant des soins d'urgence, ou encore des étrangers ayant travaillé pour l'armée américaine, allusion probable aux interprètes irakiens, dont certains avaient été bloqués dans les aéroports.
Et le président décrit en longueur la situation sécuritaire des six pays frappés d'interdiction.
Il s'agit des trois de la liste du département d'État des pays «soutenant le terrorisme» (Iran, Syrie, Soudan), ainsi que trois États «compromis de façon significative par des organisations terroristes» ou théâtres de «zones de conflit actives» (Libye, Somalie, Yémen). Vérifier les antécédents des demandeurs s'y avère impossible, selon l'administration.
Majorité républicaine satisfaite
La réécriture a satisfait la majorité républicaine, dont beaucoup s'étaient désolidarisés du gouvernement.
«Ce nouveau décret promeut notre objectif commun de protéger le pays», s'est félicité Paul Ryan, président de la Chambre des représentants.
Mais ONG et opposition démocrate ont dénoncé un texte à peine édulcoré, toujours discriminatoire.
La grande association de défense des droits civiques ACLU a promis de le contester, tweetant: «Rendez-vous au tribunal».
L'Irak est exempté car son gouvernement aurait accepté de fournir des informations supplémentaires sur ses citoyens demandant des visas. Bagdad avait protesté d'être mis au ban, et s'est félicité du revirement.
Pendant la pause, Washington demandera à certains pays de partager plus d'informations.
Avec ce lancement précautionneux, l'exécutif souhaite éviter les scènes de confusion vues dans les aéroports fin janvier, quand le décret avait été appliqué sans avertissement.
«Il n'y aura pas de chaos dans les aéroports», a expliqué un haut responsable du ministère de la Sécurité intérieure.
«Si vous avez un visa valide, vous n'aurez pas de problème», a assuré un haut responsable du département d'État.
Le décret en cinq points
Le premier décret avait fait l'objet d'une forte opposition dans les rues américaines.
Quels sont les pays concernés? 
Les États-Unis suspendent pour trois mois l'entrée des ressortissants de six pays à majorité musulmane: le Soudan, la Syrie, l'Iran, la Libye, la Somalie et le Yémen. Cette interdiction vise à «permettre l'examen approprié et la mise en place de normes permettant d'empêcher l'infiltration terroriste ou criminelle» d'étrangers, selon le département de la Sécurité intérieure.
La Syrie était dans le premier décret frappée d'une interdiction sans limite de temps. Elle est désormais logée à la même enseigne que les autres pays.
D'autres part, les réfugiés du monde entier tombent sous le coup d'une suspension pour quatre mois du programme d'admission aux États-Unis. Ce décret ne s'applique toutefois pas aux personnes dont le statut de réfugiés a déjà été accepté et dont l'arrivée sur le territoire est déjà programmée.
Les États-Unis n'accepteront pas plus de 50 000 réfugiés pour l'année fiscale 2017, a précisé le département de la Sécurité intérieure.
Pourquoi l'Irak n'est-il plus visé?
L'Irak figurait sur la première liste de sept pays désignés le 27 janvier.
Il en sort car, depuis ce décret, «le gouvernement irakien a expressément pris des mesures pour fournir des informations supplémentaires sur ses citoyens afin d'aider aux décisions concernant l'immigration», a écrit le département de la Sécurité intérieure.
«L'Irak a pris des mesures pour renforcer sa coopération avec les États-Unis dans l'examen des ressortissants irakiens et, comme tel, il a été déterminé qu'une suspension temporaire n'était pas nécessaire», selon ce département.
Pourquoi ces six pays?
Rejetant les accusations de ceux qui affirment que la Maison-Blanche a voulu viser spécifiquement les musulmans avec ce décret, l'administration Trump affirme que son décret «protège les États-Unis face aux pays compromis par le terrorisme et assure un processus d'examen plus rigoureux».
Ce décret est «une mesure vitale» pour la sécurité des États-Unis, a martelé le secrétaire d'État Rex Tillerson.
Trois de ces pays appartiennent à la liste du département d'État des États «soutenant le terrorisme» (Iran, Syrie, Soudan) et les trois autres avaient été identifiés sous l'administration précédente de Barack Obama comme présentant un risque (Libye, Somalie, Yémen).
Pour justifier le décret, le gouvernement a affirmé qu'environ 300 personnes entrées aux États-Unis sous un statut de réfugié faisaient actuellement l'objet d'une enquête liée au contre-terrorisme. Cependant il n'a pas précisé si ces individus venaient de ces six pays.
Détenteurs de visa
Les voyageurs détenant un visa en règle à la date d'entrée en vigueur du décret ne sont pas affectés par ces mesures et pourront voyager aux États-Unis. «Aucun visa ne sera révoqué seulement sur la base de ce décret», précisent les autorités. Les visas qui avaient été suspendus à cause du premier décret avaient été rétablis début février, à la suite du blocage de son application par la justice américaine.
Cartes vertes et bi-nationaux 
Cause majeure de confusion après l'adoption du premier décret, le statut des résidents permanents, détenteurs de la fameuse «carte verte», originaires de l'un des six pays est clarifié: ils ne sont pas affectés par le décret.
D'autre part, les ressortissants bi-nationaux originaires de l'un des pays visés échappent à l'interdiction d'entrée aux États-Unis s'ils sont détenteurs d'un passeport octroyé par leur autre pays d'origine, quand ce dernier ne figure pas sur la liste.
L'Irak salue son retrait
L'Irak a salué lundi son retrait de la liste des nationalités interdites d'entrer aux États-Unis concernées par la nouvelle version du décret anti-immgration de Donald Trump.
«Le ministère des Affaires étrangères exprime sa grande satisfaction après le décret publié par le président Donald Trump qui exempte les Irakiens de l'interdiction de voyager aux États-Unis», a indiqué dans un communiqué un porte-parole de ce ministère, Ahmed Jamal, pour lequel il s'agit d'un «pas important» pour renforcer les relations entre Bagdad et Washington.
Trudeau de nouveau appelé à condamner le décret
Une courte période avant la mise en vigueur du nouveau décret controversé sur l'immigration du président américain Donald Trump donne un certain répit aux responsables canadiens, alors qu'ils tentent de déterminer l'impact potentiel pour le Canada.
Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a affirmé que le gouvernement fédéral examinerait le décret remanié pour bien comprendre ce qui est en jeu, mais à première vue, il semble que rien ne changera dans le traitement réservé aux citoyens canadiens et aux résidents permanents.
«Bien évidemment, il s'agit d'une question détaillée comptant certaines subtilités importantes, et nous allons nous attarder à tous les détails afin de pouvoir fournir aux Canadiens une information complète sur tout ce qu'ils doivent savoir», a dit M. Goodale.
Le premier ministre Justin Trudeau a une fois de plus évité de se prononcer contre l'administration américaine de Donald Trump et sa nouvelle version de son controversé décret en matière d'immigration, malgré les multiples demandes en ce sens.
M. Trump a dévoilé lundi une nouvelle mouture de sa politique visant à interdire l'entrée en sol américain aux ressortissants de plusieurs pays majoritairement musulmans. Le décret remanié doit entrer en vigueur le 16 mars.
«Nous devons nous assurer que nous partageons de l'information et opérons sur les mêmes bases des deux côtés de la frontière», a dit M. Goodale.
«Raciste»
L'opposition néo-démocrate à Ottawa a une fois de plus demandé à M. Trudeau de condamner cette directive et de suspendre l'entente sur les tiers-pays sûrs qui lie le Canada et les États-Unis.
Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a qualifié le décret en question de «raciste» et a exhorté le premier ministre canadien à indiquer si, oui ou non, il considère les États-Unis comme un pays sûr pour les réfugiés.
«Comment le premier ministre peut-il s'abstenir de prendre position contre la politique raciste des États-Unis, alors qu'elle a de toute évidence des conséquences pour les Canadiens?» a demandé M. Mulcair à la Chambre des communes.
Justin Trudeau s'est surtout contenté de répondre que le Canada est ouvert et accueillant pour tous.
«Nous continuons à travailler très fort avec l'administration américaine pour s'assurer que notre frontière demeure un endroit où les Canadiens, les biens et les services peuvent faire un transit efficace et rapide», a aussi dit le premier ministre.
«Nous ne parlons pas de biens et de services, nous parlons d'une citoyenne canadienne, née au Canada, refoulée illégalement à la frontière américaine, et on veut un premier ministre qui sait se tenir debout», a rétorqué M. Mulcair, faisant sans doute référence à Manpreet Kooner, née au Canada de parents indiens, qui a dit avoir été refoulée à la frontière américaine.
Le controversé décret de Donald Trump, ainsi que l'entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs ont été évoqués pour expliquer le fait que de nombreuses personnes aient traversé la frontière canado-américaine au cours des dernières semaines pour demander l'asile.
L'afflux des migrants, les raisons de leur déplacement et la façon de gérer cet enjeu sont des points qui seront au coeur de la réunion du conseil des ministres, mardi.
Le cabinet aura aussi l'occasion de s'entretenir sur la question en compagnie du secrétaire américain à la Sécurité intérieure, qui sera de passage à Ottawa plus tard cette semaine.  La Presse canadienne