Plusieurs personnes de la communauté chinoise de Paris ont manifesté, mardi, à la suite de la mort d'un Chinois de 56 ans tué par la police.

Un Chinois tué par la police à Paris: heurts et protestation de Pékin

La mort d'un Chinois de 56 ans tué par la police à Paris dans des circonstances encore difficiles à établir a provoqué des incidents et suscité mardi une protestation officielle de Pékin.
La Chine a demandé mardi à la France de garantir «la sécurité et les droits» de ses ressortissants et «exigé» que Paris fasse «toute la lumière sur cette affaire». La sécurité des ressortissants chinois est «une priorité des autorités françaises», a répondu le ministère français des Affaires étrangères, précisant qu'une enquête était en cours.
La victime est décédée dimanche à la suite d'un tir de la police au cours d'une intervention dans un immeuble de l'est de la capitale française, où résidait ce père de famille.
Mardi, à la mi-journée, une vingtaine de personnes de la communauté chinoise étaient rassemblées devant le commissariat proche du quartier où l'homme a été tué.
La veille au soir, environ 150 personnes s'étaient déjà réunies au même endroit pour protester. Des projectiles ont visé les forces de l'ordre, une voiture de police ainsi que trois autres véhicules ont été incendiés, et trois policiers ont été légèrement blessés. Trente-cinq personnes ont été interpellées.
Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, a condamné les violences, assuré la police de son «plein soutien» et a appelé au calme «afin de permettre à la procédure judiciaire en cours de se dérouler dans la sérénité».
Selon la police, Shaoyo Liu a été atteint par le tir d'un policier alors qu'il agressait un de ses collègues avec des ciseaux. Une version contestée par la famille du ressortissant chinois.
«Les conditions d'une bavure policière sont réunies», a déclaré à l'AFP l'avocat de la famille, Me Calvin Job. Il a affirmé que le policier avait tiré «sans sommation».
Versions divergentes 
Selon une source proche de l'enquête, «un voisin avait appelé la police pour signaler la présence d'un homme se déplaçant dans les parties communes avec un couteau à la main».
Quand les policiers «sont arrivés en bas de la résidence, ils ont vu la future victime sur le balcon qui les invectivait», a ajouté cette source. Ils ont eu peur en entendant «des cris et des pleurs d'enfants dans l'appartement».
«Dès l'ouverture de la porte», un homme s'est précipité pour agresser l'un des fonctionnaires, a expliqué une source policière, évoquant «un différend familial».
L'homme «a planté les ciseaux dans le thorax du policier», le blessant à l'aisselle, a précisé une autre source policière.
L'un de ses collègues a alors ouvert le feu, pour le protéger, blessant mortellement le père de famille.
Mais pour la famille, le quinquagénaire «n'a blessé personne», a déclaré à l'AFP Me Calvin Job qui conteste la thèse du différend familial et indique simplement qu'un voisin a appelé la police «en disant qu'il y avait des cris».
L'homme, qui se trouvait avec ses enfants était «en train de tailler des poissons avec des ciseaux», selon lui.
Lulu Zen, 27 ans, qui se présente comme le neveu de la victime, affirme que les policiers «ont caché la vérité» : «Mes cousines, elles ont vu leur père tué par des policiers», affirme-t-il.
Les «enfants étaient dans l'appartement, mais aucun n'a été témoin des faits», a affirmé à l'inverse une source proche de l'enquête.
Selon l'avocat de la famille, Shaoyo Liu, père de cinq enfants, «parlait très peu le français». Il avait séjourné à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police en février 2012 après un précédent appel des voisins pour trouble de voisinage, mais «il n'avait pas d'antécédents psychiatriques majeurs».
La famille devait être entendue mardi après-midi par «la police des polices», l'inspection générale de la police nationale, selon l'avocat.
En septembre dernier, la communauté chinoise avait mobilisé des milliers de manifestants à Paris après la mort d'un couturier agressé par des jeunes en banlieue parisienne.
La communauté chinoise compte quelque 300 000 personnes, arrivées en grande majorité dans les années 80, selon le sociologue Richard Beraha.
Rare débat en Chine sur la sévérité de la justice
Yu Huan a été condamné à la prison à vie pour le meurtre, en avril 2015, d'un homme venu réclamer à sa mère le paiement d'une dette.
La condamnation d'un jeune homme pour le meurtre d'une personne qui menaçait sa mère a ouvert un rare débat en Chine autour de la sévérité de la justice, laquelle a exceptionnellement accepté de rouvrir le dossier.
Yu Huan, 22 ans, a été condamné à la prison à vie pour le meurtre, en avril 2015, d'un homme venu réclamer à sa mère le paiement d'une dette dans la province du Shandong (est).
D'après des documents judiciaires, la victime faisait partie d'un groupe de nervis envoyés par le créancier pour faire pression sur la mère du jeune homme. Cette dernière, qui avait emprunté 1 million de yuans (196 000 $CAN) auprès d'un promoteur immobilier afin de financer sa société, assurait avoir déjà remboursé 1,5 million, mais restait assujettie à des intérêts de 10 % par mois.
Lors d'une altercation, Yu Huan a frappé à l'aide d'un couteau quatre des agresseurs, dont l'un est mort de ses blessures. La victime avait auparavant exhibé ses parties génitales pour humilier la débitrice, selon le rapport d'instruction.
La condamnation de Yu Huan a déclenché la colère de nombreux internautes qui ont justifié la réaction du jeune homme en l'absence de protection des autorités face aux abus des puissants. Un policier avait en effet assisté au début de l'altercation, mais avait quitté les lieux après avoir invité les protagonistes à s'entendre à l'amiable.
«Si la loi ne rend pas justice à une personne comme lui, à quoi sert-elle?» s'interroge un utilisateur du réseau social Weibo.
«Si quelqu'un osait faire ça à ma mère, je le tuerais sur le champ», assure un autre commentateur.
L'émotion des réseaux sociaux a amené la justice du Shandong à prévoir un nouveau procès.
Dans une rare critique des autorités, le quotidien Global Times a appelé la justice à la clémence. «Nous nous félicitons de l'enquête du Parquet populaire suprême visant à déterminer si Yu Huan a agi en légitime défense et si les policiers ont fait preuve de négligence», a estimé dimanche le quotidien de langue anglaise, considéré comme très proche du pouvoir.
Le promoteur immobilier qui avait prêté l'argent a par ailleurs déjà fait l'objet de poursuites pour ses liens supposés avec le crime organisé, a souligné la presse chinoise.