Pau Aleix Pages, étudiant au doctorat en physique à l'Université Laval, habite Québec depuis un peu plus de deux ans, mais ces jours-ci, il a la tête à sa Catalogne natale.

Un Catalan étudiant à Québec fier de son peuple

«Ce sera une victoire si le peuple catalan peut voter dimanche, mais même s'il ne peut pas voter, ce sera une sorte de victoire. Ça va dévoiler au reste du monde l'attitude répressive du gouvernement central espagnol à l'égard d'une société pourtant autonome, la Catalogne.»
Les mots sont ceux de Pau Aleix Pages. L'étudiant au doctorat en physique à l'Université Laval habite Québec depuis un peu plus de deux ans, mais ces jours-ci, il a la tête à sa Catalogne natale. Il y était lui-même encore il y a douzaine de jours pour voir ses proches et tenter, sans succès, de voter par anticipation. 
«Je crois que c'était trop tard pour voter. La poste espagnole intercepte les votes postés, et par Internet, c'est difficile de le faire. Les sites Web sont constamment fermés par le gouvernement espagnol, puis rouverts à une autre adresse.» 
Revenu à Québec le 17 septembre, quelques jours avant de vastes perquisitions et l'arrestation de 13 responsables du gouvernement catalan par la police espagnole, le jeune homme originaire de la ville de Lleida a manqué les manifestations monstres des 10 derniers jours. Il admet que la tension a monté d'un cran.
«Mais j'ai demandé à mes amis de me dresser un portrait juste de ce qui se passe depuis le 20 septembre, et ils m'assurent que l'ambiance est incroyable. Quand des policiers entrent dans des bureaux de vote pour saisir de l'information, les gens les encerclent et entonnent des chants de liberté avec une attitude pacifiste. Ils distribuent des roses aux policiers. Zéro violence, une attitude ferme et sans crainte et un succès incroyable. Ça me rend très fier de mon peuple.»
Pau Aleix Pages prend bien soin de séparer le gouvernement central espagnol et le peuple espagnol en général. «Il y a beaucoup d'Espagnols qui ne se sentent pas représentés par le gouvernement actuel, qui ne sont pas d'accord avec la répression contre la Catalogne. Ce vote ne va pas créer un conflit entre deux peuples. C'est entre la Catalogne et un gouvernement espagnol pourri et corrompu.»
Nourri par l'Espagne
En tentant d'empêcher la tenue du référendum sur l'indépendance par répression, le gouvernement espagnol a lui-même nourri le mouvement indépendantiste, assure le Québécois d'adoption. 
«En raison de ces droits brimés, de ce manque de liberté, de cette interdiction de s'exprimer et de se rassembler, beaucoup de gens se sont fâchés. Des gens de partout sur le spectre politique, de toutes sortes de mentalités.»
Selon lui, le vote de dimanche n'est plus tant à propos de l'indépendance en soi qu'à propos du droit à l'indépendance. «Si le gouvernement central de l'Espagne avait reconnu ce droit et avait dialogué, on n'en serait pas là.»
Le jeune Catalan a hâte de savoir si les siens seront en mesure de voter, dimanche. Il le faut, assure-t-il, au nom de la démocratie. Mais que le vote ait lieu ou non, que le résultat soit reconnu ou non, la Catalogne ressortira changée, croit-il.
«Je suis sûr qu'une Catalogne plus forte et autonome va ressortir de tout cela. Maintenant est-ce que ça va passer par l'indépendance? Je crois que les chances sont de 50-50.»