Tout illuminé, le Tokyo Aquatics Centre, où doivent se dérouler les compétitions aquatiques des Jeux olympiques en 2021, rappelle que la tenue de ceux-ci a été repoussée d’un an en raison de la COVID-19, et que les célébrations risquent d’être beaucoup moins réjouissantes de ce à quoi sont habitués les spectateurs, si elles ont bien lieu.
Tout illuminé, le Tokyo Aquatics Centre, où doivent se dérouler les compétitions aquatiques des Jeux olympiques en 2021, rappelle que la tenue de ceux-ci a été repoussée d’un an en raison de la COVID-19, et que les célébrations risquent d’être beaucoup moins réjouissantes de ce à quoi sont habitués les spectateurs, si elles ont bien lieu.

Un an avant les Jeux de Tokyo

Stephen Wade
Associated Press
TOKYO — Les Jeux olympiques de Tokyo auront lieu dans un an exactement — encore. Mais très peu de gens sont emballés.

Tokyo avait souligné l’événement il y a un an. C’était avant que la pandémie de COVID-19 ne provoque le report des JO et repousse la cérémonie d’ouverture au 23 juillet 2021. Les feux d’artifice avaient éclaté au-dessus de la baie de Tokyo, et des vedettes locales avaient dévoilé les médailles au cours d’un spectacle grandiose.

Il n’y a rien de tout ça cette fois-ci.

Le comité organisateur a présenté un spectacle à huis clos de 15 minutes jeudi à l’intérieur du nouveau stade national; ils ont diffusé une vidéo pour faire la promotion de la cérémonie d’ouverture de l’an prochain. Ils ont aussi souligné la présence de la flamme olympique, qui est arrivée au Japon en mars, mais qui a été cachée au public depuis ce temps.

L’événement, plutôt modeste, s’est déroulé à l’occasion d’une journée pluvieuse - rappelant un peu la morosité ambiante.

Un sondage effectué il y a quelques jours par l’agence de presse japonaise Kyodo a validé les résultats des derniers sondages : les Japonais ne sont pas certains que les JO devraient avoir lieu, et ceux-ci sont toujours incertains d’ailleurs. Le sondage a révélé que 23,9 % des personnes sondées étaient pour la tenue des JO, 36,4 % préféraient les voir reporter de nouveau, et 33,7 % souhaitaient carrément les voir annuler.

Le comité organisateur et le Comité international olympique (CIO) ont écarté la possibilité d’un autre report. Les Jeux de Tokyo seront annulés s’ils ne peuvent avoir lieu en 2021.

«Je ne crois pas que les gens soient fébriles à l’idée de souligner le décompte d’un an [avant le début des JO]», a dit Yoshiro Mori, le président du comité organisateur, la semaine dernière.

Le comité organisateur et le CIO s’affairent à revoir chaque aspect des JO de Tokyo afin de réduire les coûts associés à son report d’un an. Toutefois, un seul élément est intouchable : 11 000 athlètes olympiques et 4400 athlètes paralympiques participeront aux compétitions, qui se dérouleront aux mêmes endroits et dans les mêmes cases horaires que celles prévues initialement.

Cette décision signifie que les détenteurs des droits de télédiffusion — le cœur et l’âme du CIO — ne seront pas affectés par cette analyse en profondeur. Le CIO perçoit 5,7 milliards $ au cours d’un cycle olympique de quatre ans, et 73 % de ce montant provient des droits de télédiffusion. Une autre tranche de 18 % est tirée des commanditaires principaux.

Des droits de télé perdus

Des milliards de dollars en droits de télédiffusion seront perdus si les JO n’ont pas lieu l’an prochain, entraînant d’importantes pertes financières pour le CIO. Il est donc impératif de présenter les JO à la télévision et sur d’autres plateformes, et d’assurer la sécurité des athlètes lorsqu’ils ne seront pas sur un site de compétition. Le réseau américain NBC, la principale source de revenus du CIO, verse en moyenne 1,2 milliard $ pour chaque édition des Jeux olympiques.

Les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022 se dérouleront seulement six mois après ceux de Tokyo. Une annulation aurait des conséquences pour Pékin, sans parler des enjeux relatifs aux droits de l’homme à Hong Kong et du traitement réservé aux Ouïghours. Pékin a obtenu la présentation des JO d’hiver en 2015.

Quant à Tokyo, de nombreuses questions demeurent sans réponse.

Les spectateurs pourront-ils assister aux compétitions? Si c’est le cas, ce seront des spectateurs des quatre coins du monde, ou seulement des Japonais? Les athlètes seront-ils placés en quarantaine à leur arrivée? Un vaccin contre la COVID-19 sera-t-il disponible? Comment les athlètes pourront-ils se déplacer dans l’imposant Village des athlètes tout en respectant les normes de distanciation sociale? Qu’en sera-t-il pour les arbitres, les entraîneurs et les milliers de travailleurs qui oeuvrent en coulisses? Tokyo prévoyait utiliser au moins 80 000 bénévoles pour la durée des JO.

Quoi qu’il en soit, certains chercheurs sont sceptiques. D’autres sont plus optimistes.

Kentaro Iwata, un infectiologue japonais, a dit : «Pour être franc avec vous, je ne crois pas que les Jeux olympiques auront lieu l’an prochain».

Pour sa part, le Dr Ali Khan, un épidémiologue et doyen du College of Public Health de l’Université du Nebraska, croit que les JO peuvent se concrétiser. Le Japon a enregistré environ 1000 morts associés à la COVID-19. Tokyo a été épargnée par la pandémie, même si le gouvernement municipal a déclaré jeudi que 300 nouveaux cas avaient été enregistrés pour la première fois. Le record précédent était de 293, et il avait été établi la semaine dernière.

Le Japon a aussi fermé ses frontières à 129 pays.

«Tout d’abord, le Japon doit renforcer ses mesures pour contrer la propagation et ne plus déclarer de nouveaux cas, comme en Nouvelle-Zélande, a évoqué Khan. Ensuite, ils [les Japonais] devront développer de nouveaux protocoles de gestion pour endiguer la propagation et permettre aux athlètes, au personnel de soutien, aux médias, aux fournisseurs de services et aux spectateurs de circuler. Il faut s’attendre à ce que les participants et les autres visiteurs doivent respecter une quarantaine avant d’arriver à Tokyo, et qu’ils soient ensuite soumis à des tests de dépistage réguliers.»

Le président du comité olympique français, Denis Masseglia, refuse de céder au pessimisme.

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LES JO DE PARIS RESSENTENT AUSSI LA CRISE

PARIS — Privés cet été du tremplin des JO de Tokyo, confrontés aux crises sanitaire et économique, les organisateurs des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024 voient le chemin se rétrécir, entre contraintes budgétaires et risques de promesses non tenues.

«Il y aura des jours meilleurs, c’est certain», a résumé, le 28 juin dernier, le président du comité olympique français Denis Masseglia. Devant son assemblée générale, il a reconnu que les «perspectives ne sont pas au beau fixe pour Tony [Estanguet] et ses équipes» du comité d’organisation (COJO), entre «crise sanitaire», «report des Jeux de Tokyo» et «inquiétude sur la reprise économique doublée d’une éventuelle deuxième vague pandémique».

À quatre ans de la cérémonie d’ouverture, le triple champion olympique de canoë refuse de céder au pessimisme. «Ce projet, il apporte la possibilité de montrer une France enthousiaste, qui va accueillir le monde», avec «5 milliards d’euros de marchés» à la clé, a-t-il affirmé mardi, en marge de la présentation du «club Paris 2024», destiné à associer le grand public aux Jeux.

Plus cher

Mais la réalité est là. D’un côté, le COJO, responsable de l’organisation des épreuves — plus de 300 —, des célébrations et des sites provisoires, va devoir faire des économies, car les revenus attendus des commanditaires s’annoncent plus modestes. La barre était fixée à 1,1 milliard d’euros (1,7 milliard $), sur un budget total de 3,8 (5,9). «C’était une ambition qui était assez prudente. Aujourd’hui, elle devient une vraie ambition qu’il va falloir aller chercher», reconnaît Estanguet, même si «entre 30 et 40 % de la cible [est] déjà atteinte».

De l’autre côté, à la Solideo, l’établissement public chargé des grands chantiers qui vont démarrer en 2021, comme le village olympique à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) où seront accueillis les 10 500 athlètes, on s’attend aussi à voir l’addition grimper, notamment à cause d’une hausse des coûts dans le BTP. Ainsi, la facture totale prévisionnelle du centre aquatique, qui se dressera en face du Stade de France, toujours à Saint-Denis, est passée de 113 à 174,7 millions d’euros (de 175 à 271,2 millions $).

L’histoire va-t-elle se répéter pour Paris-2024, condamnée comme les éditions précédentes à voir son budget flamber? Sous couvert d’anonymat, un acteur du projet résume l’équation : «soit on augmente l’enveloppe» de la Solideo, qui s’élève à 3 milliards d’euros [4,65 milliards $], dont 1,5 milliard [2,32 milliards $] de fonds publics de l’État et des collectivités, «soit il faudra couper dans les projets».

Seine-Saint-Denis 

Qu’il semble loin le temps où, fin décembre 2019, les équipes du COJO annonçaient, enthousiastes, deux sites supplémentaires, l’un pour le surf à Tahiti, sur «la plus belle vague du monde» de Teahupo’o, l’autre sur la prestigieuse place de la Concorde à Paris pour les sports dits urbains (escalade, basket trois contre trois, BMX freestyle, breakdance, skateboard).

Désormais, l’ensemble de la carte de Paris-2024 est en train d’être revu et «il y aura peut-être un jeu de chaises musicales», comme ce fut déjà le cas en 2018 après une première alerte sur les coûts, affirme Estanguet, qui envisage de «mutualiser» certains sites.

Lesquels? Les regards semblent braqués sur la zone olympique du Bourget, où doivent se tenir les épreuves de tir, de volley-ball, et où doivent se dresser le centre et le village des médias, reconverti comme le village olympique en quartier de logements après les JO.

Sans s’avancer, Tony Estanguet pointe les retards dans la livraison des lignes 16 et 17 du métro du Grand Paris, qui ne desserviront probablement pas le secteur à temps. Et d’ajouter, à propos du village des médias, qu’«il n’y a pas de besoin fort pour Paris-2024» et que «ce sera aux acteurs publics de voir : est-ce qu’ils veulent adapter [sa] dimension, est-ce qu’on le laisse tel quel?»

Les négociations s’annoncent tendues avec les élus de Seine-Saint-Denis, où les acteurs des Jeux ont toujours promis un héritage fort, dès l’époque de la candidature française.

«Le cœur des JO, c’est la Seine-Saint-Denis, c’est une condition de l’engagement de la Seine-Saint-Denis dans ce projet», tonnait début juillet le président de son conseil départemental, Stéphane Troussel. «Il n’est pas question de dépouiller notre territoire de l’héritage des Jeux», ajoutait-il. Un premier dossier chaud pour le préfet Michel Cadot, qui a succédé mercredi au nouveau premier ministre Jean Castex comme délégué interministériel aux JO. Andréa Bambino, Agence France-Presse