Des migrants essaient d'atteindre la Grèce pour fuir la Turquie. 

Turquie-Russie: nouvelles tensions après une réconciliation spectaculaire

PARIS — La brusque escalade entre forces syriennes et turques à Idleb a brisé l’entente entre Ankara et Moscou, qui coopéraient étroitement, notamment en Syrie, après avoir surmonté une grave crise diplomatique fin 2015.

Les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, qui ont la main sur le dossier syrien avec l’Iran, ont tous les deux des relations tendues avec les Occidentaux.

2015: Avion russe abattu

Le 24 novembre 2015, un chasseur-bombardier Su-24 russe est abattu par deux chasseurs turcs F-16. Ankara affirme qu’il se trouvait dans l’espace aérien turc, Moscou assure qu’il a été abattu dans le ciel syrien.

L’incident provoque la colère de la Russie qui dénonce «un coup de poignard dans le dos» et impose une série de sanctions contre la Turquie.

2016: Erdogan en Russie

Le 27 juin 2016, M. Erdogan adresse un message au président russe dans lequel il exprime, selon lui, des «regrets» et des «condoléances» pour le pilote russe tué. Le Kremlin évoque des «excuses» turques.

Le 29, M. Poutine ordonne la levée des sanctions dans le domaine touristique et la «normalisation» des relations commerciales.

En juillet, il est l’un des premiers dirigeants étrangers à l’appeler après le putsch raté en Turquie, pour souhaiter un «retour rapide à la stabilité».

Le 9 août 2016, MM. Poutine et Erdogan promettent une «difficile» réconciliation lors de leur première rencontre à Saint-Pétersbourg.

2017: Entente sur la Syrie

La Russie, principale alliée avec l’Iran du régime de Bachar al-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles, renforcent leur coopération sur le dossier syrien.

En janvier 2017, les trois pays lancent le processus d’Astana, capitale du Kazakhstan (depuis rebaptisée Nur-Sultan), sans les États-Unis, invitant représentants du régime et rebelles à des pourparlers.

Le processus débouche sur la mise en place de «zones de désescalade» en Syrie.

En mars 2017, MM. Erdogan et Poutine se félicitent d’avoir entièrement normalisé leurs relations. «Nous considérons la Turquie comme notre partenaire le plus important», souligne M. Poutine, qui ordonne fin mai la levée de la majorité des sanctions.

2018: Accord sur Idleb

En septembre 2018, MM. Poutine et Erdogan, réunis dans la station balnéaire russe de Sotchi, se mettent d’accord pour instaurer une «zone démilitarisée» en Syrie devant séparer les territoires aux mains des insurgés des zones gouvernementales et éviter une offensive du régime dans la province d’Idleb.

Cette zone sera contrôlée par les forces turques et la police militaire russe, selon Moscou.

2019: Coopération

En juillet 2019, Ankara annonce le début de la livraison de missiles russes S-400, en dépit des mises en garde répétées des États-Unis.

L’achat de ce système de défense antiaérienne est un sujet de frictions majeur entre Ankara et Washington, qui estime que les S-400 ne sont pas compatibles avec les dispositifs de l’OTAN, dont la Turquie est membre.

Le 8 janvier 2020, les présidents turc et russe inaugurent officiellement le gazoduc TurkStream qui acheminera en Turquie et en Europe du gaz extrait en Russie, lors d’une cérémonie en grande pompe à Istanbul.

M. Erdogan qualifie l’ouverture de ce gazoduc d’«événement historique pour les relations turco-russes et la carte énergétique régionale».

Février 2020: Escalade en Syrie

Le 3 février, des combats d’une violence inédite entre soldats syriens et turcs font une vingtaine de morts dans cette région.

Le 27 février, l’armée turque essuie ses plus lourdes pertes en une seule attaque depuis le début de son intervention en Syrie en 2016 avec la mort de plus de trente soldats dans des frappes aériennes attribuées par Ankara à l’armée syrienne.

Depuis décembre 2019, le régime de Bachar al-Assad mène une offensive meurtrière pour reprendre le bastion rebelle d’Idleb et la progression de ses forces a provoqué des frictions entre Moscou et Ankara.