Le discours de Donald Trump, retransmis sur les grandes chaînes, a attiré 43 millions de téléspectateurs : c'est plus que Barack Obama l'an dernier (31 millions).

Trump se délecte de l'accueil de son discours

Le président Donald Trump semblait avoir rassuré le camp républicain et une partie des Américains avec son premier discours devant le Congrès, mais la bataille ne fait que commencer pour concrétiser de grands chantiers encore mal définis dans leurs détails.
Surfant sur cette vague positive, le locataire de la Maison-Blanche est resté presque invisible mercredi, recevant des chefs parlementaires pour planifier les prochains mois et tenter de parvenir à un consensus sur les ambitieuses réformes de la santé et des impôts.
Le nouveau décret annoncé sur l'immigration, après la suspension en justice du décret controversé fermant les frontières aux ressortissants de sept pays musulmans, n'a toujours pas été dévoilé. «C'était un discours très, très fort», a estimé Ted Cruz, ex-rival des primaires. «Il était différent du discours d'investiture, et c'est, en partie, car il a passé six semaines dans la fonction, cela pèse sur une personne».
«Ce président a été élu par des démocrates, par les travailleurs, les chauffeurs de camion, les garagistes, des hommes et des femmes qui ont les mains calleuses. Il s'est adressé à eux hier [mardi] soir», a ajouté le sénateur du Texas.
«C'était un home run, un touch­down, un panier à trois points... fantastique», a affirmé l'élu Adam Kinzinger, additionnant les métaphores sportives américaines.
Sur un ton mesuré, citant les anciens présidents Lincoln et Eisenhower et la Bible, Donald Trump a développé sa ligne de «l'Amérique d'abord», mais sans prononcer la fameuse formule.
Le chef de l'État américain a expliqué qu'il entendait relancer l'économie et l'industrie, renforcer la défense, lutter contre la délinquance, expulser plus de clandestins jugés dangereux, et abroger la réforme de la couverture-maladie de son prédécesseur. «Ce n'était pas un nouveau départ», a insisté son porte-parole, Sean Spicer, qui s'est félicité de «l'élan» créé par l'événement.
Donald Trump a aussi tendu la main à l'opposition démocrate, reprenant sa promesse d'un programme de grands travaux de 1000 milliards de dollars et de congés familiaux payés.
Démocrates désarmés 
Les sondages sont positifs : 76 % des téléspectateurs interrogés par CBS News/YouGov ont approuvé l'allocution, tandis que 70 % des téléspectateurs se sentaient plus optimistes après avoir écouté le président, selon un sondage CNN/ORC.
L'événement de mardi, retransmis sur les grandes chaînes, a attiré 43 millions de téléspectateurs : c'est plus que Barack Obama l'an dernier (31 millions), mais moins que la première fois du président démocrate en 2009 (52 millions).
«MERCI!» a tweeté le milliardaire.
Au Congrès, l'opposition démocrate a été comme désarçonnée. Les élus étaient venus avec la ferme intention d'exprimer leur rejet de la politique du républicain, et beaucoup ont refusé d'applaudir.
Mais ils ont été forcés de prendre acte du changement de ton.
«C'était bien moins sombre que le discours d'investiture. Il a essayé de tendre la main», commentait John Larson, élu du Connecticut. «Mais le diable se niche dans les détails», a-t-il prévenu.
Dans les détails, Donald Trump est resté suffisamment vague pour que chaque faction y trouve son compte.
S'il a tenu bon sur le socle des idées républicaines, son plan d'infrastructures n'est pas au goût des ultraconservateurs, de même que les crédits d'impôt auxquels il a fait allusion.
Les sénateurs républicains devaient se réunir mercredi pour tenter de faire émerger un consensus pour l'instant introuvable sur cette réforme.
Victoire d'opposants à une dilution du vote des Noirs
La Cour suprême des États-Unis a donné raison mercredi à des démocrates qui dénonçaient un découpage de certaines circonscriptions électorales américaines diluant l'influence des Noirs.
La haute cour a jugé irrecevables les arguments d'un tribunal de Virginie qui avait validé la quasi-totalité d'une carte très controversée des circonscriptions parlementaires de cet État républicain.
Les huit sages ont en conséquence partiellement annulé ce jugement de première instance et enjoint le tribunal de reconsidérer l'affaire en tenant compte de leur interprétation du cadre constitutionnel de la représentation des minorités.
Les législateurs de Virginie sont accusés d'avoir concentré les Noirs en redessinant certaines circonscriptions, afin de diminuer leur influence dans d'autres circonscriptions.
Derrière cette distribution ethnique se cache un calcul politique : les Noirs sont supposés voter majoritairement pour les démocrates. À l'opposé, les Blancs penchent davantage pour les républicains.
Vote des minorités menacé sous Trump 
L'arrêt rendu par la Cour suprême prend un relief particulier alors que les organisations de défense des droits civiques redoutent un durcissement de l'accès au vote pour les minorités sous Donald Trump.
L'histoire des États-Unis accumule en effet les exemples de restrictions en la matière, même si les discriminations raciales sont illégales depuis le Voting Rights Act de 1965.
La décision a été rédigée par le juge conservateur modéré Anthony Kennedy et endossée par cinq autres magistrats de la haute cour.
Deux juges conservateurs, Samuel Alito et Clarence Thomas, n'ont approuvé qu'une partie de l'arrêt, écrivant chacun une opinion de désaccord ciblant certains points de droit.
Durant l'audience sur ce dossier en décembre, le juge progressiste Stephen Breyer avait pris en exemple la circonscription numéro 71 de la Virginie, ainsi qu'elle a été redessinée.
«Ils en ont sorti 11 293 personnes et y ont fait entrer 17 000. Celles qu'ils ont sorties étaient aux trois quarts blanches et celles qu'ils ont fait entrer étaient aux trois quarts noires. Il me semble qu'ils ont beaucoup pris en compte la race», avait souligné M. Breyer.
L'État de Caroline du Nord se voit également reprocher d'avoir eu recours au même procédé, après que les démocrates y ont perdu la majorité à la Chambre des représentants.
Le Voting Rights Act demande toutefois aux États de prendre en compte des données raciales afin de permettre aux minorités locales d'obtenir des élus, mais sans que ceci ne devienne le facteur principal.
Or, selon l'organisation The Campaign Legal Center, les législateurs républicains des États concernés ont au contraire augmenté la concentration des électeurs noirs dans des circonscriptions où ils étaient déjà en mesure d'élire les candidats de leur choix.
Cela permet, selon le principe des vases communicants, d'atténuer l'influence des votants noirs dans d'autres zones.
Revirement sur le Texas 
Cette semaine, le gouvernement a effectué un revirement à 180 degrés, par rapport à l'ancienne administration de Barack Obama, sur une loi électorale du Texas qu'une cour d'appel fédérale avait jugée discriminatoire.
Ce texte adopté en 2011 par le grand État républicain du Sud conservateur impose l'utilisation d'un certain type de papiers d'identité dotés d'une photographie pour voter, mais interdit une série d'autres documents officiels.
Par exemple, un permis de port d'arme ou une carte militaire sont acceptés, mais pas un document d'identité fédéral ou une carte d'étudiant.
Les adversaires de cette loi affirment qu'elle a pour objectif d'écarter les électeurs noirs et hispaniques. C'était également l'interprétation du précédent gouvernement.
Au contraire, la nouvelle position gouvernementale -dans un argumentaire transmis par le ministère de la Justice- est que la loi ne vise qu'à lutter contre la fraude électorale et non à entraver le vote de certaines catégories de la population.
La science du découpage électoral est une antique recette des partis politiques américains pour s'assurer des avantages.
La technique est appelée «gerrymandering», un mot-valise composé du nom d'un gouverneur républicain du XIXe siècle, Elbridge Gerry, et de la deuxième partie de «salamander».
M. Gerry avait en effet remanié une circonscription de son État au point de lui donner la forme d'une salamandre (en anglais : «salamander»).
Ce découpage est devenu le synonyme d'un remaniement arbitraire de la carte électorale pour avantager un parti.  AFP
50 pays veulent contrer le décret de Trump sur le financement de l'avortement
La ministre de la Coopération internationale, Marie-Claude Bibeau, sera présente au nom du Canada à une conférence internationale sur la planification familiale organisée jeudi à Bruxelles.
Une cinquantaine de pays, dont le Canada, assisteront à une conférence internationale sur la planification familiale organisée jeudi à Bruxelles.
Depuis son entrée en fonction, le président américain Donald Trump a signé un décret interdisant le financement des organisations internationales liées à l'avortement, créant un manque financier pour celles-ci. C'est donc sur ce thème que portera la rencontre, ont expliqué les organisateurs, mercredi.
Les participants ont accepté d'assister à la conférence malgré un court préavis.
«Ce ne devrait pas être un moment où nous reculons dans une époque qui était sombre pour les femmes et les filles», a déclaré le vice-premier ministre belge, Alexander De Croo.
Le décret de Donald Trump, l'un de ses premiers en tant que président, prive d'environ 500 millions $ US par an les organisations internationales qui effectuent des avortements ou fournissent des informations sur l'avortement.
Selon les représentants de nombreux pays européens et d'ailleurs dans le monde, cette nouvelle interdiction nuira aux femmes et aux filles qui ont le plus besoin de services de planification familiale.
«Ce sont 50 pays qui disent : «relevons nos manches et défendons les valeurs que nous jugeons importantes», a illustré M. De Croo.
La Belgique et plusieurs autres pays se sont déjà engagés à verser au moins 10 millions d'euros chacun. Outre les gouvernements, les philanthropes et les donateurs privés seront invités à contribuer lors de la conférence.
Les pays européens ne seront pas les seuls représentés jeudi. Le Canada et plusieurs pays africains et asiatiques auront aussi des représentants à la conférence, de même que l'Union européenne et les Nations unies.
La ministre de la Coopération internationale, Marie-Claude Bibeau, sera présente au nom du Canada.  AP