Le décret Trump a provoqué des manifestations et des scènes de chaos et de confusion dans les aéroports américains. S'ajoute maintenant une bataille judiciaire.

Trump promet la victoire de son décret migratoire

Après avoir essuyé coup sur coup deux revers judiciaires sur son décret anti-immigration, Donald Trump se déclare certain de remporter la manche décisive. Sa mesure emblématique a pourtant du plomb dans l'aile et la bataille s'annonce ardue.
Instauré à la surprise générale le 27 janvier, son décret de fermeture partielle des frontières a subi en deux semaines deux coups d'arrêt dans l'ouest des États-Unis: le 3 février, un juge de Seattle en a bloqué l'application. Jeudi, la cour d'appel de San Francisco a maintenu cette suspension.
Irrité par ce double camouflet, M. Trump a immédiatement dénoncé une «décision politique» et sonné la riposte en donnant «rendez-vous au tribunal».
«Notre système judiciaire est détraqué!» a-t-il écrit sur Twitter samedi, en lui reprochant de permettre l'entrée de réfugiés originaires de «pays suspects».
Il avait martelé la veille n'avoir «aucun doute» sur sa victoire finale en justice.
L'examen des options disponibles pour l'exécutif et l'étude de l'arrêt de la cour d'appel ne justifient pas un tel optimisme.
Au terme d'une journée à évaluer la meilleure stratégie à suivre, la Maison-Blanche trahissait d'ailleurs vendredi soir une impression de grande hésitation.
Le gouvernement a, dans un premier temps, annoncé se résoudre à ne pas demander l'intervention de la Cour suprême, renonçant ainsi à la voie la plus rapide pour obtenir une éventuelle annulation de l'arrêt d'appel.
Pour M. Trump et son administration, ce choix est en effet risqué, la plus haute juridiction américaine restant composée de huit magistrats équitablement partagés entre progressistes et conservateurs.
Une décision de la haute cour à égalité quatre contre quatre laisserait valide l'arrêt des juges de San Francisco. Soit un troisième camouflet - au sommet cette fois - pour le nouveau président.
Hésitation et volte-face
Plus tard, la Maison-Blanche a fait savoir par son secrétaire général, Reince Priebus, que toutes les cartes restaient sur la table. C'est-à-dire soit un recours devant la Cour suprême, soit un éprouvant combat sur le fond du dossier devant les juridictions inférieures.
Jeudi, les trois juges de San Francisco n'ont en effet répondu qu'à la question de savoir si l'ordonnance de suspension prise en urgence par le juge fédéral James Robart de Seattle devait être annulée ou pas. La cour d'appel n'a abordé que partiellement la question fondamentale de la validité du décret.
L'hypothèse d'une audience sur le fond ouvrirait la voie à de multiples requêtes et recours, devant un tribunal qui doit encore être fixé: soit le juge Robart de Seattle, soit les trois juges de San Francisco ou, dernière possibilité, cette même cour d'appel fédérale siégeant en formation collégiale avec 11 magistrats.
Comme s'il était besoin d'en rajouter dans la complexité du dossier, Donald Trump a évoqué vendredi une autre piste: dans son avion le menant en Floride, il a dit envisager une nouvelle mouture de son décret.
Face au danger que cela soit vu comme un aveu d'échec, le président pourrait enrober ce texte remanié de nouvelles mesures. Il l'a annoncé pour la semaine prochaine au nom de «la sécurité du pays».
Mais quel que soit le terrain de l'affrontement juridique appelé à se poursuivre, l'arrêt rendu jeudi va peser lourd.
Dans leur décision de 29 pages rendue à l'unanimité, les magistrats de San Francisco enfoncent des coins profonds dans les arguments du président américain.
Arguments massue
La cour a notamment estimé que le gouvernement n'avait pas démontré l'imminence de graves atteintes à la sécurité des États-Unis.
Elle a rejeté l'affirmation gouvernementale selon laquelle la mise en place du décret n'avait imposé des contrôles renforcés qu'à seulement 109 personnes. Parlant d'un impact «étendu», la cour a évoqué les milliers de visas abruptement annulés, les centaines de voyageurs interdits d'embarquer et les détentions.
La cour a balayé l'argument de l'exécutif selon lequel la fermeture temporaire des frontières était une prérogative absolue du président des États-Unis. «La justice fédérale conserve la faculté de se prononcer sur la constitutionnalité des décrets», a-t-elle souligné.
Enfin, les magistrats ont refusé de trancher la question de savoir si le décret présidentiel, qui vise sept pays à forte majorité musulmane, était discriminatoire sur le plan religieux.
Mais, et c'est un point crucial, les juges ont ouvert la porte à ce que, dans les futurs débats d'audience, les opposants au décret puissent citer les multiples déclarations anti-musulmanes de M. Trump et de ses conseillers.
«Tout en reconnaissant que les affaires de sécurité nationale étaient du ressort du président, la cour d'appel a refusé de faire l'autruche et a, au contraire, considéré la réalité des faits, c'est-à-dire les conséquences du décret présidentiel et les déclarations univoques et discriminatoires du président», résume à l'AFP le juriste et diplomate David Pressman.
Un mur à moindre coût
Donald Trump a promis samedi de faire baisser «considérablement» le coût du mur qu'il veut construire à la frontière avec le Mexique et dont les estimations se chiffrent en dizaines de milliards de dollars.
«Je ne me suis pas encore impliqué dans le design ou les négociations. Quand je le ferai, comme avec l'avion de combat F-35 ou le programme Air Force One, le prix va baisser CONSIDÉRABLEMENT!» a tweeté samedi le président américain, mettant en avant ses talents d'homme d'affaires auxquels il attribue le rabais accordé au Pentagone par Lockheed Martin sur l'avion de combat furtif et par Boeing pour la construction de nouveaux avions présidentiels.
Donald Trump réagissait à de récentes estimations d'experts selon lesquelles le coût de ce mur sur les 3200 kilomètres de frontière avec le Mexique pourrait largement dépasser les 20 milliards $.
Pendant la campagne, Donald Trump avait chiffré ce chantier à un coût estimé entre 8 milliards et 12 milliards $.
Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a de son côté avancé le chiffre de 15 milliards $ le mois dernier.
Le MIT Technology Review estimait, dans un article daté du mois d'octobre, que la facture serait bien plus salée, jusqu'à 40 milliards $.
Donald Trump a signé le 25 janvier un décret lançant le projet de construction de ce mur renforcé le long de la frontière qui sépare les deux pays.
Le président américain a affirmé à de multiples reprises son intention de le faire financer par le Mexique, ce que Mexico a catégoriquement refusé.