Stormy Daniels a déposé un recours en justice début mars contre le président américain, pour faire invalider l’accord de confidentialité conclu avec lui en novembre 2016, au motif que le milliardaire n’a pas personnellement posé sa signature sur le document.

Trump nie toute liaison avec Stormy Daniels

WASHINGTON — Donald Trump dément «fortement et clairement» avoir eu une relation sexuelle avec l’actrice pornographique Stormy Daniels. Au lendemain de la diffusion tant attendue de l’interview de la vedette du X, la réaction de la Maison-Blanche était sans équivoque.

«Je dirais que le président a démenti fortement, clairement et constamment» ces accusations, a assuré lundi Raj Shah, porte-parole adjoint de l’exécutif américain, devant les journalistes.

M. Trump, pourtant prompt à attaquer ses adversaires, n’a jamais publiquement commenté cette affaire.

Reste alors à comprendre pourquoi Michael Cohen, l’avocat personnel du milliardaire, a versé 130 000 dollars à Stephanie Clifford, de son vrai nom, quelques jours avant l’élection présidentielle de 2016, en échange de son silence.

«Il faudra demander à Michael Cohen pour les détails», a évacué M. Shah.

22 millions de téléspectateurs

Dimanche soir, 22 millions de téléspectateurs ont suivi l’entretien de la vedette du porno, diffusée lors du magazine 60 Minutes sur la chaîne CBS, un record d’audience pour ce programme depuis une interview du couple Obama en 2008.

Peu après la diffusion de ces chiffres par CBS, le président a énigmatiquement tweeté lundi matin : «Tellement de “Fake News”. N’ont jamais été aussi nombreuses et fausses. Mais malgré tout, notre pays se porte très bien!».

Lors de l’entretien, Stormy Daniels a raconté au journaliste Anderson Cooper avoir été menacée en 2011 par un inconnu sur un stationnement de Las Vegas, alors qu’elle se trouvait en compagnie de sa jeune fille.

L’actrice venait de donner une interview au magazine In Touch, dans laquelle elle affirmait avoir eu une relation sexuelle avec le magnat de l’immobilier en juillet 2006.

«Laissez Trump tranquille. Oubliez cette histoire», lui aurait lancé l’inconnu. «C’est une très jolie petite fille», aurait-il alors ajouté en regardant l’enfant de Stormy Daniels. «Ce serait dommage que quelque chose arrive à sa mère», aurait-il poursuivi.

Pas de menace 

Cette allégation a, elle aussi, été balayée d’un revers de la main par la Maison-Blanche. «Le président ne pense pas» que Stormy Daniels ait été menacée en 2011, a assuré Raj Shah lundi.

Michael Avenatti, avocat de l’actrice, a pourtant fait part lundi des nombreuses menaces reçues depuis le début de cette histoire par sa cliente, âgée de 39 ans.

«Nous n’avons rien pour l’instant qui les lie à M. Cohen ou M. Trump, soyons clair, mais elle a vraiment peur pour sa sécurité et celle de sa famille», a-t-il dit sur CBS.

M. Avenatti a déjà assuré détenir des preuves de la relation entre sa cliente et le milliardaire. La semaine dernière, il a publié sur Twitter une photo d’un DVD dans un coffre-fort, accompagnée de la légende «Si une image vaut mille mots, combien de mots celle-ci vaut-elle?».

Interrogée dans 60 minutes sur l’existence d’une quelconque preuve (message, photo, vidéo, etc.) qui attesterait de la véracité de ses affirmations, Stormy Daniels s’est refusée à tout commentaire.

Plainte de Stormy Daniels

M. Avenatti a également annoncé mardi après-midi que l’actrice portait plainte contre Michael Cohen pour diffamation. «Ma cliente dit la vérité, et c’est M. Cohen qui a induit le peuple américain en erreur», a-t-il assuré sur MSNBC.

La plainte, déposée devant un tribunal californien, fait notamment référence à un communiqué de l’avocat de M. Trump publié en février, dans lequel il qualifie les affirmations de l’actrice de «pas vraies».

Stormy Daniels a déposé un recours en justice début mars contre le président américain, pour faire invalider l’accord de confidentialité conclu avec lui en novembre 2016, au motif que le milliardaire n’a pas personnellement posé sa signature sur le document.

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COMBAT D'AVOCATS MÉDIATIQUES AUTOUR DE TRUMP

Et si, pour Donald Trump, la menace contre sa présidence n’était pas seulement le procureur spécial Robert Mueller, mais aussi l’actrice de films X Stormy Daniels? En coulisse de ces affaires explosives se déroule une lutte épique entre avocats chevronnés.

Ce combat a ses victimes : le camp Trump a récemment enregistré plusieurs défections retentissantes, un paradoxe quand on sait qu’être recruté pour défendre un président est, pour tout juriste, un couronnement.

Voici les poids lourds sur le ring judiciaire:

Un flamboyant pilote 

L’année dernière, l'avocat de Stormy Daniels a fait condamner le géant des produits d’hygiène Kimberly-Clark à une amende record de 454 millions de dollars dans une affaire de tuniques chirurgicales douteuses.

Des yeux bleus perçants, un teint hâlé de Californien, une vie rythmée par les décharges d’adrénaline : Michael Avenatti a juré d’être le cauchemar de Donald Trump, en lui faisant «cracher le morceau» sur sa relation présumée avec l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels.

Ce pilote de bolides, familier de la jet-set et des circuits de Grand prix, s’affiche sur le site de son cabinet juridique en combinaison de coureur automobile.

Mais c’est un adversaire redoutable également dans les prétoires : l’année dernière, il a fait condamner le géant des produits d’hygiène Kimberly-Clark à une amende record de 454 millions de dollars dans une affaire de tuniques chirurgicales douteuses.

Les contentieux d’affaires dont s’occupent ce quadragénaire célibataire se chiffrent en millions de dollars... uniquement pour les frais judiciaires.

M. Avenatti accuse de mensonge M. Trump, qui nie toute liaison avec la pulpeuse Stormy.

Mais, selon l’avocat qui s’épanouit sous la lumière des projecteurs, là n’est pas le pire : l’actrice «fait l’objet de menaces heure par heure».

Quant à la clause de confidentialité qu’elle a signée en 2016 avec Michael Cohen, l’avocat de M. Trump, il dit que celle-ci est caduque, car il manque la signature du milliardaire.

«On n’en est qu’au début. Nous disposons de toute une série de preuves», a mis en garde M. Avenatti, en promettant des révélations fracassantes «dans les prochaines semaines et mois».

Il a tweeté jeudi une photo énigmatique d’un disque compact dans un coffre-fort, sous-entendant qu’il pourrait avoir des photos compromettantes pour M. Trump.

M. Avenatti est épaulé par l’organisation Common Cause, qui a déposé plainte en accusant M. Cohen d’avoir violé les règles de financement électoral.

«Ce paiement visait à influencer une élection. Il aurait donc dû être mentionné par l’équipe de campagne de Trump. Cela n’a pas été le cas. Il s’agit d’une première infraction à la loi fédérale de financement électoral», a expliqué à l’AFP Paul Ryan, de Common Cause.

«La seconde infraction est que Michael Cohen est autorisé à donner seulement 2700 dollars à un candidat américain. En fait, il a offert 130 000 dollars à Donald Trump en achetant le silence de Stormy Daniels».

Un «pitbull» 

«Je défendrai toujours M. Trump», a assuré l’avocat Michael Cohen. Il a admis avoir versé de ses fonds propres 130 000 dollars à Stormy Daniels, en échange de son silence.

Fidèle défenseur de Donald Trump, Michael Cohen est son avocat personnel. On l’a présenté comme un «pitbull» gardant farouchement la tour Trump.

Ce natif de Long Island a d’abord été démocrate avant de virer républicain. Il a investi dans diverses propriétés immobilières de M. Trump et a rejoint la Trump Organization dans les années 2000. Plus tard, il a été l’un de ses porte-parole de campagne.

«Je défendrai toujours M. Trump», a assuré l’avocat. Il a admis avoir versé de ses fonds propres 130 000 dollars à Stormy Daniels, en échange du silence de la vedette X.

En 2015, M. Cohen avait menacé un reporter du site Daily Beast, qui l’avait contacté à propos d’accusations formulées par Ivana Trump, l’ex-femme du magnat des affaires, qui avait assimilé à un «viol» leurs relations conjugales.

«Si vous écrivez un article incluant le nom de Trump et le mot viol, je ferai de votre vie un enfer», avait averti M. Cohen.

Maison-Blanche: le bateau tangue 

Le président Trump a affirmé dimanche que «beaucoup d’avocats de premier plan» étaient prêts à assurer sa défense face à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller, chargé notamment de prouver une éventuelle entente entre l’équipe de campagne de Trump et Moscou.

Mais, dans les faits, son équipe de juristes se résumait lundi à une «armée d’un homme», selon le New York Times.

Celui-ci, Jay Sekulow, est un conservateur spécialiste des dossiers de liberté religieuse.

John Dowd, l’avocat qui dirigeait l’équipe, a jeté l’éponge jeudi, estimant que ses recommandations n’étaient pas suivies par le président.

Cette démission a renforcé une impression de fébrilité à la Maison-Blanche. Deux autres avocats dont l’arrivée avait été annoncée, Joseph diGenova et Victoria Toensing, ont fait savoir dimanche qu’ils renonçaient.

Un autre ténor du barreau de Washington, Theodore Olson, a décliné l’invitation. Il avait défendu avec succès George W. Bush dans son litige électoral contre Al Gore.

Une vedette féministe 

Dans l’ombre de ces deux dossiers s’active une autre avocate, sans doute la plus célèbre des États-Unis: Gloria Allred représente Summer Zervos, une femme qui accuse Donald Trump de l’avoir embrassée de force en 2007.

Étant donnée la prescription pour agression sexuelle, Mme Allred a assigné M. Trump en justice pour diffamation.

Une magistrate de New York a débouté mardi les conseils du président et jugé que ces poursuites pouvaient continuer.