Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes américaines.

Trump met fin à la protection des dreamers

Donald Trump a mis fin mardi au programme de son prédécesseur Barack Obama qui a permis à des centaines de milliers de jeunes sans-papiers de rester aux États-Unis, une décision qui a provoqué de vives réactions dans le monde politique et économique.
Le sort des quelque 800 000 «dreamers» («rêveurs») qui bénéficient actuellement d'un statut temporaire leur permettant d'étudier et de travailler est désormais extrêmement incertain.
La Maison-Blanche a appelé le Congrès à légiférer dans les six mois, mais un compromis sur l'immigration, sujet qui divise Washington depuis des décennies, est loin d'être acquis.
M. Trump n'a pas immédiatement pris la parole pour expliquer son choix, mais insisté dans un communiqué sur la nécessité de donner «la priorité» aux travailleurs américains, thématique centrale de sa campagne électorale. «Nous devons nous rappeler que les jeunes Américains ont aussi des rêves», a-t-il lancé.
Assurant quelques heures plus tard depuis le Bureau ovale qu'il avait «beaucoup d'amour» pour ces jeunes, il a renvoyé la balle dans le camp du Congrès.
À compter de ce jour, aucune nouvelle demande ne sera examinée. Les permis existants, qui portent sur une durée de deux ans, resteront en revanche valables jusqu'à leur expiration, date à laquelle leurs détenteurs n'auront plus le droit de travailler et pourront théoriquement être expulsés.
La décision a immédiatement provoqué une cascade de réactions indignées, dans le camp démocrate bien sûr, mais aussi chez certains républicains, dans le monde de l'entreprise et au-delà des frontières américaines.
«Triste journée»
Le Mexique, dont sont originaires l'écrasante majorité des enfants et jeunes adultes concernés, a exprimé sa vive inquiétude, réclamant une solution «rapide» pour mettre fin à l'incertitude juridique dans laquelle ces derniers se trouveront dans les mois à venir.
«C'est une triste journée pour notre pays», a lancé Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Microsoft a dit être déçu par cette décision qu'il considère comme «un recul pour le pays tout entier».
Fait rare, Barack Obama est sorti du silence qu'il s'est imposé depuis son départ de la Maison-Blanche pour dénoncer une décision «contre-productive» et «cruelle» pour «ces enfants qui étudient dans nos écoles, ces jeunes adultes qui débutent leur vie professionnelle».
«In fine, c'est une question de décence élémentaire. Il s'agit de savoir qui nous sommes et qui nous souhaitons être», a-t-il lancé.
En l'absence d'avancées législatives, ce dernier avait mis en place en 2012 par décret le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrivals) afin de faire sortir de l'ombre les enfants arrivés illégalement aux États-Unis avec leurs parents, pour la plupart en provenance d'Amérique latine.
Si le Congrès se montrait à nouveau incapable de trouver une solution dans les six mois, «je réexaminerai l'affaire», a prévenu le président américain mardi soir dans un tweet.
Dénonçant la décision prise de manière «unilatérale» par l'ancien président démocrate, le ministre de la Justice Jeff Sessions a estimé mardi qu'elle avait en particulier «privé d'emploi des centaines de milliers d'Américains en permettant que ces emplois soient occupés par des immigrants clandestins».
«Nous ne pouvons accepter tous ceux qui voudraient venir ici, c'est aussi simple que cela», a-t-il déclaré.
«New York se battra»
Le ministre de la Justice du Texas, Ken Paxton, dont l'État était le chef de file de la contestation conservatrice contre le programme, a lui crié «victoire».
Quelques centaines de personnes s'étaient rassemblées devant la Maison-Blanche pour dénoncer, selon les termes de Gustavo Torres, responsable d'une ONG, une mesure qui punit des jeunes qui «sont là depuis des années, travaillent, paient leurs impôts et contribuent à l'économie».
Une grande partie du monde des affaires, en particulier dans la Silicon Valley, était vent debout contre une remise en cause de ce décret qui offre aux jeunes arrivés sur le territoire américain avant 16 ans et n'ayant pas d'antécédents judiciaires l'équivalent d'un permis de séjour d'une validité de deux ans, renouvelable.
«New York se battra pour défendre (ses) dreamers», a annoncé le maire de la ville Bill de Blasio.
Deux sénateurs, l'un républicain, Lindsey Graham, l'autre démocrate, Dick Durbin, ont tenu une conférence de presse commune pour réclamer que le débat sur ce thème débute le plus tôt possible.
«Il n'est pas possible que ces enfants soient les victimes d'un processus politique dysfonctionnel», a martelé M. Graham, soulignant la nécessité d'agir vite pour éviter d'aboutir à l'expulsion de ces jeunes «rêveurs», dont le surnom fait référence au Dream Act, projet de loi de réforme de l'immigration n'ayant jamais abouti.
Plusieurs questions demeurent sur le sort des dreamers
La police a dû intervenir à New York et arrêter une dizaine de personnes afin de disperser les manifestants qui bloquaient l'accès au pont de Brooklyn en réponse à la décision du président Trump de mettre fin au programme Daca.
Le programme gouvernemental aux États-Unis qui protège de la déportation des centaines de milliers de jeunes immigrants arrivés illégalement au pays lorsqu'ils étaient enfants sera abrogé. Mais plusieurs questions demeurent quant au sort des bénéficiaires du programme.
Voici un aperçu du programme et de ce qui attend ses quelque 800 000 bénéficiaires qui ont l'autorisation de travailler aux États-Unis et sont protégés contre la déportation.
QU'EST-CE QUE LE DACA?
Le Daca a été créé par le président Barack Obama en 2012 à la suite de pressions intenses de défenseurs des immigrants qui souhaitaient des mesures pour protéger les jeunes immigrants ayant passé l'essentiel de leur vie aux États-Unis, mais n'ayant pas de statut légal.
Le programme les protège de la déportation - en leur accordant un sursis de deux ans qui peut être prolongé, un permis de travail et un numéro d'assurance sociale.
Les bénéficiaires du Daca ne doivent pas avoir d'antécédent criminel, doivent prouver qu'ils ont été amenés aux États-Unis avant l'âge de 16 ans, et devaient être âgés de moins de 31 ans lorsque le programme a été lancé, mais d'au moins 15 ans au moment de leur inscription.
Il en coûte près de 500 $ pour s'inscrire et les permis doivent être renouvelés aux deux ans. L'inscription et le processus de renouvellement s'étalent sur quelques semaines.
Le Daca n'accorde pas aux bénéficiaires la résidence légale aux États-Unis. Les inscrits obtiennent un sursis temporaire de la déportation et un permis de travail temporaire.
POURQUOI LE DACA?
La frustration a grandi durant l'administration de Barack Obama en raison de l'incapacité persistante du Congrès à adopter le «Dream Act», qui aurait offert une voie vers la citoyenneté américaine aux jeunes immigrants qui en sont venus à être les bénéficiaires du Daca - mieux connus sous le nom de «dreamers».
La plus récente tentative d'importance pour adopter la loi remonte à 2011.
Des défenseurs des droits des immigrants ont organisé des manifestations et pris part à des actes de désobéissance civile dans le cadre d'une campagne visant à inciter M. Obama à agir après que le Congrès eut échoué à adopter la loi.
Le Daca est différent du «Dream Act», car il n'offre pas de voie vers la résidence légale ou la citoyenneté.
POURQUOI METTRE FIN AU DACA?
Le président Donald Trump subissait la pression de plusieurs États américains qui menaçaient de poursuivre son administration si elle n'éliminait pas le programme Daca.
Les États ont argué que le décret de M. Obama créant le programme était inconstitutionnel et que le Congrès devrait prendre la responsabilité de la législation sur cette question.
Des défenseurs des immigrants, des leaders d'affaires, incluant les chefs de la direction de Apple et de Microsoft, des leaders religieux et d'autres intervenants ont exercé des pressions soutenues envers M. Trump pour qu'il maintienne le programme, mais il a décidé de l'abroger.
QU'ARRIVERA-T-IL À PARTIR DE MAINTENANT?
Les jeunes immigrants déjà inscrits dans le programme Daca resteront couverts jusqu'à l'expiration de leur permis de travail.
Si leur permis arrive à échéance avant le 5 mars 2018, ils seront admissibles à un renouvellement pour deux autres années, pourvu qu'ils déposent leur demande d'ici le 5 octobre.
Si leur permis expire après cette date, ils ne seront pas en mesure d'effectuer un renouvellement et pourraient être déportés après l'expiration de leur permis.
Les jeunes «dreamers» qui dépasseront l'échéance d'octobre ne pourront pas demander le renouvellement de leur permis pour demeurer au pays et pourraient faire face à la déportation, bien que l'administration Trump ait déjà dit qu'elle ne fournirait pas activement les renseignements sur ces personnes aux autorités de l'immigration.
Il reviendra au Congrès de prendre le relais et d'adopter une législation pour aider les bénéficiaires du Daca. Un projet de loi présenté plus tôt cette année offrirait une voie vers la résidence permanente légale.
Plusieurs bénéficiaires du Daca disent craindre d'être forcés d'accepter des emplois non déclarés et des salaires plus bas, et estiment qu'ils ne seront pas en mesure de payer leurs études ou de soutenir leur famille financièrement.  AP