Le président du conseil européen Donald Tusk et Donald Trump.

Trump interpellé sur les fuites de Manchester et la Russie

Les Européens ont fraîchement accueilli Donald Trump jeudi lors de sa première visite à Bruxelles, exprimant leurs divergences sur la Russie et leur agacement sur les fuites après l'attentat de Manchester.
À l'OTAN, les Alliés ont pourtant affiché leur bonne volonté pour se concilier le nouveau président américain en acceptant de rejoindre la coalition internationale contre le groupe État islamique et en promettant d'en faire davantage contre le terrorisme.
Mais, au-delà de la pompe déployée jeudi matin à l'Union européenne, les contentieux - notamment à propos de la Russie de Vladimir Poutine - sont vite remontés à la surface.
«Je ne suis pas sûr à 100 % que l'on puisse dire aujourd'hui, Monsieur le Président et moi-même, que nous avons une position commune, une opinion commune au sujet de la Russie», a souligné Donald Tusk, le président du Conseil européen, après une bonne heure d'entretien avec M. Trump.
L'ancien Premier ministre polonais, partisan d'une ligne dure face à Moscou, n'a pas détaillé les sujets de divergence. En Europe de l'Est, l'admiration affichée par le président américain pour son homologue russe est un sujet de préoccupation.
Défendant «les valeurs fondamentales occidentales, comme la paix, les droits de l'Homme, le respect pour la dignité humaine», M. Tusk a estimé que «la plus grande tâche aujourd'hui» pour les États-Unis et l'Europe est «la consolidation du monde libre tout entier autour de ces valeurs, et pas seulement d'intérêts».
«Questions ouvertes»
Après l'entretien, «certaines questions restent ouvertes comme le climat et le commerce», deux domaines où M. Trump prend à contrepied l'Union européenne, qui défend bec et ongles l'accord de Paris contre le réchauffement et le libre-échange, a-t-il insisté.
M. Trump a invité le nouveau président français Emmanuel Macron à déjeuner à l'ambassade américaine à Bruxelles, et au menu des divergences à aplanir à la veille d'une réunion du G7 en Sicile, le climat fait figure de plat de résistance.
M. Tusk a toutefois indiqué qu'il y avait aussi des convergences, «surtout sur le contre-terrorisme», après l'attentat-suicide à la sortie d'un concert à Manchester, qui a fait 22 morts et 64 blessés lundi soir.
Des informations cruciales de l'enquête sur cette attaque revendiquée par le groupe djihadiste État islamique, notamment des images prises sur le lieu de l'explosion, ont fuité mercredi dans la presse américaine, à la fureur des enquêteurs britanniques.
«Je vais clairement dire au président Trump que les renseignements qui sont partagés entre nos services respectifs doivent rester confidentiels», a indiqué la Première ministre Theresa May à Londres, avant de se rendre à Bruxelles pour le sommet de l'OTAN.
Jusqu'ici, la première tournée internationale de M. Trump avait réussi à éviter les controverses lors de ses étapes en Arabie saoudite, en Israël et au Vatican.
Les nombreuses fuites à Washington - y compris les informations confidentielles sur un attentat que préparerait l'EI à l'aide d'un tablette ou d'un ordinateur portable dans un avion, que M. Trump a partagé avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov dans le Bureau ovale - ont déclenché de vives polémiques depuis sa prise de fonction.
Le président américain s'est montré très critique à l'égard de l'OTAN, répétant pendant des mois qu'elle était «obsolète» parce qu'elle ne s'occupait pas suffisamment, à ses yeux, de lutte antiterroriste.
Il compte profiter de son premier sommet avec ses pairs de l'Alliance pour leur réclamer à nouveau d'augmenter leurs dépenses militaires et commencer à corriger le déséquilibre avec Washington, alors que le budget défense américain représente 68% du total des dépenses des Alliés.
Article 5
Les Alliés, qui craignent par dessus tout un désengagement américain, affichent leur volontarisme pour atteindre l'objectif, fixé en 2014, d'un budget défense équivalant à 2% du produit intérieur brut d'ici 2024.
Ils ont aussi accepté que l'OTAN devienne membre à part entière de la coalition internationale contre l'EI, ce que Washington réclamait depuis plus d'un an.
Des pays comme la France, l'Allemagne ou l'Italie étaient jusqu'ici réticents, craignant que cela détériore encore davantage l'image de l'Alliance dans le monde arabe, déjà écornée après l'invasion américaine de l'Afghanistan et la campagne de frappes occidentales en Libye.
Durant la cérémonie au nouveau siège de l'Alliance, la chancelière allemande Angela Merkel et le président Trump doivent dévoiler un morceau du Mur de Berlin, symbole de la fin de la Guerre froide en Europe, et un débris du World Trade Center, en souvenir des attentats du 11 septembre 2001 et de la «lutte commune contre le terrorisme».
De leur côté, les dirigeants européens de l'OTAN ont aussi des attentes.
Ils espèrent que M. Trump dira à cette occasion, pour la première fois publiquement, que les États-Unis souscrivent sans réserve à l'Article 5 du Traité de Washington qui prévoit que tous les Alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression.