Le nouveau secrétaire à la défense des États-Unis, Jim Mattis, s'est rendu la semaine dernière à Bagdad pour apaiser les tensions créées par les propos de Donald Trump dans la région.

Trump examine ses options dans la lutte contre l'EI

La Maison-Blanche a reçu lundi les options proposées par le Pentagone pour intensifier la lutte contre les djihadistes du groupe État islamique (EI) de laisser sa marque sur une bataille commencée il y a deux ans et demi.
Le plan préparé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis va maintenant être discuté par les principaux responsables de l'administration américaine.
Le Pentagone est resté très vague sur le contenu du document présenté par Jim Mattis et n'a donné aucune indication sur le calendrier des décisions à prendre.
Il s'agit simplement de fixer «un cadre pour une discussion à venir», a déclaré le porte-parole du Pentagone Jeff Davis. Ce cadre pour «vaincre rapidement l'EI» est «large» et «global», a-t-il indiqué. Il «n'est pas simplement militaire», et «ne concerne pas seulement l'Irak et la Syrie», a-t-il dit.
Pendant sa campagne, Donald Trump ne s'était pas privé de brocarder les généraux américains et la lenteur des progrès obtenus en Irak et en Syrie contre l'EI. Le 28 janvier, huit jours après son investiture, il avait donné 30 jours au Pentagone pour préparer un nouveau plan accélérant la campagne contre l'EI.
Perte de terrain
Depuis deux ans et demi, les djihadistes ont perdu du terrain en Syrie et surtout en Irak. Mais ils n'ont pas encore été chassés de Mossoul, la ville irakienne d'où les djihadistes avaient symboliquement proclamé leur «califat», ni de Raqa dans l'est de la Syrie, leur capitale de facto.
Parmi les choix possibles, la nouvelle administration américaine peut augmenter le nombre de conseillers militaires américains en Syrie et en Irak, voire autoriser des soldats américains à participer directement aux combats contre les djihadistes.
Barack Obama s'était catégoriquement opposé à cette dernière option. Il a toutefois envoyé plus de 5000 soldats américains en Irak pour entrainer et conseiller les troupes irakiennes. Environ 500 conseillers militaires américains se trouvent en Syrie.
Le général Joe Votel, le chef des forces américaines au Moyen-Orient, n'a pas exclu la semaine dernière lors d'une visite sur le terrain que les effectifs militaires américains puissent être renforcés en Syrie.
«Il se peut que nous soyons obligés de prendre sur nous une charge plus importante», a-t-il dit.
Car si la coalition peut s'appuyer en Irak sur les forces contrôlées par le gouvernement de Bagdad, la situation est beaucoup plus compliquée en Syrie.
Et la coalition n'a pas encore tranché la question de qui devra effectivement reprendre Raqa.
La plus grande partie des gains enregistrés sur les djihadistes dans le pays ont été réalisés par des milices kurdes, qui se sont alliées avec des groupes arabes pour former les Forces démocratiques syriennes (FDS).
Un test important
Les décisions que Donald Trump s'apprête à prendre sur l'EI seront aussi un test de ses relations avec Jim Mattis, son ministre de la Défense, et de l'attelage qu'ils forment ensemble.
Autant Donald Trump n'hésite pas à multiplier les déclarations fracassantes - comme lorsqu'il voulait «bombarder à mort» les djihadistes ou «éliminer» leurs familles - autant l'ancien général Mattis s'est montré mesuré, et soucieux de respecter les alliances traditionnelles des États-Unis.
Trump propose une «hausse historique» des dépenses militaires
«Ce budget respecte ma promesse de protéger les Américains», a déclaré Donald Trump devant les journalistes, lors d'une rencontre avec des gouverneurs à la Maison-Blanche, lundi.
Donald Trump a proposé lundi «une hausse historique» des dépenses du Pentagone pour répondre aux menaces d'un monde «dangereux», une augmentation de 54 milliards de dollars qui serait en particulier compensée par une réduction de l'aide internationale.
À la veille de son premier discours devant le Congrès, le président des États-Unis a affiché, lors d'une rencontre avec des gouverneurs, sa volonté de présenter un budget 2018 qui respecterait sa «promesse de protéger les Américains».
La Maison-Blanche va suggérer une hausse de 54 milliards de dollars pour la Défense, soit une hausse d'environ 9 % d'une année sur l'autre.
Baisse pour les dépenses non militaires
Elle sera compensée par une baisse d'un montant équivalent pour les dépenses non militaires, soit «la proposition de réduction la plus importante depuis les premières années de l'administration Reagan (1981-1989)», selon Mick Mulvaney, directeur du Budget.
Évoquant une réduction de l'aide internationale, ce dernier a mis en avant les promesses de campagne du magnat de l'immobilier : «Nous dépenserons moins à l'étranger et plus chez nous».
L'exécutif a souligné que ce n'était que le début du processus de consultations, et refusé de rentrer dans le détail des baisses attendues pour le puissant département d'État, responsable de la diplomatie américaine, ou encore de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), en pointe dans la lutte contre le changement climatique.
La présentation détaillée du budget fédéral (d'un montant total de près de 4000 milliards de dollars) n'est cependant pas attendue avant plusieurs mois. Et les discussions s'annoncent, comme chaque fois, ardues avec le Congrès qui tient les cordons de la bourse.
La défense représente environ la moitié des dépenses du budget de fonctionnement de l'État fédéral, qui elles-mêmes ne représentent qu'environ un tiers des toutes les dépenses fédérales (les deux autres tiers concernent les grands programmes sociaux de santé et de retraite).
«Vous en saurez plus demain (mardi) soir», a ajouté M. Trump. «Ce sera un événement majeur, un message au monde en ces temps dangereux, sur la force et la détermination de l'Amérique», a encore dit le président septuagénaire qui avait évoqué il y a quelques jours «la plus grande montée en puissance de l'armée de l'histoire de l'Amérique».
Inquiétudes sur la diplomatie 
Cette annonce a été immédiatement dénoncée avec force par les élus de l'opposition.
Le chef des démocrates du Sénat, Chuck Schumer, a jugé que ce projet de budget reviendrait à faire des coupes sombres dans les programmes «qui bénéficient à la classe moyenne, protègent les consommateurs de Wall Street et assurent la qualité de l'air et de l'eau».
Soulignant que le leadership américain dans le monde reposait sur une palette d'outils, son collègue Chris Coons a insisté sur l'impérieuse nécessité de continuer à investir dans la diplomatie et le développement. Et a rappelé les propos de 2013 du général Jim Mattis, aujourd'hui chef du Pentagone : «Si vous ne financez pas complètement le département d'État, je dois acheter plus de munitions».
Début février, des chefs militaires américains avaient décrit devant le Congrès une armée américaine affaiblie par des années de ressources budgétaires insuffisantes et près de deux décennies de conflits. S'ils ont déjà convaincu Donald Trump, c'est le Congrès qui tient in fine les cordons de la bourse.
Profitant des retraits de troupes américaines d'Irak et d'Afghanistan, son prédécesseur démocrate, Barack Obama, avait réduit les dépenses militaires.
À 3,3 % du PIB, soit près de 600 milliards de dollars, elles restent toutefois de loin les plus importantes du monde.
Elles sont près de trois fois supérieures à celles de la Chine, la deuxième puissance militaire mondiale, et plus de huit fois supérieures à celles de la Russie, selon les chiffres de l'institut de référence suédois Sipri.
«Nous devons gagner, nous devons commencer à de nouveau gagner des guerres», a lancé Donald Trump devant les gouverneurs, reprenant des propos de campagne.
«Quand j'étais jeune, tout le monde disait que nous ne perdions jamais de guerre. Vous vous souvenez? L'Amérique ne perdait jamais. Et maintenant, nous ne gagnons jamais de guerre».
Bush Jr critique les propos de Trump contre les médias
L'ancien président américain George W. Bush a critiqué les attaques de Donald Trump contre la presse, lors de très rares commentaires publics. Bush, qui n'a pas été épargné par les médias pendant ses huit ans à la Maison-Blanche, ne partage pas le point de vue de son successeur qui voit dans la presse «un ennemi du peuple américain». «J'estime que les médias sont indispensables à la démocratie. Les médias sont indispensables pour que des gens comme moi aient à rendre des comptes», a dit l'ancien président. George W. Bush, qui publie un livre consacré à ses peintures, a souligné que «le pouvoir peut être très addictif et corrosif, et il est très important que les médias demandent des comptes à ceux qui abusent du pouvoir».