Des responsables épiscopaliens de Nouvelle-Angleterre ont dans un communiqué dénoncé un acte «honteux et moralement répugnant», le président voulant «prétendre avoir le soutien des chrétiens et celui de l’Église épiscopalienne» en se livrant à cette séance photo.
Des responsables épiscopaliens de Nouvelle-Angleterre ont dans un communiqué dénoncé un acte «honteux et moralement répugnant», le président voulant «prétendre avoir le soutien des chrétiens et celui de l’Église épiscopalienne» en se livrant à cette séance photo.

Trump et sa bible: des chefs religieux américains furieux

WASHINGTON — Des dirigeants religieux américains ont dénoncé mardi les violences policières à Washington et fustigé la décision de Donald Trump la veille de faire disperser violemment des manifestants pour se faire photographier devant une église dégradée, une bible à la main.

«C’était traumatisant et profondément insultant dans le sens où quelque chose de sacré était détourné pour une posture politique», a dénoncé sur la radio publique NPR Mariann Budde, l’évêque épiscopalienne de Washington.

Selon elle, le milliardaire républicain, qui compte parmi ses partisans nombre de chrétiens évangéliques, a utilisé «le pouvoir symbolique de notre livre sacré et l’a tenu dans la main comme si c’était la justification de ses positions et de son autorité».

Au moment de la dispersion, «la manifestation était totalement pacifique» et il n’y avait «pas de justification» à l’emploi de la force, a dit l’évêque.

Au moment où il s’exprimait, plusieurs centaines de personnes protestant à l’extérieur de l’enceinte présidentielle étaient dispersées à coups de gaz lacrymogènes.


« C’était traumatisant et profondément insultant dans le sens où quelque chose de sacré était détourné pour une posture politique. »
Mariann Budde, l’évêque épiscopalienne de Washington

L’objectif était de libérer le champ vers l’église Saint John, bâtiment emblématique tout proche appartenant à l’Église épiscopalienne qui avait été dégradée dimanche soir par des casseurs. Le président s’y est rendu à pied, entouré de membres de son cabinet, pour s’y faire photographier, une bible en main.

D’autres responsables épiscopaliens de Nouvelle-Angleterre ont dans un communiqué dénoncé un acte «honteux et moralement répugnant», le président voulant «prétendre avoir le soutien des chrétiens et celui de l’Église épiscopalienne» en se livrant à cette séance photo.

La visite mardi du président et de la première dame au Sanctuaire national Saint Jean Paul II, dans le nord-est de la capitale fédérale, a également fait bondir la hiérarchie catholique.

«Je trouve cela déconcertant et répréhensible qu’un site catholique permette d’être détourné et manipulé d’une façon si flagrante [et] qui viole nos principes religieux», a dénoncé dans un communiqué l’archevêque de Washington, Wilton Gregory.

Le souverain pontife, mort en 2005, «n’aurait certainement pas cautionné l’usage de gaz lacrymogènes et d’autres moyens de dissuasion pour faire taire, disperser ou intimider [les manifestants] pour se faire photographier devant un lieu de prière et de paix», a-t-il ajouté.

LE PRÉSIDENT ACCUSÉ D'UTILISER LE PENTAGONE À DES FINS POLITIQUES

WASHINGTON — Accusé de se faire utiliser par Donald Trump à des fins politiques, le Pentagone cherchait mardi à se distancier du président américain après des propos polémiques du ministre de la Défense Mark Esper et le déploiement de renforts militaires autour de la Maison-Blanche.

Dans un pays où les militaires sont vénérés, le chef du Pentagone Mark Esper a semé l’inquiétude en déclarant lundi que les forces de l’ordre devaient «dominer le champ de bataille» pour rétablir l’ordre, alors que des centaines de milliers d’Américains protestent contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales exacerbées par la crise de la COVID-19.

M. Esper et le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, se sont par ailleurs affichés aux côtés de M. Trump lorsqu’il s’est rendu à pied lundi soir devant l’église Saint John, bâtiment emblématique proche de le Maison-Blanche, dégradé la veille en marge d’une manifestation.

M. Esper était au premier rang des responsables de l’administration, près de Donald Trump, quand celui-ci s’est fait photographier devant l’église avec une bible à la main, quelques minutes après la dispersion brutale, à coups de matraques et de gaz lacrymogène, de manifestants qui protestaient pacifiquement près de la Maison-Blanche.

Le général Milley a été filmé marchant en tenue de camouflage derrière M. Trump. Des images vite reprises par la Maison-Blanche dans une vidéo aux accents électoraux.

Tout ceci a semé la consternation dans l’opposition démocrate et parmi d’anciens responsables militaires.

«Jargon militaire»

Le Congrès s’est emparé de l’affaire. L’influent président de la commission des Forces armées de la Chambre des représentants, Adam Smith, s’est inquiété mardi de la direction «autocratique» du président Trump et de «la façon dont elle affecte le jugement de la hiérarchie militaire».

«Le rôle de l’armée américaine dans le maintien de l’ordre sur le territoire est limité par la loi», a-t-il rappelé.

Une loi interdit en effet d’utiliser des soldats d’active dans des missions de maintien de l’ordre, sauf en cas d’insurrection. En cas de désordres publics, il revient à chaque État américain de faire appel à d’anciens policiers réservistes de la Garde nationale.

Les minorités sont largement représentées au sein de l’armée américaine, considérée comme un ascenseur social, et le malaise était palpable parmi les militaires une semaine après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc.

«Je suis George Floyd», a notamment tweeté l’adjudant de l’US Air Force Kaleth Wright, un des militaires noirs américains les plus en vue. «Comme la plupart des aviateurs noirs, je suis outré de voir un autre homme noir mourir à télévision sous nos yeux».

«Ce qui arrive trop souvent dans ce pays à des hommes noirs victimes de brutalités policières [...] pourrait m’arriver à moi», a-t-il ajouté dans des messages ayant reçu un large écho.

Il a notamment reçu le soutien public du plus haut gradé de l’armée de l’Air, le général Dave Goldstein, qui dans une lettre aux commandants d’unités, a qualifié la mort de George Floyd de «tragédie nationale» et annoncé qu’il participerait mercredi avec l’adjudant Wright à un débat en ligne sur le racisme.

Le président Donald Trump entouré du procureur général William Barr, de son chef de cabinet Mark Meadows et de la secrétaire de presse de la Maison-Blanche Kayleigh McEnany.