Donald Trump s'est dit «déçu» et «un peu surpris» après avoir officiellement échoué dans sa tentative de démanteler le plan d'assurance santé instauré par son prédécesseur, Barack Obama.

Trump échoue dans sa tentative d'abroger Obamacare

Donald Trump a essuyé vendredi une défaite personnelle retentissante au Congrès, où la majorité républicaine a été forcée de retirer un texte visant à abroger Obamacare, une grande promesse de campagne du président américain.
Plus de deux mois après son accession au pouvoir, Donald Trump voit ainsi un deuxième grand projet du début de son mandat échouer, après la suspension par la justice de ses deux décrets visant à fermer les frontières aux réfugiés et aux ressortissants de plusieurs pays musulmans.
«Cela s'est joué à très peu de choses», a déclaré M. Trump dans le Bureau ovale, d'un ton calme et posé. Il s'est dit «déçu» et «un peu surpris», mais a refusé d'accabler son parti, reportant la faute sur la minorité démocrate.
Ce sont pourtant bien les dissensions au sein de la majorité de la Chambre des représentants qui ont coulé le projet de remplacement d'Obamacare, loi signée en 2010 par Barack Obama et contre laquelle les républicains ont continuellement fait campagne depuis sept ans.
Un vote, d'abord prévu jeudi puis repoussé à vendredi, a finalement été annulé quelques minutes avant.
«Passer d'un parti d'opposition à un parti de gouvernement peut donner lieu à une crise de croissance», a déclaré le président de la Chambre Paul Ryan, lors d'une conférence de presse au Capitole. «Aujourd'hui, nous ressentons cette crise de croissance».
Le speaker a aussi confirmé une évidence: «Obamacare est la loi, et restera la loi tant qu'elle ne sera pas remplacée». Aucun retour de cette réforme emblématique n'est envisagé à court terme.
«C'est donc cela, l'art des affaires», a raillé le chef de file des sénateurs démocrates, Chuck Schumer, citant le best-seller de l'homme d'affaires, The Art of the Deal. «Je n'ai jamais vu de ma vie une administration aussi incompétente».
L'ancienne candidate démocrate Hillary Clinton a quant à elle salué «une victoire pour les 24 millions de gens qui auraient perdu leur assurance».
Majorité déchirée
Le successeur de Barack Obama s'était considérablement investi dans la promotion du plan républicain, dévoilé début mars. Il a parlé directement à pas moins de 120 parlementaires ces derniers jours.
Mais son ultimatum, formulé jeudi, n'a pas permis de forcer la main des élus récalcitrants de son camp, qu'ils soient modérés ou ultra-conservateurs.
Sur 237 élus républicains, une grosse trentaine s'étaient déclarés contre le texte, s'ajoutant aux 193 démocrates de l'opposition.
M. Trump, selon ses détracteurs, a sous-estimé l'impact réel qu'aurait eu la réforme sur le système de santé, un enchevêtrement d'assurances publiques et privées.
Le texte aurait sabré les aides publiques aux personnes qui n'ont pas d'assurance santé grâce à leur employeur et doivent financer elles-mêmes leur couverture.
Quelque 24 millions de personnes seraient sorties du système d'assurance maladie d'ici à 2026, selon les prévisions. Les coûts individuels auraient augmenté, et des services essentiels instaurés par Obamacare, tels que les urgences et les soins grossesse, n'auraient plus été obligatoirement couverts. Plusieurs républicains modérés ont donc fait défection.
De l'autre côté du parti, les ultra-conservateurs du «Freedom Caucus» disaient que le plan républicain n'était qu'une version édulcorée d'Obamacare, conservait trop de réglementations coûteuses et n'aurait pas permis de faire baisser les prix.
Le pari du milliardaire était que les républicains n'oseraient pas faire échouer la première grande loi du mandat. Les élus ont estimé que le coût politique de soutenir la loi serait plus élevé que celui de défier le président.
Prochaine étape
Donald Trump avait laissé la rédaction de la réforme à Paul Ryan, le quadragénaire qui préside la Chambre depuis 2015, et que plusieurs médias conservateurs pro-Trump ont commencé à accabler.
Mais à la Maison-Blanche comme au Congrès, les républicains évitaient de pointer du doigt publiquement qui que ce soit.
«Franchement, le président Trump a fait du mieux qu'il pouvait pour essayer de vendre un mauvais produit», dit un républicain qui aurait voté non, Mo Brooks. «C'est une expérience utile», a dit un autre élu, Andy Barr.
A fortiori, car M. Trump a besoin de Paul Ryan pour engager le deuxième grand chantier législatif de l'année: une grande réforme fiscale et une baisse d'impôts. Ce revers «rend la réforme fiscale plus difficile, mais pas impossible», a jugé Paul Ryan.