La procureure générale intérimaire Sally Yates, à Washington en juin 2016

Trump congédie la secrétaire à la Justice opposée au décret sur l'immigration

Le président américain Donald Trump a congédié lundi la procureure générale intérimaire Sally Yates, après qu'elle eut refusé de défendre devant les tribunaux le controversé décret sur l'immigration et les réfugiés.
Quelques heures plus tôt, Mme Yates avait demandé aux avocats du département de la Justice de ne pas défendre le décret, disant qu'elle n'était pas convaincue de sa constitutionnalité ou de sa conformité avec l'obligation de l'agence de défendre la justice et le droit.
M. Trump a dit par communiqué que Mme Yates, qui avait été nommée par les démocrates, avait «trahi le département de la Justice en refusant de faire appliquer un décret voué à protéger les citoyens des États-Unis». Il a nommé une procureure fédérale de longue date, Dana Boente, pour la remplacer.
Le décret interdit temporairement l'entrée aux États-Unis des citoyens de sept pays à majorité musulmane.
Le refus de Mme Yates était essentiellement symbolique puisque celui que M. Trump a choisi comme procureur général, Jeff Sessions, acceptera fort certainement de défendre la mesure devant les tribunaux une fois sa nomination confirmée. Son congédiement doit aussi servir de coup de semonce à tous les autres fonctionnaires qui pourraient être tentés de refuser d'obéir aux ordres du nouveau président.
La décision abrupte de Mme Yates illustre la dissension à l'égard du décret-loi, des responsables de l'administration s'étant distanciés de la mesure. Alors que les manifestations se multipliaient au cours de la fin de semaine, notamment dans les aéroports, et que la confusion perturbait les déplacements à travers le monde, certains conseillers de M. Trump et républicains ont affirmé en privé ne pas avoir été consultés à propos de cette mesure. On compte parmi ceux-ci le secrétaire à la Défense Jim Mattis, le secrétaire à la Sécurité intérieure John Kelly, et Rex Tilleron, qui attend la confirmation du Sénat pour devenir secrétaire d'État.
M. Mattis serait furieux de ne pas avoir été consulté, tandis que M. Tillerson aurait confié à des proches du président être «interloqué» d'avoir été laissé dans le noir.
Plusieurs diplomates d'expérience ont fait circuler des ébauches d'un mémo qui prétend que la mesure de M. Trump n'améliore en rien la sécurité des États-Unis. Ils ajoutent qu'elle va plutôt à l'encontre des valeurs américaines et qu'elle alimentera la haine des États-Unis à l'étranger.
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a prévenu que ceux qui ne sont pas prêts à suivre les ordres devraient démissionner.
Le fondateur et grand patron du géant du commerce en ligne Amazon, Jeff Bezos, a quant à lui déclaré que son entreprise est prête à appuyer le procureur général de l'État de Washington, qui conteste le décret de M. Trump devant les tribunaux. Deux autres géants technologiques, Microsoft et Expedia, appuient eux aussi la contestation.