Le président américain Donald Trump a ordonné hier les premières frappes américaines contre le régime de Bachar al-Assad en six ans de guerre civile en Syrie.

Trump confirme que d'autres actions sont possibles en Syrie

Donald Trump, à qui plusieurs élus américains avaient reproché de ne pas avoir consulté le Congrès avant de frapper la Syrie, a écrit samedi aux chefs des deux chambres pour les tenir informés et les avertir que de nouvelles actions étaient possibles.
«J'ai agi pour les intérêts vitaux de la sécurité nationale et de la politique étrangère des États-Unis, conformément à mon autorité constitutionnelle pour conduire des opérations internationales en tant que Commandant en chef», a écrit le président américain aux chefs de la Chambre des représentants et du Sénat.
«Les États-Unis mèneront des actions supplémentaires, si nécessaire et de manière appropriée, pour continuer à défendre leurs importants intérêts nationaux», a-t-il poursuivi.
Dans sa missive aux élus, le président américain détaille qu'il a ordonné cette frappe aux alentours de 20h40 heure de Washington jeudi soir contre la base aérienne d'al-Chaayrate.
«Le renseignement américain indiquait que les forces militaires syriennes opérant sur cette base étaient responsables de l'attaque chimique contre des civils syriens dans la province d'Idleb le 4 avril», a-t-il noté.
«J'ai ordonné cette action pour dégrader l'aptitude de l'armée syrienne à mener d'autres attaques à l'arme chimique et dissuader le régime syrien d'utiliser ou de développer des armes chimiques», a-t-il poursuivi, estimant avoir oeuvré pour «améliorer la stabilité de la région» et éviter que la situation humanitaire ne se détériore davantage.
Les deux chambres sont aux mains de ses alliés républicains, mais certains élus avaient regretté le manque de communication de la Maison-Blanche avant de mener cette frappe.
Des parlementaires avaient notamment souligné que Donald Trump doit demander la permission au Congrès, ou en tout cas son avis, avant de faire la guerre à la Syrie.
Une majorité d'élus, démocrates comme républicains, avaient malgré tout apporté leur soutien à l'initiative du président américain.
«Je fournis ce rapport dans le cadre de mes efforts pour garder le Congrès pleinement informé», a encore souligné le milliardaire républicain.
Donald Trump a par ailleurs noté sur Twitter que les missiles américains avaient épargné les pistes de décollage de la base d'Al-Chaayrate car «elles sont en général faciles et peu chères à réparer».
Dans un tweet précédent, le président américain avait félicité les hommes et les femmes de l'armée américaine «pour avoir si bien représenté les États-Unis et le monde dans l'attaque en Syrie».
Les 59 missiles Tomahawk lancés par deux navires américains en Méditerranée ont fait d'importants dégâts matériels sur les bâtiments de la base et tué huit militaires, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Mais des critiques ont pointé l'inefficacité de ce bombardement, des avions syriens étant en mesure de redécoller de cette base dès vendredi pour mener de nouvelles frappes.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait sa déclaration lors de sa première conversation avec le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson depuis cette attaque, a annoncé la diplomatie russe.
Accusé de faire le jeu des terroristes
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré samedi que la frappe américaine contre le régime syrien «fait le jeu du terrorisme», lors de sa première conversation avec le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson depuis cette attaque, a annoncé la diplomatie russe.
Sergueï Lavrov a assuré à son homologue américain qu'attaquer «un pays qui lutte contre le terrorisme fait seulement le jeu du terrorisme» et «crée des menaces pour la sécurité régionale et mondiale», selon un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.
Il a par ailleurs réaffirmé la position de la diplomatie russe, qui estime que les accusations selon lesquelles le régime syrien a mené attaque chimique sur la localité de Khan Cheikhoun, dans la province d'Idleb, «ne sont pas conformes à la réalité».
Il s'agit de la première conversation entre les chefs des diplomaties américaine et russe depuis l'attaque menée par les Etats-Unis contre la base aérienne syrienne d'al-Chaaryate, en représailles contre l'attaque chimique présumée du régime syrien.
Rex Tillerson est attendu à Moscou les 11 et 12 avril, une visite prévue de longue date. Vendredi soir, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a déclaré que Moscou attendait de cette visite «des explications» de Tillerson sur la frappe américaine.
Rex Tillerson, pour sa part, a estimé vendredi «très décevante» la réponse de la Russie après la frappe punitive américaine.
Les deux responsables militaires ont fait part de leur volonté de poursuivre leur coopération militaire en soutien au président Bachar al-Assad.
Les chefs des armées russe et iranienne veulent poursuivre le combat
Les chefs des armées russe et iranienne se sont entretenus samedi au téléphone au sujet des frappes américaines en Syrie, exprimant leur souhait de poursuivre la lutte contre les «terroristes» et leurs soutiens, ont rapporté des médias iraniens.
Le général Mohammad Bagheri et le général Valery Gerasimov «ont condamné l'opération américaine contre une base aérienne syrienne», la qualifiant d'«agression contre un pays indépendant», a indiqué l'agence officielle Irna.
Les frappes américaines «visent à ralentir les victoires de l'armée syrienne et de ses alliés, et à renforcer les groupes terroristes», ont-ils estimé dans un communiqué.
Les deux responsables militaires ont fait part de leur volonté de poursuivre leur coopération militaire en soutien au président Bachar al-Assad, «jusqu'à la défaite totale des terroristes et de ceux qui les soutiennent», selon l'agence Mehr.
L'Iran et la Russie sont les plus proches alliés du régime de Damas et qualifient tous ses opposants de «terroristes».
Ils ont défendu M. Assad contre les allégations des pays occidentaux affirmant que son armée avait mené une attaque chimique sur la ville rebelle de Khan Cheikhoun mardi, tuant des dizaines de civils.
Plus tôt samedi, le président iranien Hassan Rohani a critiqué son homologue Donald Trump. «Ce Monsieur qui a pris le pouvoir aux État-Unis prétendait vouloir combattre le terrorisme, mais aujourd'hui, tous les groupes terroristes en Syrie ont fait la fête après l'attaque américaine», a-t-il déclaré.