Rex Tillerson s'est installé jeudi aux commandes du département d'État américain. Il fut entre 2006 et 2016 patron du géant pétrolier ExxonMobil.

Trump attise encore les tensions

Le président des États-Unis, Donald Trump, a attisé jeudi les foyers de tensions internationales, tant avec l'allié australien qu'avec l'adversaire iranien, plaçant d'entrée dans une position inconfortable son nouveau chef de la diplomatie, l'ex-patron d'ExxonMobil Rex Tillerson.
Deux semaines après son investiture, le président élu sur un programme nationaliste et isolationniste multiplie les déclarations diplomatiques incendiaires, en général sur Twitter, prenant pour cible des pays rivaux ou adversaires de l'Amérique, comme la Chine ou l'Iran, mais aussi des alliés ou partenaires, comme l'Allemagne, l'Australie ou le Mexique.
«J'adore l'Australie comme pays, mais nous avons un problème», a ainsi lancé Donald Trump depuis la Maison-Blanche, évoquant un accord sur l'accueil de migrants forgé entre Canberra et l'administration de son prédécesseur Barack Obama.
Le président américain a eu un entretien téléphonique houleux la fin de semaine dernière avec le premier ministre australien Malcolm Turnbull, au sujet de cet accord annoncé en novembre et portant sur la réinstallation aux États-Unis d'un millier d'immigrés légaux parqués par l'Australie dans des camps extraterritoriaux.
Admettant que Washington devait «respecter» les engagements pris par l'administration de Barack Obama, Donald Trump s'est dit aussi en droit de s'interroger sur un texte qu'il avait qualifié plus tôt sur Twitter de «stupide».
Contre l'Iran, «rien n'est exclu»
Dans un autre tweet matinal, le 45e président des États-Unis a aussi ravivé les tensions historiques avec Téhéran, alors que son prédécesseur Barack Obama s'était efforcé de les apaiser.
«L'Iran a été formellement MIS EN GARDE pour avoir tiré un missile balistique», a réaffirmé Donald Trump, dénonçant une nouvelle fois l'accord «désastreux» de juillet 2015 sur le nucléaire iranien scellé entre la République islamique et les grandes puissances.
«Rien n'est exclu», a-t-il ensuite répondu à une journaliste qui l'interrogeait sur une action militaire américaine contre Téhéran.
Plusieurs médias américains ont avancé jeudi que la Maison-Blanche était sur le point d'annoncer de nouvelles sanctions ciblées contre Téhéran.
Selon la chaîne CNN, ces sanctions pourraient viser des individus ou des entités liées au programme iranien de missiles balistiques, sans toutefois remettre en cause l'accord sur le nucléaire iranien.
La Maison-Blanche avait mis en garde mercredi l'Iran pour son rôle «déstabilisateur» au Moyen-Orient. La puissance chiite a dénoncé des remarques «sans fondement, répétitives et provocatrices».
Le nouveau locataire de la Maison-Blanche, au programme économique protectionniste, a aussi tapé sur l'une de ses cibles favorites, l'Accord de libre-échange nord-américain entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, qu'il a qualifié de «catastrophe».
Proximité avec Poutine
Donald Trump a toutefois pris la peine d'adouber son nouveau chef de la diplomatie, Rex Tillerson, qui s'est installé jeudi aux commandes du département d'État et va devoir gérer d'entrée une multitude de tensions internationales.
«Certains n'aimaient pas Rex parce qu'il s'entendait bien avec des dirigeants de la planète [...] C'est une bonne chose, pas une mauvaise chose», a lancé le président, en allusion à la proximité de longue date entre l'ancien patron du géant pétrolier ExxonMobil et le président russe Vladimir Poutine, dont M. Trump veut justement se rapprocher.
«Salut, je suis le nouveau gars», a lancé Rex Tillerson sous les rires de 2000 employés du département d'État qui l'ont accueilli dans ce gigantesque bâtiment du sud de Washington, qui pilote le premier réseau diplomatique et consulaire de la planète et ses 75 000 employés.
Si le 69e secrétaire d'État n'a rien dit de ses priorités diplomatiques, il a reconnu que les États-Unis sortaient d'une «élection extrêmement disputée» et que la victoire du milliardaire Donald Trump n'était pas du goût de tous au sein de l'appareil d'État.
«Chacun de nous a le droit d'exprimer ses opinions politiques. Mais nos convictions personnelles ne doivent pas entraver notre travail d'équipe», a mis en garde ce capitaine d'industrie qui a dirigé de 2006 à fin 2016 une multinationale pétrolière pesant 350 milliards $ en Bourse.
Le nouveau chef de la diplomatie a ainsi fait allusion à l'«insurrection» bureaucratique, selon l'expression d'un responsable, qui secoue un département d'État réputé progressiste.
Un millier de diplomates et fonctionnaires contestataires ont en effet signé cette semaine un mémorandum dit «dissident», via un canal de communication interne au ministère, pour s'insurger contre le décret anti-immigration qu'a pris Donald Trump, vendredi dernier, et qui gèle l'entrée de ressortissants de sept pays musulmans et de réfugiés.
Les États-Unis condamnent les actions de la Russie en Ukraine
Les sanctions contre la Russie resteront en place «jusqu'à ce que la Russie redonne le contrôle de la péninsule [de Crimée] à l'Ukraine», a déclaré jeudi l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU Nikki Haley devant le Conseil de sécurité. «Nous voulons de meilleures relations avec la Russie. Cependant la situation critique dans l'est de l'Ukraine appelle une condamnation forte et claire des agissements russes», a lancé l'ancienne gouverneure de Caroline du Sud. «Tant que la Russie et les séparatistes qu'elle soutient ne respecteront pas la souveraineté et le territoire de l'Ukraine, cette crise va se poursuive», a-t-elle ajouté. Cette première intervention était très attendue pour tenter de jauger l'attitude de la toute jeune administration Trump envers la Russie, alors que le nouveau président s'est montré très conciliant envers Moscou et le président Vladimir Poutine. «J'ai noté un certain changement de ton», a dit l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine à la presse après la réunion. «Nous ne sommes qu'au début du chemin et j'espère que ce chemin nous mènera à quelque chose de plus constructif», a-t-il ajouté.