Photo prise de John Chau (à droite), quelques jours avant sa mort alors qu'il était accompagné par Casey Prince, fondateur d'un organisme humanitaire.

Tribu isolé: le corps de l'aventurier tué aurait été enterré sur l'île

NEW DELHI — Les autorités ont révélé, samedi, qu’elles avaient repéré l’endroit où les membres d’une tribu vivant coupée du monde sur une petite île indienne auraient enterré le corps d’un aventurier et missionnaire américain après l’avoir tué il y a une semaine.

Durant leur visite près de l’île de North Sentinel vendredi, les enquêteurs ont vu quatre ou cinq insulaires se déplacer dans la zone et ont étudié leur comportement pendant plusieurs heures depuis leur bateau ancré à environ 500 mètres du rivage, a indiqué Dependra Pathak, le directeur général de la police de l’archipel d’Andaman et de Nicobar.

En entrevue téléphonique, M. Pathak a affirmé que les policiers avaient «plus ou moins» trouvé le site où la dépouille de John Allen Chau aurait été ensevelie par des membres de la tribu des Sentinelles.

Récupérer le corps du jeune homme de 26 ans, qui aurait été tué par flèches puis enterré sur la plage par les habitants de North Sentinel, est un véritable casse-tête pour les autorités indiennes.

Selon Dependra Pathak, l’expédition en bateau de vendredi était la seconde à être effectuée par une équipe de policiers, de gardes côtiers et de représentants des ministères des Forêts et des Affaires tribales.

L’équipe a emmené deux des sept personnes arrêtées pour avoir aidé M. Chau à se rendre sur North Sentinel dans un effort pour établir l’itinéraire de l’Américain et les circonstances de sa mort. Les pêcheurs qui ont transporté le jeune homme jusqu’à l’île ont vu des membres de la peuplade le traîner sur le sol et ensevelir son corps le matin du 17 novembre.

M. Pathak a expliqué que les enquêteurs avaient demandé à des spécialistes de les éclairer sur la conduite et le comportement des Sentinelles avant de tenter de récupérer la dépouille de John Allen Chau.

Les autorités ne s’aventurent généralement pas dans la région de North Sentinel, dont les habitants mènent le même genre d’existence que leurs ancêtres il y a des milliers d’années. Les seuls contacts, quelques visites occasionnelles durant lesquelles des représentants du gouvernement et des chercheurs ont donné des bananes et des noix de coco aux insulaires sans toutefois mettre les pieds sur la plage, remontent à plusieurs années.

Les navires indiens surveillent les eaux entourant l’île afin de s’assurer qu’aucun étranger ne s’approche des Sentinelles, qui ont souvent fait savoir qu’ils ne désiraient pas être dérangés.

D’après la police, M. Chau savait que la tribu était réfractaire à tout contact avec le monde extérieur, décochant des flèches et jetant des lances à des hélicoptères, et tuant des pêcheurs dont le bateau avait dérivé près de son île.

Les notes de l’Américain, dont des extraits ont été publiés dans les journaux indiens jeudi, montrent qu’il savait que sa vie était en danger.

«Je ne veux pas mourir, écrit le jeune homme, dont l’objectif était apparemment d’évangéliser les Sentinelles. Est-ce que ce serait préférable de partir et de laisser quelqu’un d’autre continuer le travail? Je ne crois pas.»

John Allen Chau a payé des pêcheurs pour l’emmener près de North Sentinel puis a utilisé un kayak pour se rendre sur l’île, apportant des cadeaux comme un ballon de football et du poisson.

Cinq pêcheurs, un ami de M. Chau et un guide touristique local ont été appréhendés par les policiers pour avoir aidé la victime à réaliser son projet.

Les chercheurs savent très peu de choses sur les Sentinelles, sur leur nombre et sur la langue qu’ils parlent. Les îles d’Andaman ont déjà abrité des peuplades semblables, descendantes de migrants venus de l’Afrique et de l’Asie du Sud-Est qui sont installés dans l’archipel il y a très, très longtemps. Mais ces tribus ont pratiquement disparu en raison des maladies, des mariages consanguins et des migrations.