Steve Bannon à Washington, en août 2018 
Steve Bannon à Washington, en août 2018 

Steve Bannon, ex-conseiller de Trump, inculpé de détournement de fonds destinés au mur avec le Mexique

Catherine Triomphe
Agence France-Presse
NEW YORK — Il aurait détourné des centaines de milliers de dollars destinés à soutenir le projet emblématique de la présidence Trump pour ériger un mur à la frontière mexicaine : Steve Bannon, ex-conseiller du président américain, a été inculpé et arrêté jeudi, une mauvaise nouvelle pour Trump en pleine campagne pour sa réélection.

Celui qui fut l’un des architectes de la campagne présidentielle du magnat new-yorkais en 2016 est accusé d’avoir — avec trois autres responsables de la page «We Build The Wall» («Nous construisons le mur») de la plateforme de financement participatif GoFundMe — détourné des centaines de milliers de dollars pour des «dépenses personnelles», a indiqué la procureure fédérale de Manhattan, Audrey Strauss, dans un communiqué.

Steve Bannon, 66 ans, a plaidé jeudi après-midi non coupable, par vidéoconférence devant un juge fédéral de Manhattan, des deux chefs d’accusations retenus contre lui, fraude et blanchiment d’argent, selon plusieurs médias américains.

Le juge a décidé de le relâcher moyennant 5 millions $ de caution, en attendant son procès, ont-ils précisé.

Interpellé jeudi matin sur un yacht au large du Connecticut, appartenant à son ami Guo Wengui, riche homme d’affaires chinois exilé à New York, le fondateur du site Breitbart News, proche de l’extrême-droite, risque désormais de longues années de prison. Chaque chef d’accusation retenu contre lui est passible d’une peine maximale de 20 ans de prison.

Trump prend ses distances

Peu après l’annonce de son arrestation, Donald Trump a réagi en affirmant d’abord «ne rien connaître de ce projet», puis «ne pas aimer» l’idée de lever des fonds privés pour financer ce mur.

Le président américain, qui espère être réélu en novembre, a ajouté ne «pas avoir eu de contact avec lui (Steve Bannon) depuis très longtemps».

Après des conflits internes, M. Bannon, initialement très influent, avait dû quitter la Maison-Blanche en août 2017.

Steve Bannon — qui a beaucoup voyagé depuis 2017, s’efforçant de rapprocher les partis d’extrême droite européens et s’affichant notamment aux cotés de Marine Le Pen lors d’un congrès du Front National en 2018 — rejoint six membres de l’entourage du président américain inculpés et condamnés, dont Paul Manafort, Michael Cohen et Roger Stone.

La peine de ce dernier a été commuée en juillet par le président américain, une décision qualifiée d’«bus de pouvoir» coté démocrate.

Le président Donald Trump à Washington, jeudi

«Bénévole»

Alors qu’ils assuraient aux donateurs que tout l’argent levé via le site servirait à ériger le mur — symbole de la politique de durcissement migratoire de Donald Trump —, M. Bannon et les trois autres responsables détournaient une partie des fonds, au moyen notamment de fausses factures, selon l’acte d’accusation rendu public jeudi.

M. Bannon, qui affirmait publiquement contribuer de façon «bénévole» à ce projet, utilisait pour ces détournements une organisation à but non lucratif qu’il contrôlait, par laquelle aurait transité plus d’un million de dollars, précise le document.

Les premiers soupçons auraient commencé peu après le lancement de «We Build the Wall» en décembre 2018, qui avait eu un succès immédiat avec 17 millions de dollars récoltés la première semaine.

«Malgré ce succès précoce, l’opération a suscité des questions, en raison notamment du passé de son fondateur, Brian Kolfage, et l’intention du site de donner l’argent levé au gouvernement fédéral pour construire le mur», explique l’acte d’accusation.

La plateforme GoFundMe ayant menacé rapidement de suspendre la page si M. Kolfage n’identifiait pas une organisation à but non lucratif destinataire des fonds, M. Kolfage aurait alors impliqué Steve Bannon, qui montait déjà une organisation de ce type pour promouvoir «la souveraineté américaine et le nationalisme économique».

M. Kolfage, 37 ans, accusé d’avoir détourné 350 000 $ pour financer «un luxueux train de vie» incluant l’achat d’un bateau, d’une voiturette de golf et de la chirurgie esthétique, a été arrêté pour les mêmes chefs que M. Bannon, tout comme Andrew Badolato, 56 ans, et Timothy Shea, 49 ans, tous impliqués dans la gestion de cette collecte de fonds.

MM. Kolfage et Badolato devaient comparaître eux aussi jeudi, devant des juges fédéraux de Floride, tandis que M. Shea était attendu dans un tribunal fédéral du Colorado.

Donald Trump a fait de la construction d’un «mur» censé empêcher l’immigration clandestine sur les plus de 3000 km de frontière séparant États-Unis et Mexique un leitmotiv de sa présidence.

Pendant sa campagne 2016, ses partisans scandaient souvent «Build that wall» pendant ses réunions, devenu un refrain pour beaucoup.