Les proches d'un homme de 38 ans décédé dans le séisme pleurent lors de ses funérailles, dimanche, à Juchitan (État de Oaxaca).

Séisme au Mexique: le pays enterre ses morts, l'aide s'organise

Les processions funéraires se succédaient dimanche à Juchitan, au sud du Mexique, tandis que l'aide s'organisait peu à peu, trois jours après le tremblement de terre historique de magnitude 8,2, qui a fait au moins 90 morts.
«Nous informons que le bilan des personnes qui ont perdu la vie est passé à 90, dont 71 dans l'État de Oaxaca, 15 au Chiapas et 4 dans l'État de Tabasco», a indiqué la protection civile mexicaine dans un communiqué diffusé dans la soirée. Le précédent bilan faisait état de 65 morts.
«Je ne sais pas si je pleure de tristesse, à cause du choc ou par peur de ce qui nous attend maitenant», commentait un habitant, Refugio Portales, en suivant le cercueil d'un ami au son des trompettes et tambours d'un orchestre traditionnel mexicain.
Peu avant, une femme de 85 ans, Manuela Villalobos, morte durant son sommeil dans l'effondrement de sa maison, avait été portée en terre entourée de ses proches, dont certains en tenues indigènes aux motifs colorés.
Plus de 800 répliques
La tristesse le disputait à l'angoisse dans cette ville de 100 000 habitants subissant d'incessantes répliques - plus de 800 depuis jeudi soir -, fragilisant dangereusement des structures déjà endommagées.
«Nous avons peur d'entrer dans nos maisons pour retirer les décombres, mais nous n'avons pas le choix parce que personne ne nous aide», commentait Carlos Villalobos Martinez, un retraité de 58 ans ayant échappé «par miracle» avec sa famille à l'effondrement de sa maison.
Des résidents de Juchitan cherchent leurs avoirs dans les ruines.
Plusieurs familles accompagnées d'enfants et de personnes âgées s'étaient installées sur la petite place de l'église, d'autres avaient déployé des hamacs sous des arbres à proximité de leur maison, refusant de se rendre dans des abris afin de surveiller ce qui restait de leurs biens.
«Si nous restons dans nos maisons, nous risquons d'y être ensevelis, mais si nous partons dans les abris, on risque de nous voler nos biens», confiait Hector Aguilar, un professeur d'histoire de 52 ans.
Un des rares hôtels de cette localité qui semblait avoir résisté au tremblement de terre a vu ses murs se fissurer après une réplique de 5,6 degrés. La dizaine de clients présents ont dû sortir en catastrophe et abandonner le bâtiment qui menaçait de s'effondrer.
Sous la pluie, des femmes ont allumé un feu pour préparer à manger, tandis que les hommes et les enfants dégageaient à la main les décombres de leurs maisons : blocs de béton, morceaux de bois, fenêtres brisées.
«Nous sommes toujours sans eau ni électricité, les enfants ont dormi dans la rue, personne n'est venu nous aider», se lamentait Maria.
Parmi la population, l'exaspération semblait croissante devant la lenteur, selon eux, de l'aide apportée.
La nourriture se faisait rare dans la ville et le prix de la tortilla de maïs a plus que doublé en quelques jours, passant de 30 à 70 pesos (environ 5,10 $CAN).
Certains commerçants vendaient samedi leurs produits par une fenêtre de crainte d'éventuels pillages.
«Tâche titanesque»
L'aide commençait toutefois à arriver dans cette région de petites montagnes où vivent des communautés indigènes parfois isolées.
«Nous sommes venus appuyer nos frères qui sont ici à Oaxaca. Il n'y a plus de recherche de personnes, mais du soutien à la communauté», déclarait Miguel Angel Nava, un secouriste participant à la distribution de vivres et au traitement des blessés.
«C'est une tâche titanesque, c'est un séisme aussi grave que celui de 1985. Mais en nous unissant, on peut le surmonter», assurait ce volontaire en combinaison orange, tout en se joignant à une chaîne humaine pour déblayer les ruines d'une maison.
Dans le reste du pays, des vivres ont été récoltées pour venir en aide aux survivants, notamment au Zocalo dans le centre-ville de la capitale.
À Monterrey (nord), le footballeur français André-Pierre Gignac a également participé à une collecte en signe de solidarité.
L'épicentre du tremblement de terre - le plus puissant en un siècle au Mexique - a été localisé dans le Pacifique, à environ 100 kilomètres au large de Tonala (État du Chiapas), selon le centre géologique américain USGS.
La secousse, qui a aussi fait plus de 200 blessés, a été ressentie jusqu'à Mexico, y déclenchant des mouvements de panique, mais aussi au Guatemala, dont quatre habitants ont été blessés.
L'ouragan Katia, de catégorie 2, qui faisait craindre vendredi soir une seconde catastrophe pour le pays en quelques jours, a finalement été rétrogradé en tempête tropicale, provoquant toutefois des inondations et la mort de deux personnes, plus au nord, dans l'État de Veracruz.