La Sud-Coréenne Lee Keum-Yeon s’est réunie pour la première fois avec des membres de sa famille depuis la fin de la Guerre des Corée (1950-1953).

Retrouvailles touchantes entre familles des 2 Corée

SOKCHO — Des larmes, des cris, des rires... Plusieurs dizaines de Sud-Coréens ont pu lundi serrer dans leurs bras leurs parents du Nord qu’ils n’avaient plus revus depuis la Guerre de Corée (1950-1953), à l’occasion de retrouvailles poignantes au sein de familles séparées depuis des décennies.

Cette nouvelle série de bouleversantes réunions de familles, les premières du genre depuis trois ans, ont débuté dans la station de montagne nord-coréenne du Mont Kumgang.

Elles ont été l’occasion d’embrassades émouvantes entre des personnes forcément âgées qui ont été contraintes de vivre leur existence séparées, de part et d’autre du ruban de mines et de barbelés qui divise la péninsule coréenne depuis 65 ans.

Quand Han Shin-ja, une Sud-Coréenne de 99 ans, s’est approchée de leur table, ses deux filles de 69 et 72 ans qui l’attendaient ont respectueusement incliné la tête, avant de fondre en larmes.

Mme Han a également craqué de façon immédiate, avant d’écraser ses joues contre celles de ses filles.

«Quand j’ai dû fuir pendant la guerre...», a-t-elle tenté de se justifier avant de renoncer, laissant ses larmes témoigner de son émotion.

Beaucoup des Nord-Coréennes portaient la robe traditionnelle, connue au Nord sous le nom de joseon-ot et au Sud sous celui de hanbok. Et tous les Nord-Coréens portaient un badge avec le portrait du fondateur du régime Kim Il Sung ou de son successeur Kim Jong Il.

Le temps est compté

Côté Sud-Coréens, nombreux étaient aussi ceux qui s’étaient mis sur leur trente-et-un, selon la télévision sud-coréenne et des informations recueillies par un pool de journalistes.

Des millions de personnes ont été séparées de membres de leur famille par ce conflit qui a scellé la division hermétique de la péninsule.

Aucun traité de paix n’ayant été signé, Nord et Sud sont encore, techniquement, en état de guerre, et toute communication civile est rigoureusement proscrite.

Depuis 2000, les deux camps ont organisé 20 séries de réunions de familles, au gré de l’amélioration des relations bilatérales. Celles qui ont débuté lundi se veulent une illustration supplémentaire de la remarquable détente entre le Nord et le Sud, après des années de montée des tensions en raison des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme en Corée du Nord Tomas Ojea Quintana a appelé Séoul et Pyongyang à organiser davantage de réunions familiales de ce genre.

«Étant donné l’âge des personnes concernées, j’encourage les deux parties à organiser davantage de ces réunions dès que possible, pour que davantage de personnes puissent retrouver leurs parents et soient autorisées à rester en contact avec eux», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Mais, 65 ans après l’armistice, le temps est compté pour les survivants.

Lundi, la rencontre a débuté au son de la chanson nord-coréenne «Heureux de te rencontrer», qui est également populaire au Sud.

Lee Keum-seom, 92 ans, est aujourd’hui une petite dame fragile. Elle a revu lundi son fils pour la première fois depuis que la guerre les a séparés, la mère et la fille au Sud, le père et le fils au Nord.

À l’époque, le fils Ri Sang Chol était un bambin de quatre ans. Mme Li a crié son nom quand elle l’a aperçu, avant de le prendre dans ses bras.

Depuis 2000, les deux camps ont organisé 20 séries de réunions de famille, au gré de l’amélioration des relations bilatérales. Celles qui ont débuté lundi se veulent une illustration supplémentaire de la remarquable détente entre le Nord et le Sud, après des années de montée des tensions en raison des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang.

«Voici papa»

Ri Sang Chol lui a montré une photo de sa famille au Nord, y compris de son mari désormais décédé : «Voici papa», a-t-il dit.

«Je n’avais jamais imaginé que ce jour arrive», avait déclaré à l’AFP Mme Lee avant de partir. «Je ne savais même pas s’il était en vie.»

Les années passant, ces réunions de familles concernent de moins en moins un enfant et son père ou sa mère.

Initialement, 130 000 Sud-Coréens s’étaient portés candidats en 2000 pour ces réunions. L’immense majorité sont aujourd’hui décédés. La plupart des survivants ont plus de 80 ans. Le doyen, cette année, s’appelle Baik Sung-kyu et a 101 ans.

D’ici mercredi, les participants passeront environ 11 heures avec les membres de leur famille au Nord, souvent sous la supervision d’agents nord-coréens, avant de se séparer à nouveau, probablement pour toujours.

Ceux qui ont participé par le passé à ces rencontres ont souvent regretté que ce soit trop court. La plupart ont aussi raconté à quel point les «adieux», à la fin des trois jours, pouvaient être éprouvants.

D’autres ont été consternés par le fossé idéologique les séparant. Quelques uns, par ailleurs, ont eu toutes les peines du monde à renouer après des décennies de séparation, et en raison de leur grand âge.

Cette nouvelle série de retrouvailles avait été décidé par le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant Kim Jong Un lors de leur sommet en avril.